Après que j'ay heu, par deux foys, résoluement déclairée à la Royne d'Angleterre qu'elle ne pouvoit, sans contravention des trettez, envoyer ses forces en Escoce, et que pourtant elle debvoit accepter les honnestes condicions et offres que la Royne d'Escoce luy faisoit, par le moyen desquelles elle obtiendroit, mieulx que par la force et sans aulcune despence, ce qu'elle prétandoit, et si, auroit conservé l'amytié du Roy, la dicte Dame a demeuré quelques jours fort incertaine comme elle en uzeroit; dont aulcuns des siens, craignantz le changement de sa dellibération, ont trouvé moyen, il y a envyron quinze jours, de luy fère signer une lettre au comte de Sussex pour le fère passer si avant en l'entreprise qu'on ne s'en peult plus retirer.
De quoy m'ayant esté donné adviz, et estant bien informé que la dicte lettre avoit esté substraicte, j'envoyay incontinent solliciter ceulx, qui avoient bonne affection en ceste cause, de le fère entendre à la dicte Dame, et de convaincre vers elle ceulx qui avoient ozé entreprendre ung tel faict, et qui la vouloient, contre toute rayson, mettre en guerre avecques le Roy.
Ce que ayant bien oportunéement sceu fère, ilz ont si bien irrité la dicte Dame qu'elle a monstré d'en estre fort courroucée, et qu'en toutes sortes elle vouloit sortir par quelque aultre meilleur moyen hors de cest affère; dont, assignant jour à ceulx de son conseil d'en venir délibérer devant elle, les ungs, pour rompre le coup, ont trouvé bon de s'absenter en ceste ville par prétexte du terme de la justice, et les aultres, ne pouvant contradire à cella, y sont venuz aussi pour le mesme prétexte, mais en effect ce a esté pour fère des assemblées séparéement avec les partisans et amys, pour voir comme ilz pourroient, de chascun costé, advancer leur intention et retarder d'aultant celle des aultres.
Et enfin milord Quiper, qui est chef de la partie contraire, après avoir bien consulté avecques les siens, avoit, au partir de ceste ville, délibéré de s'en aller en la contrée pour allonger et interrompre la matière; mais le comte d'Arondel le prévint en son propre logis, et le somma de se trouver, le ııȷe jour après, devers la Royne leur Mestresse pour résouldre cestuy et aultres très urgentz affères, «qui ne pouvoient, disoit il, sans mettre la dicte Dame et son royaume en grand dangier, estre plus prolongez.»
Icelluy Quiper, en grand collère, luy respondit qu'il ne délibéroit de retourner en court, qu'il ne fût plus de trois foys fort expressément appellé, veu que la Royne tenoit si peu de compte d'observer les choses une foys arrestées, et qu'elle mesprisoit à ceste heure ses conseilz, et ne recepvoit plus sinon ceulx qui luy estoient très dommaigeables, ès quelz il ne vouloit en façon du monde intervenir.
Le comte répliqua que à la charge qu'il avoit ne convenoit bien de gouverner ainsy ce royaulme par collère, car c'estoit par rayson et justice qu'il le debvoit modérer, et qu'il se sçauroit aussi bien courroucer que luy s'il vouloit; mais qu'il prévoyoit ung si grand inconvéniant d'une généralle sublévation en ce royaulme et de tant de guerres avecques les estrangiers, qu'il ne pouvoit pour son debvoir différer plus longtemps d'en avertyr sa Mestresse, et qu'il falloit que luy, comme son premier conseiller, s'y trouvast présent pour en dellibérer, ce que, s'il reffuzoit de fère, qu'il fût asseuré qu'il luy seroit reproché; et que, absent ou présant, il ne lairroit de bien chanter les vespres au secrétaire Cecille, car ce n'estoit que d'eulx deux que procédoit le retardement de toutz les affères de ce royaume. Cella fut lors cause que le dict Quiper s'estant ung peu remiz, et estant le propos venu à plus gracieulx termes entre eulx, ilz se promirent l'ung à l'aultre de se trouver, le cinquiesme jour après, à Amptoncourt.
Pendant laquelle assignation, le secrétaire Cecille fit tout ce qu'il peult pour destourner la dicte Dame de son bon propos, et luy oza bien dire assés licentieusement, présent le comte de Lestre, qu'elle s'en alloit habandonnée de ses meilleurs serviteurs, puysqu'elle se vouloit ainsy précipiter d'elle mesmes en ung manifeste et trop certain péril de sa propre personne et estat par la restitution et dellivrance de la Royne d'Escose.
A quoy, en collère, elle luy demanda comme il cognoissoit cella, car jusques à ceste heure, elle n'avoit ouy nulle rayson de luy là dessus qui ne fût playne de passion et de hayne, et comme il ne respondoit rien, le comte de Lestre dict: «Voyez, Madame, quel homme est le secrétaire, car se trouvant hier avec nous tous à Londres, il asseura qu'il vous donroit conseil de restituer la Royne d'Escoce, et meintennant il parle en toute aultre façon.»—«Ainsy, respondit elle, me raporte il plusieurs choses assés souvant de vostre part, qui puys après est tout le contraire. Quoyqu'il y ayt, maistre Secretary, dict elle, je veulx sortyr hors de cest affère et entendre à ce que le Roy me mande, et ne m'en arrester plus à vous aultres frères en Christ.»
Sur cella, m'estant arrivée la dépesche du Roy du ıııȷe de may, il a esté le plus à propos du monde que j'aye faict ceste troisième recharge, du xxıȷe du dict moys, à la dicte Dame, comme je luy ay desjà mandé, par laquelle voyantz les adversayres qu'elle se layssoit conduyre à la rayson, et que desjà elle m'accordoit de retirer ses forces hors d'Escoce et de procéder à la restitution de la Royne sa cousine; après que j'en ay heu aussi parlé au conseil, ilz ont préparé l'ung d'entre eulx pour venir, en présence des aultres, tenir le merveilleux et bien insolant propos qui s'ensuyt;
C'est de dire à la dicte Dame «qu'elle estoit estrangement pipée et trompée en ceste affère, car il estoit désormais trop clair que ceulx, de qui elle commançoyt de suyvre le conseil, estoient toutz gens partiaulx et bandez contre elle en faveur de la Royne d'Escoce, et qu'il n'y avoit rien plus aparant et vraysemblable; que les propos de moy ambassadeur estoient emprumptez, ou de Mr le cardinal de Lorrayne qui m'avoit mandé d'ainsy parler, ou de la Royne d'Escoce qui m'en avoit prié; et que, veu les affères que le Roy avoit chez luy, il n'estoit pour mander et encores moins pour fère ce que je disoys; et que desjà l'on avoit passé si avant aulx choses d'Escoce qu'il n'estoit plus temps de s'en retirer, ny la dicte Dame ne pourroit désormais, sans dangier et sans perdre trop de réputation, rappeller ses forces de Lislebourg; mais que, si elle poursuyvoit son entreprinse, il estoit trop évidant que l'Escoce s'en alloit conquise, et les Escouçoys toutz renduz ses subjectz et tributaires, et son authorité establye au dict pays, et sa religion à jamais confirmée par toute l'isle;