Au Roy.
Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins ce que je luy ay dict, de vostre intention touchant la Royne d'Escoce, en la façon que, par mes précédantes du ıııe de ce moys, je le vous ay mandé, elle a monstré despuys qu'elle tenoit en tant ceste vostre déclaration qu'elle vouloit bien considéréement adviser comme elle auroit à s'y gouverner; dont ayant là dessus assemblé les principaulx de son conseil, ilz ont fort vifvement débattu la matière devant elle, et aulcuns d'eulx luy ont remonstré qu'il n'y avoit nul prince de bon sens au monde, s'il tenoit ung aultre prince entre ses mains, qui se dict compétiteur de sa couronne, comme faisoyt la Royne d'Escoce de celle d'Angleterre, qui le vollust jamais lascher; et qu'il n'y en avoit poinct aussi qui vollust espargner la vie de la dicte Royne d'Escoce, si elle avoit excité en leur estat le trouble et la rébellion des subjectz, qu'elle avoit esmeu en cestuy cy. Les aultres luy ont représanté le contraire, et que la plus grande seureté qu'elle pouvoit prendre pour elle, et pour sa couronne, et pour la paix universelle de ceste isle, estoit de s'employer droictement à la restitution de la dicte Royne d'Escoce, et d'establyr une bien ferme amytié et bonne intelligence entre elles deux et leurs deux royaumes; et en est leur contention venue si avant que, les voyant la dicte Dame desjà aulx grosses parolles, les a priez d'en remettre la dispute à elle, et qu'elle cognoissoit bien que la matière n'estoit sans difficulté: néantmoins leur deffandoit fort expressément de ne parler jamais de chose qui touchât ny à la vie, ny à la personne de la Royne d'Escoce.
Je suis attandant, sire, qu'est ce qui résultera de cette détermination de conseil, et quelle responce la dicte Dame sera conseillée de fère à Vostre Majesté. Cependant j'ay esté adverty que l'exploict du comte de Sussex en Escoce a esté d'entrer en pays par trois endroictz; sçavoir: luy avec le principal de l'armée par Barvich, et sire Jehan Fauster avec la seconde troupe par Carleil, et milord Escrup avec le reste par ung aultre endroict; et que, le xvııe d'apvril, le comte de Sussex a commancé de fère le gast, et mettre le feu à Ware, continuant ainsy jusques à Gadenart, où il a faict miner et pourter par terre la mayson du ler de Farneyrst; et là, le sir Jehan Fauster, ayant aussi miz le feu partout là où il a passé, s'est venu rejoindre à luy; et du dict Gadenart, après l'avoir bruslé, ilz sont allez brusler la ville de Fanic, et ont pareillement miné et rasé la maison du ler de Balchenech; puys, ont passé oultre jusques à Quelso, auquel lieu le ler de Suffort leur est venu offrir pleiges pour satisfaction de ce que l'on luy pouvoit demander; et peu après, milord de Humes y est aussi venu, lequel a parlé au dict comte de Sussex et luy a offert le semblable; mais ny l'ung ny l'aultre n'ont raporté aulcune bonne responce: et ce faict, icelluy Sussex a ramené ses gens, le xxıııȷe du dict moys, à Barvich. Mais, quant à milor Escrup, qui est entré par les marches d'Ouest, les choses ne luy ont succédé de mesmes, car il a esté rencontré par les Escouçoys qui luy ont deffaict la pluspart de ses gens, et dict on que luy mesmes est blessé; et que le comte de Vuesmerland s'est trouvé au combat, qui a cuydé estre prins. Despuys, l'on m'a dict qu'ayant le dict comte de Sussex receu le reste des forces, qui estoient demeurées derrière, délibère de rentrer du premier jour au dict pays et aller assiéger le chasteau de Humes, sinon que, sur ma remonstrance, ceste Royne luy mande de ne passer oultre; tant y a que s'il le faict, je ne pense pas que les Escouçoys ne luy donnent la bataille; mais je ne vous puys mander, Sire, aulcune chose certaine de leur apareil, parce que les passaiges sont tenuz extrêmement serrez.
Il est nouvelles que le duc de Chastellerault est hors de prison, et que ceulx qui tiennent le party de la Royne d'Escoce sont en beaucoup plus grand nombre, et sont les principaulx et les plus fortz du pays. Ceulx qui les favorisent icy, m'ont faict dire que, si la paix se conclud en France, leur affère se pourtera en toutes sortes fort bien, et que ce que j'ay déclairé à ceste Royne ne sera venu que le plus à propos du monde; mais, si la paix ne se faict poinct, qu'ilz craignent beaucoup que les choses n'en aillent que plus mal; et semble, Sire, que aulcuns de ceulx de la Rochelle, qui sont icy, n'espèrent guières qu'elle se puysse fère: mesmes j'ay adviz qu'il a esté mandé en Hembourg de fournir promptement les cinquante mil escuz de la lettre de crédit qui, en janvier dernier, a esté baillée à Mr le cardinal de Chatillon, ainsy que dès lors je le vous ay escript, et que le Sr de Lombres y envoyé présentement une aultre lettre de lx mil lt sterlings pour le prince d'Orange, qui est une somme qu'il a levée sur les esglizes des Flamans protestans résidans par deçà, et que le cardinal de Chatillon et luy sont après à dresser des contractz et des obligations pour fère fornyr encores par dellà cent cinquante mil escuz sur la prochaine flotte qui va au dict Hembourg. En quoy me semble qu'il y aura assés de difficulté, tant y a qu'ilz n'en sont hors d'espérance; et la Royne d'Angleterre, pour recouvrer deniers pour elle, a doublé l'emprunct, dont je vous ay naguières faict mention, jusques au nombre de trois mille privé scelz, desquelz elle espère tirer jusques à six ou sept cens mil escuz.
Elle et les siens monstrent avoir une très grande affection à l'accord des différandz des Pays Bas, et parce qu'il semble que la plus grande difficulté est meintennant à contanter les merchans anglois, l'on m'a dict que le secrétaire Cecille les ayantz assemblez là dessus, et les trouvans ung peu opiniastres, leur a résoluement déclairé que les princes veulent demeurer d'accord, par ainsy qu'ilz advisent entre eulx d'accommoder leurs affères. Sur ce, etc.
Ce vıııe jour de may 1570.
Tout meintennant l'évesque de Roz me vient de mander qu'il a esté appellé, ceste après dinée, pardevant quatre seigneurs de ce conseil; lesquelz, après plusieurs propos, luy ont dict, que si la Royne d'Escoce veult rendre les rebelles d'Angleterre, qui se sont retirez en son royaulme, que cella mouvera grandement la Royne, leur Mestresse, d'avoir son cueur bien disposé envers elle; et n'ont passé plus avant: ce qu'il voyt bien estre une invention des ennemys de sa Mestresse pour retarder toutjour ses affères, es quelz ne luy reste plus aultre espérance, tant que ceux qui sont ici en authorité gouverneront, que celle que la dicte Dame a miz en Vostre Majesté. Et viens d'estre adverty que le comte de Sussex est rentré en Escoce, qu'il a prins le chasteau de Humes, et qu'il a miz garnyson dedans.
A la Royne.
Madame, saichant que la Royne d'Angleterre estoit, tous ces jours, après à dellibérer en son conseil qu'est ce qu'elle auroit à fère ou dire sur ce que je luy avois proposé, de la part de Voz Majestez, en ma dernière audience, et voyant que je ne pouvois plus intervenir à luy fère là dessus nul aultre office, que celluy que j'avois desjà faict; qui, à la vérité, m'avoit bien semblé tel que je l'avois plustost disposée à la modération que à continuer son entreprinse en Escoce, j'ay envoyé ramentevoir par lettre à Mr le comte de Lestre, et par parolle au secrétaire Cecille, les occasions qui ont meu Voz Majestez de luy déclairer ainsy vostre intention; et comme ilz cognoissent assés que c'est ung debvoir, notoirement apartenant à vostre réputation: et à l'honneur de vostre couronne; lequel, quant vous n'en eussiez rien dict, ou que vous eussiez dissimulé de ne vous en soucyer, leur dicte Mestresse et eulx n'eussent layssé pourtant de penser que vous ne le pouviez obmettre; et que partant ilz veuillent, à ceste heure, bien pourvoir, de la part d'elle, qu'il ne soit faict chose qui puisse donner commancement d'altération à ceste tant bonne et mutuelle intelligence, qui rend Voz Majestez et la dicte Dame très utilles amys les ungs aulx aultres, et de laquelle bonne intelligence vous protestiez bien de ne vouloir en façon du monde (sinon contrainct par grande nécessité du debvoir et à trop grand regrect) jamais vous despartyr.
Sur quoy l'ung et l'aultre m'ont mandé de fort bonnes parolles, et telles qu'ilz me font encores reprendre quelque espérance: tant y a, Madame, que des premières responces que la dicte Dame m'a faictes, lesquelles je vous envoye par le Sr de Sabran, il se peult aulcunement bien cognoistre où va son intention. Je ne cognois pas que, pour cella, elle ayt encores changé de désir sur la paciffication de vostre royaume; mais il me semble bien que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, n'espèrent guières qu'elle se face, lesquelz font toute la dilligence qu'ilz peuvent de recouvrer deniers comme pour continuer la guerre; et j'entendz qu'il vint hyer lettres d'Allemaigne à ceste Royne, par lesquelles l'on luy mande que le duc Hery de Bronsouyc a licencyé, par faulte de payement, la levée qu'il avoit arrestée pour Vostre Majesté; et que le maréchal de Hes, tout aussitost, a commencé d'en dresser une pour luy; et que l'Empereur, estant contrainct de s'en retourner à Vienne pour mettre ordre à une grande ellévation qui s'est sussitée en Austriche pour le faict de la religion, à laquelle semble que le Vayvaude veuille tenir la main, qui a desjà chassé les prestres et pillé les esglizes de ses pays, s'est excusée d'intervenir à la prochaine diette du xxııe de ce moys, laquelle estoit assignée à Spire; et que, si ceulx de la religion avoient deniers, il ne fit jamais si bon en Allemaigne que meintennant. Sur ce, etc.