Ce xıe jour de juing 1570.
Instruction Au Sr de Vassal de ce qu'il fault fère entendre à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:
Qu'après que la Royne de Navarre, en apvril dernier, eust expédié devers le Roy les Srs de Telligny et de Beauvoys, lorsqu'ilz venoient du camp des Princes, et avec eux le Sr de La Chassetière pour adjoinct, elle fit une dépesche par deçà, laquelle a esté si longtemps sur mer, qu'elle n'est arrivée que despuys huict ou dix jours: et par icelle semble qu'on ayt cogneu que la dicte Dame inclinoit à la paix;
Et que par le dict La Chassetière elle ayt faict dire à part au Roy et à la Royne qu'il ne tiendroit à elle que la dicte paix ne se fît, et qu'elle suplioit Leurs Majestez de vouloir ottroyer à ceulx de la nouvelle religion l'éedict de l'an LXVII, qu'ilz apellent l'éedict de Chartres, et encores ung presche davantaige en la prévosté de Paris, et qu'avec cella elle s'esforceroit de les fère contanter et de conclurre la dicte paix;
Qu'aulcuns icy ont esté bien ayses de ceste disposition de la dicte Dame, comme advenue contre leur espérance, car pensoient que les ministres la tiendroient la plus destornée de ce désir qu'ilz pourroient. Aultres ont estimé qu'elle s'est trop hastée de parler d'icelluy éedict de Chartres, lequel ilz disent estre fort dangereux et de nulle seureté; et qu'il eust toutjours esté assés à temps de le requérir, car les menées de court ne permettent qu'on accorde jamais les choses ainsy qu'on les demande; ou bien attendre que le Roy l'eust offert de luy mesmes, et que eulx l'eussent lors tout librement et avec humilité receu de la pure concession et ottroy de Sa Majesté;
Que despuys, ne venant de France sinon toutjours nouvelles de continuation de guerre, et comme le Roy reffuzoit de rendre les offices et bénéfices à ceulx de la dicte religion, et de ne payer leurs reytres, Mr le cardinal de Chastillon, désespérant assez, pour ceste cause, de la paix, a sollicité plus vifvement que jamais les choses qui pouvoient servyr à se maintenir et à maintenir ceulx de son party en réputation par deçà, et à se procurer toutjours nouveaulx crédictz en Allemaigne.
A quoy semble que l'ayt davantaige confirmé de fère la venue d'ung aultre messagier, qui a esté dépesché de la Rochelle après le retour des depputez; lequel a aporté une forme d'articles, lesquelz à la vérité je n'ay pas veuz, mais l'on m'a dict qu'ilz contiennent que le Roy ottroye pour seureté à ceulx de la nouvelle religion la Rochelle, Sanxerre et Montauban, plus vingt quatre villes pour leur exercisse, lesquelles il nommera après la confection de la paix; que les haultz justiciers pourront fère prescher pour eulx, leurs subjectz, et ceulx qui y pourront assister; les gentishommes, qui ont moyenne justice, auront aussi presche pour eulx et leur famille seulement; que la vendition des biens eclésiastiques faicte par les Princes sera cassée; les offices de ceulx de la dicte religion demeureront vanduz; et que les Princes payeront et renvoyeront leurs reytres; et m'a l'on dict que desjà l'on a envoyé les dicts articles en Allemaigne avec des additions au marge, qui contiennent les raysons pourqnoy on ne les peult ainsy accepter.
Ung Allemand, qui naguières est arrivé de la part du comte Pallatin pour donner compte à la Royne d'Angleterre de l'estat des choses de delà, nomméement de ce qui se présume de la diette et des nopces du prince Cazimir son filz, dict que, parce que les levées du Roy en Allemaigne ne passent en avant, celles des aultres demeurent aussi en suspens, mais qu'au reste elles se tiennent prestes pour le besoing, et que le prince d'Orange s'est retiré pour quelques jours en l'estat d'une sienne parente, attandant les nopces du dict Cazimir, auxquelles il espère de pouvoir radresser ses affères; et que Mr de Lizy ayant passé par Helderberc, où il a séjourné ung jour ou deux, après avoir heu quelque petite conférance avec le dict Sr Pallatin, a prins le chemin de Genève avec une troupe de gentishommes Françoys qui vont trouver le camp des Princes.
Desquelles apparances de guerre, parce que ceulx cy voyent qu'elles ne font poinct cesser les propos qui se mènent de la paix, et qu'il se trouve encores des difficultez sur l'accord des différandz des Pays Bas, ilz deviennent assez irrésoluz comme debvoir procéder ez choses d'Escoce, et craignent bien fort que, de les poursuyvre davantaige, la paix de France et la victoire du Roy d'Espaigne sur les Mores[8] ne se convertissent en une guerre sur eulx; ce qui les faict plus vollontiers incliner aulx remonstrances que je leur fays là dessus. Et encores que le temps et l'ocasion pressent bien fort de pourvoir aulx affères d'Escoce, ou aultrement ilz vont incliner à la part des Anglois, sans que les Anglois y facent plus grand effort, le mesme temps et la mesme ocasion néantmoins semblent se monstrer bien à propos au Roy pour pouvoir meintennant conserver, sans grand coust et quasi par moyens paysibles, ce que sa couronne a heu toutjour d'alliance et d'authorité au dict pays; et croy que mal ayséement une aultre foys y pourra il, sans viollance et possible sans une grande guerre et à grandz fraiz et difficulté, y remédier.
Les souspeçons ne sont légiers à ceulx cy, du costé du Roy d'Espaigne, parce que deux des principaulx hommes d'Irlande sont allez à recours à luy, et luy sont allez offrir accez, entrée et obéyssance pour la protection de la religion catholique en leur pays; et pareillement aulcuns des principaulx fugitifz Anglois, qui s'estoient retirez en Escoce, sont passez devers le duc d'Alve. A l'ocasion de quoy, le comte de Lestre a, despuys dix jours, faict fère une plaincte à Mr l'ambassadeur d'Espaigne de ce qu'on recepvoit les rebelles de ce royaulme en Flandres; et il a respondu qu'il n'en sçavoit rien, mais qu'il ne fesoit double qu'ilz ne fussent bien receuz ez terres du Roy Catholique, puysqu'ilz estaient chassez pour estre Catholiques, mais que ce ne seroit pour y mener rien par armes contre la Royne d'Angleterre.