Disoit davantaige le dict évesque de Roz que, si la Royne, sa Mestresse, vouloit quicter l'alliance de France, il est sans doubte qu'elle et luy seroient en liberté, et toutz les affères d'Escoce se porteroient bien; et qu'il est certain que les choses estoient venues au poinct où l'on les voyoit, d'avoir les comtes du North prins les armes pour la liberté et restitution d'elle, et pour l'advancement de la religion catholique, par l'exortation de nous deux ambassadeurs de France et d'Espaigne; et que meintennant il n'aparoissoit nul secours du costé de noz Maistres; ains ceulx qui, soubz leur confiance, s'estoient déclairés, demeuroient en proye de la Royne d'Angleterre, et ceulx, qui avoient bonne intention de se déclairer, restoient, à ceste heure, bien fort descouraigés et intimidez.
Or, l'office, qu'ilz ont veu que j'ay despuys faict envers la Royne d'Angleterre a beaucoup rabillé cella, et si, a miz tant de doubte au cueur de la dicte Dame et tant de contrariété entre ceulx de son conseil, que, confessans les ungs et les aultres la déclaration du Roy estre très raysonnable, et fondée au debvoir qu'il a aulx deux Roynes de vouloir retenir l'amytié de l'une et subvenir à l'extrême nécessité de l'aultre, il semble que les choses en viendront à quelque modération.
Et ayant le dict évesque de Roz, par aulcuns des siens, faict exorter l'ambassadeur d'Espaigne de concourre avecques moi en ung semblable office, de la part de son Maistre, envers ceste Royne, pour la Royne d'Escoce, il s'est excusé de le fère, disant y avoir assés longtemps qu'il a devers luy une lettre à cest effect de son dict Maistre pour la Royne d'Angleterre, mais qu'il n'a jamais peu avoir audience d'elle, comme, à la vérité, il y a dix sept moys qu'il ne l'a veue, et que de luy fère venir meintennant ung nouveau ambassadeur sur cest affère, puysqu'elle en a renvoyé deux de grande qualité, sans quasi les ouyr, qui estoient envoyez pour les propres affères de son dict Maistre, ny aussi d'entreprendre de parler pour aultruy, jusques à ce qu'on se sera accommodé soy mesmes, le duc d'Alve estime qu'il seroit fort impertinent de le fère. Néantmoins, il donne espérance du contraire, ainsy que ce pourteur le dira à Leurs Majestez.
CVIIe DÉPESCHE
—du XIIIe jour de may 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Oratio d'Almarana.)
Nouvelles de l'invasion des Anglais en Écosse.—Prise du château de Humes, dans lequel ils se sont établis.—Nouvelles d'Allemagne et des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, ce qui est survenu de nouveau au quartier du North et d'Escoce, despuys le vııȷe de ce moys, que je vous ay mandé, par le Sr de Sabran, tout ce que, jusques alors, j'en avois aprins, est que la Royne d'Angleterre, le jour précédant que je luy fisse instance, de vostre part, de ne fère entrer ses forces en Escoce, ou de les retirer, si elles y estoient entrées, avoit desjà mandé au comte de Sussex d'y retourner par la seconde foys, pour y fère le gast; et le dict comte n'avoit failly de se remettre incontinent en campaigne: dont, le xxvȷe et xxvıȷe du passé, il a marché avecques l'armée jusques au chasteau de Humes, lequel délibérant prendre par force, et l'ayant faict recognoistre et aprocher le canon, ceulx qui estoient dedans envyron quatre vingtz hommes, après qu'on a heu seulement tiré trois coups, se sont randuz, bagues saulves, le xxıxe dudict moys: et milord de Scrup qui, en mesmes temps, avoit marché plus avant, a esté encores ceste foys rencontré par les fugitifz anglois, et par aulcuns Escouçoys qui l'ont chargé, et y a heu ung assés aspre combat; mais il s'est retiré avec la perte seulement de huict vingtz des siens, et sans que le dict de Sussex ny luy ayent passé à plus grand exploict. Après avoir layssé deux centz Anglois dans le dict chasteau de Humes, ilz s'en sont retournez, le ıȷe de may, à Barvich, d'où j'entendz, Sire, que icelluy de Sussex a incontinent dépesché un gentilhomme devers la Royne, sa Mestresse, sur divers occasions: sçavoir, sur les difficultez qui se présentoient plus grandes en ceste nouvelle guerre, qu'on ne les pensoit du commancement; sur le peu de confiance qu'elle doibt mettre en ces Escouçoys, qui disent estre de son party; sur avoir suplément de deniers, affin de complyr le nombre d'hommes que porte sa commission, car ceulx qui, jusques à ceste heure, sont entrez en Escoce, n'ont esté guières plus de cinq mil hommes et douze centz chevaulx en tout; et aussi, si la dicte Dame entend de fère razer le dict chasteau ou bien le tenir; et, au reste, à quoy elle veult que son armée s'employe le reste de cest esté.
Sur toutes lesquelles choses l'on m'a dict que, sabmedy dernier, luy a esté seulement respondu, que la dicte Dame luy gratiffie grandement le bon debvoir qu'il a faict en ce voyage pour son service, et qu'elle est après à donner ordre qu'il luy soit bientost envoyé argent et toutes aultres provisions qui luy font besoing; qu'elle n'est encores bien résolue du chasteau de Humes qu'est ce qu'elle en fera, mais qu'il advise cependant de bien entretenir la garnyson qu'il y a mise; et qu'il ne se haste de lever plus grand nombre de gens de guerre, mais qu'il dispose si bien ceulx qu'il a avecques luy le long de la frontière pour la garde d'icelle, qu'on n'y puisse plus retourner fère les courses, pilleryes et brullement, que par cydevant l'on a faict; et ne luy ordonne rien davantaige. Je ne sçay si, cy après, elle luy commandera de rentrer encores pour la troisième foys en Escoce.