Or, en ce qui concerne les différandz des Pays Bas, il a esté bien près d'y mettre ung bon accord, car le duc d'Alve en a faict toutes les démonstrations du monde; et en mesme temps est advenu par des intelligences, que la Royne d'Angleterre a en Flandres, qu'on luy a faict veoir la coppie d'une lettre que le Roy d'Espaigne escripvoit au dict duc, par laquelle il luy mandoit de regaigner, par toutz les moyens qu'il pourroit, l'amytié de la Royne d'Angleterre et des Anglois; dont ilz estiment que la difficulté, qu'il sentoit lors en la guerre des Mores, le faisoit parler ainsy, et qu'à ceste heure ayant quelque bon succez en icelle, il se veult tenir plus ferme sur la restitution des prinses.
Sur laquelle restitution icelluy duc, à l'arrivée des dicts commissaires, leur a dict que la demande, qu'ilz estoient venuz fère des biens des Anglois, estoit très raysonnable; mais que celle des subjectz du Roy, son Maistre, qui demandoient pareillement d'avoir les leurs, n'avoit moins de rayson, et qu'il failloit venir à une mutuelle satisfaction des deux costez. Et néantmoins, s'estant puys après laissé aller à des expédiantz qui revenoient assés à son proffict, et qui donnoient grand espérance d'ung accord, il s'en est despuys desparty par ung adviz, qu'on luy a envoyé de deçà, d'ung aultre proffict plus grand d'envyron cent cinquante mil escuz, s'il retient les biens des Anglois; lesquelz biens il a desjà, pour ceste ocasion, faictz remettre de nouveau soubz sa main, ou bien les deniers qui sont provenuz de la vante d'iceulx; et meintennant l'on est après à fère quelque évaluation des ungs et des aultres, pour veoir si l'on pourra venir à quelque compensation.
Ceulx qui ont esté les plus contraires à la Royne d'Escoce et à ses affères commancent, à ceste heure, de se fère de feste et de luy promettre toute faveur et secours; et le mesmes est du duc de Norfolc, car ceulx qui ont esté ses plus mortelz ennemys se gettent à genoulx devant la Royne, leur Mestresse, pour la suplier pour luy; et bien qu'en cella y puisse avoir de la simulation, pour plustost prolonger que pour désir d'ayder ses affères, ilz semblent néantmoins estre resduictz à ung poinct que, si quelque nouveau accidant ou quelque grand malheur ne survient, ilz seront pour estre bientost accommodez.
AULTRE INSTRUCTION A PART:
Que ce qui plus me fait incister icy aulx choses d'Escoce, et en solliciter pareillement Leurs Très Chrestiennes Majestez, est qu'il ne peult revenir que à une merveilleuse diminution de leur estime et grandeur, de se laysser ainsy arracher comme par force la Royne d'Escoce et les Escouçoys de leur protection; et de souffrir que la Royne d'Angleterre leur emporte de leur temps ceste alliance, qui a esté conservée huict centz ans à la couronne de France, et laquelle assés souvant luy a esté très utille, et quelquefoys bien fort nécessaire.
Et je considère que, de s'y opposer meintennant par Leurs Majestez, ce n'est les mettre en nouvelle guerre, ains plustost divertir celle qui leur pourroit venir d'icy; ny mettre le Roy en grandz frays de ses deniers, ains empescher que les Anglois n'envoyent les leurs en Allemaigne contre luy; ny l'attacher à de grandes difficultez, car la seule démonstration de vouloir envoyer mille harquebouziers en Escoce, ou le passaige d'iceulx seulement, rendra ceste entreprinse achevée sans aulcunement venir aulx mains, de tant qu'ung chacun juge que la Royne d'Angleterre ne les sentyra sitost joinctz aulx Escouçoys partisans pour leur Royne, lesquels à présent sont les plus fortz, qu'elle ne viegne à telle composition qu'on vouldra; et si, ne demeurera que plus ferme en la paix, joinct que je n'ay faict ceste instance, sinon après que, par la conférance de ceulx qui entendent bien l'estat de ce royaulme, j'ay comprins que c'estoit jouer à boule veue.
Et puys, je voy que ceulx qui ont persévéré jusques icy en l'affection du Roy, s'ilz ne sont entretenuz de quelque bon espoir, voyre de quelque démonstration de son présent secours, comme de celluy seul entre les princes chrestiens, qui justement et légitimement peult mouvoir ses armes en ceste cause, ilz se vont sans aulcun doubte jetter ez braz du Roy d'Espaigne, et bien que ce ne soit aultant de droict, comme ez braz du Roy, ilz ont néantmoins desjà leurs messagiers devers luy, et à ceulx là est desjà faicte promesse de secours; mesme le duc d'Alve leur donne entendre qu'il est si prest qu'il ne reste sinon que la Royne d'Escoce envoye son pouvoir et consantement pour l'acepter.
Et de ce, la dicte Dame a naguières receu ses lettres ou bien celles de son Maistre, car je ne sçay encores duquel des deux; tant y a qu'on l'asseure fort que, en toutes sortes, elle sera assistée et aydée à sa restitution par le Roy Catholique, lequel cependant l'exorte de se réserver libre de son mariage, et de ne s'obliger à nul, sinon avec l'adviz et bon conseil qu'il luy en donnera.
Néantmoins commanceans les affères d'Escoce de s'acheminer par la gracieuse voye de la négociation, que Leurs Majestez m'ont commandé de fère, j'espère qu'elles succéderont assez sellon leur désir, sans y fère aultre effort ny despence; mais à toutes advantures, parce que la malice des ennemys, et la faulte de cueur des amys, et la jalouzie de ceste Royne contre sa cousine sont choses que j'ay toutjour fort suspectes, je désire que Leurs Majestez voyent à clair quel a esté et quel est le cours de ceste affère, affin qu'ilz puyssent juger quant, et commant, et en quelle sorte il y pourra fère bon.