Sire, après que j'auray, dimanche prochain, faict entendre à la Royne d'Angleterre les louables et vertueux propos qui sont contenuz en vostre dépesche du xıȷe de ce moys, laquelle le Sr de Vassal m'a randue le xxıııȷe, je vous informeray bien particullièrement de l'intention, en quoy je l'auray trouvée sur les choses que je luy proposeray de vostre part; et cependant je diray à Vostre Majesté, touchant celles d'Escoce, que l'arrivée de vostre ambassadeur par dellà, et ce qu'on dict qu'avec luy sont arrivez à Dombertran cinq cens harquebouziers françoys et assés d'armes pour armer encores deux mil hommes, faict aultrement penser à ceulx cy de l'entreprinse qu'ilz ont au dict pays, que quant ilz l'ont premièrement délibérée; mesmes qu'ayantz les principaulx seigneurs d'Escoce desjà heu conférance avec luy au lieu de Donquel, l'on asseure qu'ilz ont prins, par les lettres et bonnes offres de Vostre Majesté, une bonne résolution; sçavoir, ceulx qui estoient demeurez en la foy de leur Royne d'y persévérer constantment, et ceulx qui se portoient neutres de se déclairer pour elle; tellement que tous ensemble se sont despuys acheminez à Lislebourg: d'où les adversayres, avec l'ambassadeur de ceste Royne, se sont aussitost despartys; et que, illec, ilz ont faict proclamer, le xııe de ce moys, l'authorité de leur Royne, là où millord de Granges a déclairé qu'il tenoit le chasteau de Lislebourg pour elle; et le duc de Chastellerault, lequel n'est encores eslargy du dict chasteau, pour quelque occasion bien considérable, s'est aussi déclairé du costé de la dicte Dame; et, bien que le comte de Mar n'ayt du tout faict le semblable, il a promiz néantmoins de ne délivrer, en façon du monde, le jeune prince aulx Anglois, et dict davantaige qu'il ne le délivrera pas aussi aulx Françoys, ny aulx Espaignolz, ny mesmes aulx Escoussoys. Et, par ainsy, les choses ont commancé de prandre quelque train, pour le bien des affères de la dicte Royne d'Escoce, à l'advantaige et réputation de Vostre Majesté. Mais, Sire, voycy l'ordre qu'on me dict que ceulx de l'aultre party ont tenu pour y donner empeschement; c'est qu'ilz se sont incontinent assemblez au lieu de Domfermelin, où ilz ont résolu deux choses; l'une, de fère tout sur l'heure aprocher le comte de Lenoz, qui est à Barwich, pour se porter pour régent de la personne et estat de son petit filz à la faveur de l'armée de la Royne d'Angleterre qui est en campaigne; l'aultre, d'accorder et signer les articles de l'instruction qu'ilz ont baillée à l'abbé de Domfermelin de tout ce qu'il vient dire, requérir et offrir de leur part à ceste Royne.
Sur quoy l'on m'a donné adviz fort secrect, mais de bon lieu, que celle partie des dictes forces qui s'est trouvée plus advancée, et la garnyson de Barwich, en nombre de quatre mil hommes de pied et quinze centz chevaulx en tout et huict pièces de campaigne, ont desjà marché oultre les frontières pour favoriser le dict de Lenoz, et qu'il a esté mandé au comte de Sussex de parfère promptement sa levée de dix mil hommes de pied et quatre mil chevaulx, et que le susdict Domfermelin arrivera icy dans deux ou trois jours. L'on estime que les aultres seigneurs Escouçoys envoyeront millord de Sethon ou millord Boyt devers la dicte Dame pour l'effect que je vous ay cy devant mandé; mais je ne laysse pour tout cella d'espérer encores bien des affères de la royne d'Escoce.
La flotte pour Hembourg est déjà chargée, et commance d'avaller contrebas la Tamise. Elle est d'envyron cinquante voylles et n'y a que deux grandz navires de ceste Royne ordonnez pour les conduyre, mais il y en a aultres trois équipez en guerre soubz la charge de Haquens, qui y vont, le tout aulx despens des merchans; et, soubz ceste mesmes conserve, partent aussi les munitions qu'on envoye au North parce que c'est tout une mesme routte. J'entendz que desjà les lettres d'eschange, pour le parfornissement de cent cinquante mil escuz cy devant ordonnez pour Allemaigne, sont expédiées, et qu'elles vont avecques ceste flotte, oultre soixante mil escuz en espèces, cuillys sur les esglizes des Flamans qui sont en ce royaulme, que le Sr de Lombres envoye au prince d'Orange; et luy eust envoyé plus grand somme sans ce que, à mon instance, la Royne d'Angleterre a deffandu de ne fère aulcune cuillette de deniers, pour ce prétandu prétexte de la deffance de la religion, sur ses subjectz, lesquelz s'y monstrent assés vollontaires.
Ceulx cy font tout ce qu'ilz peuvent, de leur costé, pour parvenir à quelque accord sur les différans des Pays Bas, et en sont toutjour en bonne espérance. Sur ce, etc.
Ce xxvııe jour d'apvril 1570.
CVe DÉPESCHE
—du IIIe jour de may 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Antoine Grimault.)
Audience.—Déclarations faites par l'ambassadeur, au nom du roi, tant au sujet de la pacification de France que des affaires d'Écosse.—Irritation causée à la reine d'Angleterre par la déclaration touchant l'Écosse, qui renferme une menace de guerre.—Nouvelles de l'entreprise des Anglais sur l'Écosse, où ils sont entrés en armes.
Au Roy.