Ce vıııe jour de may 1570.
Instruction au dict Sr de Sabran de ce qu'il aura à fère entendre à Leurs Majestez, oultre la dépesche:
Que naguières furent miz en dellibération au conseil de la Royne d'Angleterre, elle présente, les trois poinctz qui s'ensuyvent: Le premier, qu'est ce qu'il estoit besoin de fère pour se pourvoir contre le Roy et le Roy d'Espaigne, desquelz l'amytié estoit desjà si suspecte qu'ilz estoient pour se monstrer tous déclairés ennemys, aussytost que l'ung pourrait avoir la paix avecques ses subjectz, et que l'aultre seroit venu à boult des Mores révoltez; le segond est quel ordre de bien maintenir la religion protestante, et effacer la mémoire et le désir de la catholique en tout ce royaume; et le troisiesme, comment procéder si seurement au faict de la Royne d'Escoce et de son royaulme, que tout l'advantaige en demeurast à la dicte Royne d'Angleterre et au sien.
Les adviz furent divers, car, quant au premier poinct, il y en eust qui dirent que n'ayans les deux Roys aulcune juste entreprinse en ce royaulme, comme ilz n'y avoient aussi aulcune juste prétention, il estoit à croyre qu'ilz ne cercheroient que d'estre satisfaictz de quelque offance, es quelles il les falloit honnestement contanter, et par ce moyen les retenir pour amys; les aultres opinèrent qu'il ne se failloit attandre à cella, ains se pourvoir de bonnes et bien fermes ligues avec les princes protestans, qui seroit le vray rempart et maintien de ceste couronne contre leur effort. Au regard du segond, les ungs dirent qu'il estoit bon qu'avec l'exemple de la bonne vie et de la droicture des évesques protestans, il fût uzé de si bons déportemens envers les Catholiques, et les fère jouyr d'ung si paysible repos, qu'ilz n'eussent qu'à se bien contanter du présent estat de la religion, qui avoit cours en ce royaulme, sans essayer, avec le dangier de leurs vies et de leurs biens, d'attempter rien pour remettre la leur; et les aultres, au contraire, que c'estoit par toutes sortes de deffaveur et de craincte qu'il les failloit abattre et tenir réprimez: et sur le troisiesme, du faict de la Royne d'Escoce, parce que la matière estoit fort affectée, il fut seulement dit qu'il failloit, devant toutes choses, regarder à ce qui estoit plus expédiant, ou de retenir ou de délivrer la personne de la dicte Dame; et pour lors n'y eust que des remonstrances bien fort considérément desduictes pour admener, de chacun costé, la dicte Dame à leur opinion, sans qu'on en vînt rien à conclurre.
Peu de jours après, les principaulx de la noblesse avoient si bien disposé la dicte Dame qu'ilz pensoient n'y avoir rien plus près d'estre exécuté que la satisfaction envers les deux Roys et le soulaigement des Catholiques, et la liberté et restitution de la Royne d'Escoce; et de ce dernier, l'évesque de Roz en avoit conceu une si certaine espérance qu'il avoit desjà commancé de proposer des conditions et offres à la Royne d'Angleterre; et l'avoit on asseuré qu'il seroit, le lendemain, introduict vers elle pour en traicter en présence: mais s'estant huict du conseil bandez au contraire, ilz firent le matin venir milord Quiper devers la dicte Dame, garny d'une préméditée remonstrance, par laquelle il luy mit tant de dangiers et d'inconvénians devant les yeulx, et l'irrita si fort sur des livres, que le dict évesque avoit faict imprimer sur la deffense de l'honneur de sa Mestresse et sur les droicts qu'elle a à la succession de ceste couronne, que la dicte Dame, après l'avoir ouy, estima ne pouvoir, en façon du monde, estre plus Royne, si la Royne d'Escoce luy eschapoit; et qu'il falloit qu'avec le temps elle veist les choses d'Angleterre et d'Escoce en meilleure disposition pour elle qu'elles n'estoient, premier que de la délivrer. Et sur ce, les affères de ceste pouvre princesse furent remiz en surcéance, et le dict évesque de Roz resserré, et courriers incontinent dépeschez vers le North pour haster le comte de Sussex à son entreprinse.
A quelques jours de là, j'allay déclairer l'intention du Roy là dessus à la dicte Royne d'Angleterre, aulx propres termes qu'il me l'avoit mandé par sa dépesche du xııe du passé; sur lesquelles elle fit les démonstrations de rescentymens et de courroux, que j'ay mandé par mes lettres du ıııe du présent, mais non en sorte qu'elle ne monstrât bien qu'elle tenoit en grand compte la déclaration du Roy; et comme princesse nourrye à la modération et à beaulcoup de sortes de vertu, me fit les responces qui s'ensuyvent, par lesquelles se pourra juger ce qu'elle avoit lors en son désir; dont cy après s'entendra si elle l'aura en rien changé:
Que le Roy, son bon frère, s'il l'estimoit Princesse Souveraine et légitime, et non accusée d'aulcun mauvais cryme, et estre aussi bien son alliée comme la Royne d'Escoce, laquelle n'estoit mentionnée en nulz trettez, qu'elle n'y fût premier nommée et comprinse, qu'elle s'esbahyssoit comment il voulloit meintennant procéder d'une tant diverse vollonté entre elles deux, et comme il voulloit avoir tant d'esgard à l'une, et si peu à l'aultre, qu'il trouvât bon que toutes les offances de la Royne d'Escoce luy fussent réparées, et nulles des siennes à elle; à qui toutesfoys elles avoient plustost esté commises et en si grand nombre, et tant dommaigeables que tout ce qu'elle cerchoit meintennant de la dicte Royne d'Escoce et des siens n'estoit sinon comme elle pourrait estre satisfaicte du passé et demeurer bien asseurée de l'advenir:
Car, oultre les vielles querelles, il estoit trop vériffié que c'estoit la dicte Royne d'Escoce et l'évesque de Roz qui avoient esmeu les troubles du North, et qui avoient envoyé lettres, messaiges, bagues, argent, et fère offres de grandz sommes et secours aulx comtes de Northomberland et Vuesmerland, pour leur fère prendre les armes; et, après qu'ilz avoient esté deffaictz, elle avoit donné ordre de les fère recepvoir par ceulx qui tiennent son party en Escoce, non comme fugitifz pour garentyr leurs vies, mais comme ennemys, poursuyvans une guerre contre elle, et contre ses bons subjectz, à feu et à sang, et avec tant de cruaulté sur ses frontières qu'elle seroit trop indigne d'avoir royaulme, ny couronne, ny tiltre de Royne, si elle le comportoit;
Qu'en l'entreprinse, qu'elle avoit faicte pour y remédier, elle avoit suivy l'ordre des trettez, sellon lesquelz elle avoit escript et envoyé messagiers exprès, devers les principaulx seigneurs et officiers d'Escoce, pour fère cesser les désordres et avoir réparation de ceulx qui estoient desjà commiz, lesquelz avoient respondu qu'ilz n'y pouvoient donner ordre jusqu'à ce qu'ilz auroient accommodé leurs différandz; et en avoit aussi adverty la Royne d'Escoce, bien qu'elle fût entre ses mains, qui avoit seulement respondu qu'elle n'en pouvoit mais:
Par ainsy, qu'après avoir satisfaict aux trettez, desquelz elle sçavoit bien les termes, et ne les vouloit transgresser; ains, suyvant sa proclamation sur ce faicte, vouloit droictement conserver la paix avec la couronne d'Escoce, et non moins bien tretter les bons Escouçoys, et ceulx qui ne reçoipvent ny accompaignent ses rebelles à luy fère la guerre, que les propres Anglois: elle avoit bien vollu aussi satisfère au debvoir qui l'obligeait à la deffance, tuition et conservation de ses subjectz, et qu'il n'y avoit lieu de penser qu'elle eust une plus grande entreprinse que celle là en Escoce, et, si elle l'y avoit, ce ne seroit à si petites forces qu'elle y entreroit.