CXIIIe DÉPESCHE

—du XIe jour de juing 1570.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal.)

L'Évêque de Ross mis en entière liberté.—Négociation pour le rétablissement de Marie Stuart; conditions proposées par Élisabeth.—Espoir de l'ambassadeur que le traité pourra se conclure prochainement, et demande d'instruction à ce sujet.—Même espoir que la liberté sera bientôt rendue au duc de Norfolk; chefs d'accusation sur lesquels il a été tenu de s'expliquer.—Affaires des Pays-Bas; grand armement fait en Angleterre, où l'on craint une entreprise de la part du duc d'Albe.—Mémoire. Conditions que l'on dit être offertes par la reine de Navarre pour la pacification de France.—Affaires d'Écosse.—État de la négociation dans les Pays-Bas.—Sollicitations faites auprès d'Élisabeth pour obtenir la liberté du duc de Norfolk.—Mémoire secret. Détails circonstanciés de toutes les discussions qui ont déterminé le conseil d'Angleterre à se déclarer pour le maintien de la paix avec la France.—Intrigue de ceux du parti contraire, afin d'empêcher cette décision.

Au Roy.

Sire, pour s'aquitter la Royne d'Angleterre de la parolle, qu'elle m'avoit donnée, qu'aussitost qu'elle auroit receu une responce, qu'elle attandoit de la Royne d'Escoce, elle procèderoit au faict de sa restitution avec tant de dilligence, que Vostre Majesté jugeroit qu'avec plus grande ne se pourroit fère, elle a desjà fort amplement traitté, avec Mr l'évesque de Roz, des moyens et expédians qu'elle veult estre suyviz en cella, et des seuretez et condicions qu'elle désire luy estre gardées. A quoy le sieur évesque ne luy a contradict en rien, ny ne luy a rien reffuzé; mais luy ayant monstre les choses qui en cella se pourroient trouver facilles ou difficiles, elle a monstré de ne se restraindre tant aulx plus difficiles, qu'elle ne se veuille bien accommoder à celles qui seront en la puyssance de la Royne d'Escoce d'acomplyr; et ainsy elle a ottroyé au dict sieur évesque sa pleyne liberté, avec licence d'aller conférer librement avec sa Mestresse; lequel desjà l'est allée trouver, et a emporté ung bien ample saufconduict pour envoyer les sires de Leviston ou de Bethon en Escoce, affin d'exécuter ce qui a esté arresté, entre la dicte Dame et moy, de retirer les siens hors du pays.

J'estime, Sire, que le dict évesque de Roz aura escript toute sa dernière négociation à Mr l'archevesque de Glasco pour la fère entendre à Vostre Majesté, qui sera cause que je ne vous toucheray icy les particularitez d'icelle sinon en ce qu'il a semblé que la dicte Dame vouloit fort incister d'avoir le Prince d'Escoce en ses mains; et qu'il fût envoyé par Vostre Majesté aulcuns des parans de la Royne d'Escoce à estre icy quelque temps ostaiges, pour l'observance des choses qui seront promises; et que la ligue se conclût offancive et deffancive entre l'Angleterre et l'Escoce. Mais j'espère, Sire, qu'elle se contantera à moins; et affin que aulcune longueur n'y puysse venir de nostre costé, le dict sieur évesque m'a très expressément requis de suplier très humblement Vostre Majesté qu'il vous playse m'envoyer, par ce mesme gentilhomme présent porteur, ung pouvoir ample pour assister en vostre nom au traitté qui se fera; lequel, pendant que les choses se monstrent en assés bonne disposition, il estime estre très nécessaire de conclurre sans délay, ou aultrement il y courra ung manifeste dangier d'en perdre pour jamais l'occasion. Mais, par mesme moyen, il sera vostre bon playsir, Sire, de m'envoyer une particulière instruction des poinctz où vous desirez que cest affère se réduise pour vostre service, affin que vostre intention soit (s'il m'est possible) toute la règle de ce qui s'y fera.

Les affères du duc de Norfolc semblent prendre ung mesme acheminement que ceulx de la Royne d'Escoce, car la Royne, sa Mestresse, a enfin envoyé deux de son conseil parler à luy, qui ne luy ont touché que cinq poinctz; sçavoir: celluy de son mariage avec la Royne d'Escoce, comme est ce qu'il l'avoit ozé pratiquer sans le sceu de sa Mestresse; celluy d'une lettre qu'il avoit escripte au comte de Mora, où il disoit avoir passé si avant au mariage qu'il ne pouvoit avec son honneur et conscience s'en retirer; le troizième, s'il ne s'en vouloit point despartyr maintennant, sans jamais y entendre, sinon avec le congé de la dicte Royne sa Mestresse; le quatriesme estoit de la religion, comme souffroit il que toutz ses principaulx officiers et serviteurs fussent ou déclairez ou suspectz Catholiques; et le cinquiesme, quelle seurté vouloit il donner à la Royne sa Mestresse de luy demeurer à jamais fidelle et obéyssant subject et serviteur. A toutes lesquelles choses j'entendz qu'il a si bien et sagement respondu que la dicte Dame en est assés satisfaicte; et s'espère qu'il sera remiz, du premier jour, en sa mayson de ceste ville, mais encores soubz quelque garde, pour quelques jours.

L'espérance de la paix de vostre royaulme ayde grandement à l'advancement des affères de l'ung et de l'aultre, et estime l'on que, succédant icelle, tout yra bien pour eulx; mais aussi, si elle ne se conclud, aulcuns ont opinion que cecy n'aura esté qu'une aparance pour pouvoir passer l'esté sans trouble, et qu'ilz tremperont encores cest yver en leurs accoustumées prysons.

J'entendz que le duc d'Alve mène ceulx cy d'ung grand artiffice sur l'accord de leurs différantz; car, d'ung costé, il les brave bien fort, et les adoulcit encores plus de l'aultre, et leur donne de grandes espérances de la bonne affection que son Maistre a d'accommoder, mieulx que jamais, leur trafficqz en toutz ses pays; bien que, entendant la Royne d'Angleterre qu'aulcuns de ses fugitifz sont passez devers le dict duc, et d'aultres sont allez en Espaigne, et qu'on lève maintennant des gens de guerre en Flandres, elle souspeçonne que c'est plustost contre elle que pour la réception de la Royne d'Espaigne, comme l'on en faict le semblant; et, à ceste cause, elle a commandé de mettre encores en ordre quatorze de ses grandz navyres, oultre ceulx qui sont desjà pretz. Sur ce, etc.