Il est quelques nouvelles que milord de Herys a mandé au dict de Sussex que ses mauvais déportemens contraindroient enfin les Escouçoys, à leur grand regrect, d'avoir la guerre à la Royne, sa Mestresse; et que s'il ne cessoit d'entreprendre en leur pays, que non seulement ilz se mettraient en debvoir, avec le secours des Françoys qu'ilz attandoient d'heure en heure, de l'aller combattre, mais aussi d'entrer et venir bruller plus en avant en Angleterre qu'il n'a faict en Escoce; et dict on que le dict de Herys et le duc de Chastellerault, entendans que les comtes de Mar et de Glanquerne s'estoient assemblez avec le comte de Morthon à Lislebourg, pour s'aller joindre aulx Angloys, se sont venuz loger avec bonnes forces sur une rivière, et leur ont empesché le passaige. J'espère que par ces difficultez, et par la déclaration que Vostre Majesté a faicte fère à la Royne d'Angleterre, elle se layssera ramener à quelque meilleure rayson. Le comte de Lenoz, à ce que j'entendz, est demeuré mallade à Barvich, et le sir Randolf l'y est venu trouver. Je ne sçay encores s'ilz auront mandement de retourner à Lislebourg.
La flotte des draps a heu si bon vent qu'elle peult estre meintennant arrivée à Hembourg, et, au retour des navyres, qui la sont allés conduyre, nous pourrons entendre quelque nouvelle d'Allemaigne. Cella m'a l'on confirmé que les lettres de crédit, que ceulx de la nouvelle religion ont obtenues icy, y ont esté apportées pour être forny de dellà, jusques à cent cinquante mil escuz, s'il est besoing, ou si les draps peuvent avoir bonne vante; et que cependant les premiers cinquante mil escuz, ottroyez despuys le mois de janvier dernier, seront en toutes sortes payez contant. L'on espère du premier jour la conclusion de l'accord sur les deniers et merchandises, qui ont esté mutuellement arrestées icy en Flandres, et ne pensent les Anglois qu'il y puisse plus intervenir aulcune difficulté pour l'empescher. Il est vray que l'ambassadeur d'Espaigne m'a dict que les choses n'en sont encores si près. Sur ce, etc.
Ce xıııe jour de may 1570.
CVIIIe DÉPESCHE
—du XVIIe jour de may 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par le Magnifique Donato.)
Changement survenu dans les résolutions de la reine d'Angleterre, qui hésite à poursuivre avec vigueur la guerre d'Écosse.—Espoir de l'ambassadeur qu'elle va consentir enfin au rétablissement de Marie Stuart.—Nouvelles d'Écosse, de la Rochelle et des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, ce n'est sans une très grande difficulté, mais non aussi sans beaucoup d'estime de vostre réputation, qu'il se commance à manifester quelque effect du bon office, que m'avez commandé de fère icy pour la Royne d'Escoce; et ne sera encores, comme j'espère, sans quelque accommodement de voz affères, s'il peult estre conduict à sa perfection. Il est vray, Sire, qu'il est venu en temps que le feu estoit le plus allumé, et que la Royne d'Angleterre se sentoit extrêmement offancée, et que son armée estoit desjà entrée en Escoce; à l'occasion de quoy le dict office a trouvé de l'obstacle et de l'empeschement davantaige à estre bien receu. Néantmoins il a esté proposé tel, et en tel façon, et sur tel rencontre que voycy, Sire, ce que despuys s'en est ensuyvy: