Au Roy.
Sire, le jour que le conseil de la Royne d'Angleterre a esté assemblé pour dellibérer, devant elle, s'il estoit expédiant ou non qu'elle entendît à la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, de tant que desjà la dicte Dame estoit aulcunement bien disposée d'y entendre, les malveuillans n'ont peu empescher que la conclusion ne soit venue à ce que l'évesque de Roz seroit incontinent mandé pour adviser, avec luy, comment et à quelles conditions il s'y pourroit moyenner ung bon accommodement, qui peult estre à l'honneur et à la seurté de la Royne d'Angleterre, et au commun repoz des deux royaulmes. Sur quoy, estant le dict sieur évesque appellé, l'on luy a proposé les trois poinctz; desquelz, en mes précédantes du xvıȷe de ce moys, je vous ay faict mencion: du tiltre de ce royaulme, d'une ligue et de l'establissement de la nouvelle religion; et y a esté adjouxté celluy que je vous avois auparavant mandé, de rendre les rebelles; et encores ung cinquiesme, d'abstenir de tout exploict de guerre entre les deux pays pendant que aulcuns depputez d'Escoce pourront venir par deçà pour tretter de ces choses. Mais ce en quoy l'on a le plus incisté au dict sieur évesque a esté des pleiges et seurtez que sa Mestresse pourra bailler pour l'accomplissement de ce qu'elle promettra; et si elle sera poinct contante de mettre son filz et aucuns principaux personnaiges d'Escoce, comme le duc de Chastellerault, ou ses enfans, ou bien d'aultres seigneurs, et quelques forteresses ez mains de la Royne d'Angleterre; et aussi si vous, Sire, vouldrez poinct donner parolle et bailler ostaiges pour l'entretennement du tretté qui s'en fera, parce que principallement la dicte Dame desire que vous y soyez comprins, affin de s'asseurer de la paix avec Vostre Majesté.
Le dict sieur évesque leur a respondu, en général et bien fort saigement sellon sa coustume, qu'ilz debvoient demeurer très fermement et bien persuadez de l'affection et intention de la Royne, sa Mestresse, qu'elle n'en a nulle plus grande, ny plus certaine dans son cueur, que de donner à la Royne d'Angleterre, et à toute la noblesse de son royaulme, le plus grand contantement d'elle et la plus grande satisfaction sur ses affères qu'il luy sera possible, et qu'ilz ne veuillent aulcunement doubter qu'elle ne condescende très libérallement à tout ce que la dicte Royne, sa bonne sœur, et eulx estimeront estre honneste et raysonnable de luy demander; et, quant aulx particullaritez, qu'ilz venoient de luy desduyre, de tant que les unes estoient en la puyssance de sa dicte Mestresse et les aultres non, et que aulcunes sembloient estre assés aysées, les aultres très difficiles, il les requéroit, en premier lieu, de luy ottroyer sa liberté, et, après la liberté, d'en aller conférer avec sa dicte Mestresse, et puys, permission à elle d'envoyer devers les Estatz de son royaulme, affin de leur communiquer et leur fère bien recepvoir le tout, sans lesquelz rien ne pouvoit estre bien légitimement arresté là dessus.
Voilà, Sire, l'ouverture qui a esté desjà faicte en cest affère, sur lequel en celle partie qui deppend de Vostre Majesté, et toutes en doibvent assés dépendre, il vous plairra me commander comment j'auray à m'y conduyre, ayant cependant proposé d'ayder, en tout ce qu'il me sera possible, l'advancement de la matière, et vous advertyr souvent de ce qui, jour par jour, s'y fera, et puys sur la conclusion d'icelle suyvre, le plus près que je pourray, ce que Vostre Majesté m'aura mandé estre de son intention, et convenable à l'honneur de sa couronne et utilité de son service. Le dict sieur évesque, ouy l'abbé de Domfermelin, a esté appellé, mais je ne sçay encores ce qu'il a proposé, ny ce qu'il pourra avoir obtenu, seulement l'on m'a dict qu'il a fort incisté d'avoir de l'argent. Or, Sire, j'ay sceu d'ailleurs que sur ce que les comtes de Morthon, de Mar et de Glancarve, ont mandé au comte de Sussex, qu'il leur vollût promptement envoyer ung nombre de gens de guerre, affin de conserver l'authorité du jeune Roy, premier que tout le pays se fût remiz à l'obéyssance de la Royne d'Escoce, sa mère, parce que le duc de Chastellerault, pour y trouver moins de difficulté, s'efforceoyt de fère publier que toutes choses eussent à s'administrer dorsenavant au nom et par l'authorité d'elle, durant la minorité de son filz, il a esté mandé au dict de Sussex qu'il ayt à leur envoyer, tout incontinent, deux mille des meilleurs et mieulx choysiz soldatz de l'armée, soubz la conduicte du capitaine Drury, mareschal de Barvich; non que sur ceste dellibération n'y ayt heu beaucoup de débat dans ce conseil, mais enfin il a esté résolu que ce ne seroit violler ny enfraindre la paix aulx Escouçoys que d'envoyer du secours à leur Roy, et qu'il falloit ainsy tenir les choses divisées de dellà jusques à ce qu'elles seroient composées, icy, avec la Royne d'Escoce.
J'estime, Sire, que cest affère marchera de mesmes que la paix de vostre royaulme, car si l'on vous voyt démeslé de la guerre de voz subjectz, ne fault doubter qu'on ne condescende plus ayséement icy aulx choses justes et raysonnables que vous vouldrez demander; mais il semble qu'ilz tiennent pour assés doubteuse la conclusion de la dicte paix, à cause d'ung discours qui a esté envoyé de la Rochelle sur la négociation de Mr de Biron avec Messieurs les Princes; et n'ont ceulx de la nouvelle religion, pour le propos de la dicte paix, layssé de se pourvoir du plus de crédit de deniers en Allemaigne qu'ilz ont peu; et desjà y ont envoyé les lettres, ny ne cessent d'y entretenir leurs pratiques aussi vifves comme si la guerre se debvoit encores longuement continuer.
Ceste princesse trouve assés de difficulté à lever l'emprunct de trois mil privés scelz qu'elle a naguières imposez, et n'entreprend d'user de grand contraincte en l'exaction d'iceulx, de peur de quelque nouvelle eslévation. L'on attand l'arrivée de deux commissaires, des quatre qui estoient allez en Flandres, lesquelz viennent pour tretter d'aulcuns particulliers faicts qu'on leur a miz en avant, pour en sçavoir l'intention de leur Mestresse. Ung chacun espère qu'ilz s'accommoderont quant aulx deniers et merchandises arrestées, mais que néantmoins le libre commerce d'entre les deux pays demeurera encores en suspend à cause de certaines difficultez de la religion et de la jurisdiction, dont ne se peuvent bien accorder. Sur ce, etc.
Ce xxııe jour de may 1570.
CXe DÉPESCHE
—du XXVIIe jour de may 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon.)