Et de la dicte entreprinse, quant le Roy l'entendroit bien à la vérité, elle ne pensoit qu'il vollût condampner rien de ce qui, en semblable occasion de la deffance de ses subjectz, il est très certain qu'il en feroit davantaige; et bien qu'elle n'eust à s'en justiffier qu'à Dieu seul, si avoit elle bien vollu qu'il y intervînt tant de justice qu'elle ne peult estre raysonnablement blâmée de nul; et que le Roy, son bon frère, ny le Roy d'Espaigne, duquel je luy avois faict mencion, ny nul aultre prince du monde ne la garderoient qu'elle n'essayât toutjours tout ce qu'elle verroit et trouveroit, par conseil, estre expédiant de fère pour la deffance de son estat, et qu'elle vouloit bien dire que le debvoir obligeroit plus justement le Roy de luy ayder à repoulser ses injures, que de maintenir celles que injustement la Royne d'Escoce luy faisoit;

Que, quant à la liberté et restablissement de la dicte Dame, encores que le dangier des choses présentes, et l'espreuve des passées, et le peu de seureté qu'on pouvoit prendre de ses promesses, veu ce que son ambassadeur, en parlant d'icelles à Ledinthon avoit dit: Quæ in vinculis aguntur, rata non habebo, et frangenti fidem fides frangatur eidem; et nonobstant aussi que la dicte Dame se fût bien fort efforcée de se déclairer seconde personne de ce royaulme, ce que ne luy estoit loysible de fère; et que son dict ambassadeur, oultre ses aultres mauvais offices, eust freschement publié trois livres en ceste matière, qui touchoient à l'estat et honneur d'elle, et de sa couronne, et de ses conseillers; et qu'en toutes sortes la Royne d'Escoce l'eust si mal traictée, et remué tant de choses pernitieuses en son royaulme, qu'elle eust grand occasion d'estre infinyment irritée contre elle, et de ne recepvoir aulcun expédiant de sa part:

Si, ne reffuzeroit elle toutesfoys d'ouyr et recepvoir les offres et condicions qu'elle ou le Roy luy vouldroient fère, ainsy que desjà la dicte Dame et l'évesque de Roz luy en avoient escript, et luy avoient envoyé des articles assés semblables à d'aultres, que cy devant l'on luy avoit présentez; et le dict évesque luy avoit mandé qu'il avoit à luy proposer encores quelque chose davantaige, de parolle; dont seroit bientost ouy: mais cependant le Roy ne debvoit trouver mauvais qu'elle poursuyvît la vengeance des tortz qu'on luy avoit faictz, et néantmoins me prioit de luy bailler par escript ce que je luy avois proposé de sa part, affin de pouvoir mieulx dellibérer, et luy en fère, puys après, plus clayre responce.

Je luy respondiz seulement qu'elle debvoit prendre de bonne part ceste grande franchise, dont le Roy usoit envers elle, de luy ouvrir ainsy clairement son intention; et que, quant bien il ne luy en eust ainsy parlé, elle n'eust layssé pourtant de penser qu'il estoit de son honneur et de son debvoir, non seulement de le dire, mais de le fère ainsy qu'il le diroit; et que ce n'estoit d'aulcune malle vollonté envers elle, ains d'une notoire obligation envers la Royne d'Escoce, qu'il estoit contrainct d'en user ainsy; et qu'il n'en feroit pas moins pour elle, en vertu de leur commune confédération, si elle et son royaulme estoient en pareille nécessité, car la loy des aliences portoit de subvenir à ceulx des alliez qui sont oprimez, voire contre les aultres propres alliez qui les opriment;

Que le Roy, pour n'en venir là, desiroit qu'elle mesmes, par le conseil de sa propre conscience, ou par celluy de son cueur qu'il estimoit royal et droict, et encores par le conseil de ceulx, qui plus parfaictement ayment son bien et sa grandeur, vollût adviser qu'est ce que de ceste pouvre princesse, sa niepce, elle pouvoit desirer davantaige, de ce qu'elle luy avoit offert; que s'il n'y couroit ung manifeste dangier de sa conscience, ou de son honneur, ou de sa vie, ou de la perte de son estat, il s'asseuroit qu'elle l'accorderoit, et que luy, comme son principal allyé, non seulement le confirmeroit, mais mettroit peyne de le luy faire droictement accomplyr;

Et que je luy voulois bien dire qu'après cecy, si la détention de la dicte Royne d'Escoce continuoit, et l'invasion de son pays ne cessoit, que le Roy demeureroit très justiffié envers Dieu et la dicte Royne d'Angleterre, sa bonne sœur, et envers toutz les siens, comme aussi il s'en justiffieroit envers les aultres roys, et mesmes envers les princes d'Allemaigne, qu'il n'auroit tenu à luy d'obvier au mal qui pourra advenir, si ses tant raysonnables offres, sur la liberté et restitution de sa belle sœur, ne sont acceptées, et qu'il ne luy en debvra estre rien imputé.

AULTRE INSTRUCTION A PART AU DICT Sr DE SABRAN.

La peur que j'ai heu que la déclaration du Roy à la Royne d'Angleterre, pour les affères de la Royne d'Escoce, mit les siens en dangier, m'a tenu en suspens si je la debvois différer, ou non, jusques après estre bien asseuré de la paix; mais, voyant que de demeurer sans fère quelque prompte démonstration, sur ce que l'armée d'Angleterre estoit entrée en Escoce, diminuoit par trop la réputation du Roy, et luy faisoit perdre les bons serviteurs qu'il a icy et au dict pays d'Escoce, je ne l'ay vollue différer; bien ay miz peyne d'user de tout l'artiffice qu'il m'a esté possible pour garder, qu'en aydant les affères de la dicte Royne d'Escoce, je n'aye poinct faict de dommaige à ceulx du Roy; car il est sans doubte qu'ilz se portent mutuelle faveur, et qu'on respecte les ungs pour l'amour des aultres en ceste court.

Et n'a esté sans que aulcuns principaulx seigneurs de ce royaulme, et l'évesque de Roz avec eulx, n'ayent cuydé monstrer un grand signe de malcontantement de ce que le secours de France ne paroissoit desjà en Escoce, et que je ne protestais tout promptement la guerre, puysque les Anglois avoient commancé d'entrer en pays, et y fère toutz actes d'hostillité.

Et disoient, tout hault, qu'il falloit que le Roy cessât d'estre amy ou des Angloys, ou des Escouçoys, car il ne pouvoit meintenir l'amytié avecques les deux, et qu'il debvoit bien considérer que si les seigneurs catholiques de ce royaulme, qui s'estoient asseurez qu'il favoriseroit et secourroit les affères de la Royne d'Escoce et les leurs, quand il seroit besoing, n'eussent tenu la main ferme à la paix d'entre la France et l'Angleterre, qu'il est très certain que ceulx de l'aultre party eussent fait déclairer ouvertement la Royne, leur Mestresse, pour ceulx de la Rochelle, sur la grand instance que les princes protestans d'Allemaigne luy en faisoient.