Et semble que le duc d'Alve, en une façon ou aultre, y condescendra, sellon qu'on m'a dict qu'il désire bien fort esteindre ceste querelle, ainsy qu'il estime avoir si bien vaincue celle du prince d'Orange, et ensepvelye celle des Gueux, qu'elles ne se pourront, l'une ny l'aultre, jamais plus ressuciter;

Et qu'à ceste heure, il a bien fort grande affection d'aller en Espaigne, comme pour triumfer des choses qu'il a bien faictes, et bien saigement et vaillamment conduictes en Flandres, d'y avoir conservé la religion catholique, et estinct l'hérésie; d'avoir saulvé l'estat, et quasi l'avoir conquiz et estably de nouveau au Roy son Maistre, qui auparavant n'en estoit guières bien le maistre; et le luy avoir soubmiz à y pouvoir imposer tribut, comme il vouldra, là où auparavant l'on y souloit ordinairement contradire; et avoir augmenté le revenu jusques à deux millions d'or toutz les ans, qui à peyne en valloit la moytié:

Et, avec l'honneur de ces choses, retourner près de son Maistre, où la jalouzie du prince d'Enoly le tire, et près de sa femme et des siens, qui l'appellent par dellà, à la venue de la nouvelle Royne, pour se trouver à l'establissement et à la mutation de diverses choses, qui lors se pourront ordonner, mais principallement pour mettre le gouvernement de Flandres ez mains de Dom Fadrique, son filz aisné:

A quoy il a grand affection, luy ayant pour cest effect baillé tiltre et merque nouveaulx de cappitaine général des Espaignolz et gardes, ce qu'il n'estime toutesfoys pouvoir bien obtenir, s'il n'est présent avec son Maistre;

Et que, pour n'estre son dict retour empesché par la querelle d'Angleterre, qu'il la vuydera, et qu'au reste procurera, avant son partement, que la consulte et distribution des biens confisqués en Flandres se face, affin qu'il puisse entrer en possession de Brada ou d'Ostrante, ou de quelque aultre bien bon estat, que son Maistre luy donnera; et desireroit bien fort que son dict Maistre remit une partie de la dicte consulte à fère à luy, affin de pouvoir gratiffier et récompenser ceulx qui l'ont suyvy.

Toutes lesquelles choses m'ont esté dictes du dict duc par aulcuns, qui les peuvent aulcunement sçavoir, et qui les font paroistre estre vraysemblables.

CIIIe DÉPESCHE

—du XXIIIe jour d'apvril 1570.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Publication faite en Angleterre de la prise d'armes contre l'Écosse.—Préparatifs de défense faits par les Écossais.—Nouvelles difficultés survenues dans la négociation avec les Pays-Bas.