Après cella, Sire, j'ay mené le propos à parler de la Royne d'Escoce, faisant toutjour instance de sa liberté, bon traictement et restitution. Sur quoy elle m'a dict que Voz Majestez Très Chrestiennes en avez parlé amplement à son ambassadeur, et qu'elle vous prie de considérer que le différand est entre deux princesses qui vous sont parantes, allyées et confédérées; desquelles vous debviez égallement peser leur droict, et n'avoir en tant d'affection celluy de la Royne d'Escoce que ne regardiez à conserver le sien; et qu'elle vous fera remonstrer encores d'aultres choses par son dict ambassadeur, ès quelles elle espère que vous luy ferez favorable responce; et ay cogneu, Sire, que les propos que Voz Majestez ont tenu là dessus au dict ambassadeur ont grandement esmeu la dicte Dame, à laquelle j'ay dict que, puysque vostre intention se trouve conforme aulx continuelles instances que je luy ay faictes icy de vostre part pour la Royne d'Escoce, que je la suplye de déposer à ceste heure le cueur et le courroux qu'elle a contre elle, puysqu'elle s'est justiffiée de toutz ces troubles du North, pour se la randre désormais tant attenue et obligée, qu'elle n'ayt à estre jamais rien tant que toute sienne; et que, pour l'amour de Voz Majestez Très Chrestiennes, qui tant l'en priez, elle veuille aussi faire quelque chose pour son bien, n'estant possible que vous puyssiez laysser de le pourchasser tant que vous la voyez restituée, ce que vous desirez toutesfoys estre sellon son gré et contantement.
Elle m'a promiz là dessus, qu'aussitost qu'une responce, qu'elle attant d'Escoce, sera arrivée, elle ne diffèrera d'ung seul jour d'entendre en l'affaire de la dicte Dame, et y prendre ung si bon expédiant qu'elle espère que vous en serez contant; dont de tout ce qui s'en résouldra elle mettra peyne que vous en soyez adverty: et remettant, Sire, plusieurs aultres choses, que j'ay notées de ses propos, au premier des miens que je vous dépescheray, je bayseray en cest endroict très humblement les mains de Vostre Majesté, et supplieray le Créateur qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé, très heureuse et très longue vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire.
Ce ıve jour de janvier 1570.
Je crains assés qu'on veuille mettre en avant l'eschange de la Royne d'Escoce et du comte de Northomberland; vray est qu'il ne s'en entend encores rien.
A la Royne.
Madame, je mectz en la lettre, que j'escriptz au Roy, aulcuns propos de la Royne d'Angleterre, touchant ceulx que, par les deux dernières dépesches de Voz Majestez, vous m'avez commandé de luy tenir, sur lesquelz me reste à vous dire, Madame, qu'il semble que ceste princesse et les siens soyent bien ayses, mais diversement, qu'il se face une paciffication en vostre royaulme; elle, affin d'estre exempte de bailler secours à ceulx de la Rochelle, et ne venir à vous faire quelque manifeste offance pour eulx, et mesmes aura plaisir que les choses se facent à votre grand advantaige; et eulx, pour n'ozer meintenant guières presser leur Mestresse de les secourir, ny d'attempter rien qui vous puysse desplayre; mais ilz vouldroient que l'advantaige demeurât à ceulx de l'aultre party, sur la soubmission desquelz, laquelle leur ambassadeur a escripte par deçà, encores que le jeune comte de Mensfelt fût desjà despêché, ilz le font temporiser, affin d'attandre quelle yssue prendra ce que le Sr de La Personne en a commencé de traicter. Et doublant assés que la paciffication ne s'en puysse bien ensuyvre, luy et le Sr de Lombres incistent grandement de fayre résouldre icy quelque secours de pouldres et d'armes, et de quelque nombre de gens de cheval, pour l'envoyer à Mr l'Admyral, s'esforceans de persuader qu'il est encores si fort qu'avec bien peu d'ayde, il se monstrera plus relevé que jamais, et qu'on luy veuille aussi (soubz caution) assister de quelques deniers, pour envoyer au duc de Cazimir, affin de souldoyer des gens de pied, sans lesquelz il n'oze mettre en campaigne les gens de cheval qu'il a toutz prestz; et que d'ailleurs le prince d'Orange, voyant qu'une sienne entreprinse qu'il avoit en Flandres est descouverte, se dellibère de tourner tout son aprest aulx choses de France; lesquelles propositions demeurent encores en suspens; et je metz peyne, en tout évènement, de les retarder ou empescher, aultant qu'il m'est possible.
Quant à ceulx du North, j'ai vollu vérifier si ce que m'en a dict la dicte Dame estoit vray, parce qu'on luy déguyse assés souvent les nouvelles; mais l'on m'a confirmé la route des deux comtes et de toute leur armée, laquelle a esté de quinze mil hommes; dont y en avoit sept mille de pied bien armez, et deux mil de cheval en aussi bon équipaige qu'il s'en peult trouver en Angleterre; et que n'ayantz, pour leur irrésolution et mauvais accord, ozé venir au combat, ilz se sont retirez en la frontière d'entre l'Angleterre et l'Escoce, où celluy de Northomberland et sa femme sont tumbez ez mains d'un armestrang[1], qu'on a estimé le devoir incontinent livrer au comte de Mora; et que celluy de Vuesmerland, en habit déguysé, s'en est fouy au plus haut des montaignes, ayant pour ceste occasion ceste Royne envoyé casser incontinent son armée, et révoquer le comte de Vuarvic. Mais aulcuns estiment que le dict armestrang n'est pour consigner le comte de Northomberland à celluy de Mora, ains plustost pour le relever et pour luy ayder à remettre sus nouvelles forces.
Au reste nul propos n'esmeust tant ceste Royne que quant on luy parle de la Royne d'Escoce, et ce que Voz Majestez en ont dernièrement dict à son ambassadeur a faict beaucoup d'effect envers elle. J'ay bien vollu, pour mon regard, tirer de la propre parole de la dicte Dame ma justiffication de ne luy avoir, sur les affaires de la dicte Royne d'Escoce, ny en nulle autre matière, jamais dict ung seul mot qui l'ayt peu offancer; de quoy elle m'a randu le tesmoignage tout clair et prompt, que non seulement elle n'a trouvé jamais mauvaise, ains très agréable, ma façon de parler, et la substance de toutz mes propos, ainsy que je les luy ay dictz, et qu'elle vous fera expliquer que ce qu'elle a prins à cueur de mon dire est pour luy avoir asseuré que Voz Majestez réputeroient toucher à leurs propres personnes les torts et indignitez qu'on feroit à celle de la Royne d'Escoce; et qu'elle s'estime vous apartenir en si bonne part, qu'elle doibt bien estre tenue en quelque compte et respect envers Voz Majestez aussi bien que la dicte Royne d'Escoce. A quoy je luy ay satisfaict si bien que, prenant rayson en payement, elle a promis d'entrer bientost en quelque expédiant touchant les affaires de la dicte Dame; et m'a prié au reste de vous escripre fort affectueusement que, à ce changement de gouverneur de Bretaigne, il vous playse de commander à celluy qui l'est meintenant, et à son lieutenant, de donner libre et sûr accez aulx Angloix, de leur pouvoir aller demander justice; et que dorsenavant ilz la leur vueillent administrer eulx mesmes, puysqu'il n'est possible qu'ilz la puissent aulcunement avoir des officiers et magistratz du pays, car ses dicts subjectz ne peuvent plus supporter les oltraiges qu'ilz y reçoipvent ordinairement.
Depuis le partement du Sr Chapin, l'on a fait exorter les estrangiers de s'abstenir de tout commerce avec les subjectz du Roy d'Espaigne et de ne couvrir aulcunement leurs trafficqs par lettres, ny soubz noms empruntez d'aultres merchantz; et néantmoins la dicte Dame a vollontairement offert au dict Sr Chapin d'admettre l'ambassadeur d'Espaigne à parler et traicter avecques elle comme auparavant, sur le moindre mot que le Roy d'Espaigne luy en vouldra escripre.
Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté et prie Dieu, qu'il vous doinct, etc.