Au Roy.

Sire, persévérant la Royne d'Angleterre en sa dellibération d'envoyer des forces en Escoce, elle a faict, despuys trois jours, publier l'occasion de son entreprinse avec le prétexte et colleur, que Vostre Majesté verra par la teneur de sa proclamation; et a mandé au comte de Sussex qu'avec les troupes, qu'il a assemblées à Yorc et à Durem, il ayt toutjour à s'acheminer à Neufcastel, et qu'il temporise là jusques à tant qu'il ayt receu les monitions qu'elle a ordonné luy estre envoyées, lesquelles y pourront arriver envyron la fin de ce moys. Cependant, Sire, luy ayant le dict comte de Sussex naguière escript que, pour la nouvelle de sa venue, les Escouçoys prenoient de toutes partz les armes, avec intention de courre sus à ceulx qui parloient d'introduyre les Anglois dans le pays; et que desjà milor Herys estoit aproché avec quelques forces pour luy deffandre les frontières, ceulx qui ont icy la matière bien affectée ont conseillé à la dicte Dame de luy respondre que, sellon sa plus ample commission, il ayt à doubler promptement ses forces pour poursuyvre son voyage; à quoy elle a faict assés de difficulté, voyant que l'entreprinse se monstroit à ceste heure plus grande et plus difficille, et de trop plus grand coust qu'on ne la luy faisoit du commancement, tant y a qu'à leur persuasion elle le luy a mandé; et néantmoins l'on pense qu'il trouvera assés de résistance par dellà.

L'on commence à sentyr qu'il y aura assés de difficulté en l'accord des différans des Pays Bas, parce qu'on offre par dellà de restablyr toutes choses jusques à la valleur d'une maille; et demande l'on qu'il soit faict le semblable de ce costé, et mesmes que de ce qui aura esté substraict, emporté, ou qui se trouvera aultrement dépéry, des merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, parce que cella est advenu par la coulpe des Anglois, que le tout soit réparé par eux, en quoy très difficilement ilz veulent entendre. Néantmoins il y a très grande affection de chacun costé d'en sortyr. Sur ce, etc.

Ce xxıııe jour d'apvril 1570.

CIVe DÉPESCHE

—du XXVIIe jour d'apvril 1570.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Gerin Marchant.)

État des partis en Écosse.—Arrivée d'un ambassadeur de France dans ce pays avec un secours d'hommes.—Débats entre les seigneurs écossais pour la régence.—Vives sollicitations des ennemis de Marie Stuart pour presser l'entrée de l'armée anglaise.—Départ de la flotte pour Hambourg, et envoi des sommes levées en Angleterre pour l'Allemagne.

Au Roy.