»Que ce qu'il disoit estoit ung bon et droict conseil, et ce qu'on alléguoit au contraire estoit tout faulx et suspect, et qu'il vouloit mourir pour une si digne querelle, laquelle convenoit à la grandeur et dignité de la couronne d'Angleterre, non de se mouvoir ainsy ny de changer de délibération pour les parolles d'un ambassadeur, comme il sembloit que la dicte Dame vouloit fère, et que le Roy, Henry VIIIe, n'eust pas lasché prinse, ainsy que honteusement et misérablement l'on le conseilloit à elle de le fère; et qu'il offrait, au cas que, pour l'amour de la Royne d'Escoce, les Françoys passassent de deçà, que luy mesmes luy yroit trancher la teste, s'il playsoit à la Royne luy en bailler la commission, s'atachant particullièrement au comte de Lestre comme pour le taxer qu'il ne se monstroit fidelle en cest endroict à sa Mestresse.»
Le comte luy a respondu «que ces propos estoient d'ung homme indigne d'estre au conseil de la Royne, et que, de sa part, il l'avoit conseillée droictement sellon conscience et honneur, et sellon qu'il estoit dellibéré de vivre et mourir en l'opinion qu'il luy avoit donnée, et mesmes à maintenir, contre quiconques vouldroit dire le contraire, qu'il ne luy avoit rien dict qui ne fût digne d'ung très bon et très fidelle conseiller, serviteur et subject; et puysqu'ilz en venoient là, qu'ilz fissent tout le piz qu'ilz pourroient de leur costé, et que la dicte Dame regardât quel party elle vouldroit prandre, car luy et plusieurs aultres estoient résoluz de persévérer à jamais en leur délibération.»
La dicte Dame, se trouvant en perplexité, a respondu en collère au premier qui avoit parlé, «que ses conseilz estoient toutjour semblables à luy mesmes, qui ne luy en avoit jamais donné que de témérayres et dangereux, et que, tant s'en falloit qu'elle vollût avoir ung aultre royaulme au pris qu'il disoit de la vie de sa cousine, qu'elle aymeroit mieulx avoir perdu le sien que de l'avoir consenty; et qu'il n'entreprint sur sa teste de tenir jamais plus un tel langaige, et qu'au reste eulx toutz mettoient ses affères, et elle, et son estat, en grand dangier, de se porter ainsy tant contraires et opposans en leurs opinions.»
Sur cella, après quelque peu de silence, le comte d'Arondel a commancé de dire «que la collère, ny la passion, ny la hayne ou amytié, qu'on pouvoit avoir à la Royne d'Escoce, ne les debvoit mouvoir de donner conseilz précipitez ni dangereux à leur Mestresse, ny de venir à nulle contention entre eulx, ains procéder en tout par prudence et modération; et que luy vouloit, en présence d'elle et de son conseil, librement dire qu'il estoit trop clair qu'en l'entreprinse d'ayder une partie des Escouçoys qui estoient désobéyssantz, ou qui avoient quel autre prétexte que ce fût contre leur Royne Souverayne, ne pouvoit avoir rien de seurté, ny d'équité, ny de proffict, ny rien aultre chose que force difficultez, force despences, une très mauvaise estime des gens de bien, une grande offance des aultres princes, et une très certaine ouverture de plusieurs guerres, que la dicte Dame et son royaulme n'estoient pour pouvoir soubstenir;
«Que c'estoit mal juger des parolles miennes, qu'elles fussent empruntées, car jusques icy l'on les avoit trouvées conformes à celles du Roy Mon Seigneur, et leur mesmes ambassadeur par ses lettres les avoit souvant confirmées; et qu'on n'avoit encores veu, quant ung ambassadeur d'ung si grand prince avoit résoluement dict ouy ou non, qu'il se trouvât puys après aultrement; car seroit exemple fort nouveau, qu'ung ambassadeur se mît en dangier d'estre désadvouhé, et n'en fauldroit plus envoyer si l'on en venoit là; par ainsy, qu'ayant esté mon dire clair et exprès, il n'y avoit point de doubte qu'il ne fût procédé du commandement et de l'intention du Roy Mon Seigneur;
»Qu'il n'y auroit ny honte, ny dangier, de se retirer de ceste entreprinse d'Escoce; de honte, parce que cella se feroit sur l'instance et prière d'ung grand Roy pour conserver la paix et les trettez, lequel promettoit non seulement de n'attempter rien de son costé, mais d'accomplir toutes choses à l'advantaige de la Royne; et encores moins de dangier, car ne seroit mal aysé de ramener les gens qui estoient à Lislebourg jusques à Barvich, sans qu'on en perdit pas ung;
»Que possible le Roy Henry VIIIe n'eust pas vollu lascher prinse, mais de son temps l'Angleterre estoit en meilleure disposition et mieulx unye que meintennant, et si l'avoit il merveilleusement espuysée et ruynée pour les guerres de France; ès quelles toutesfoys il n'avoit jamais ozé rien entreprendre qu'il n'eust ung Empereur pour compaignon, là où tant s'en failloit qu'on peult fère meintennant estat du Roy Catholique, son filz, que au contraire l'on l'avoit bien fort offancé, et si enfin les entreprinses du Roy Henry en France estoient tornées à rien; que pourtant la dicte Dame advisât de prendre l'expédiant qui plus luy pouvoit admener de paix et de seurté en son royaulme, qui plus luy pouvoit confirmer l'amytié des aultres princes, et qui plus pouvoit justiffier la droicture de ses intentions envers Dieu et les hommes.»
A ceste opinion ayant celluy du conseil, qui est le plus homme de guerre, adjouxté qu'il se offroit d'aller luy mesmes retirer les Anglois, qui estoient à Lislebourg, en si bonne sorte que, sans aulcun dangier et à l'honneur de la Royne, il les reconduyroit toutz à Barvich, il fut conclud qu'on advertiroit incontinent le comte de Sussex de l'accord d'entre la dicte Dame et moy, pour donner ordre qu'on n'eust à fère nulle entreprinse davantaige dans l'Escoce.
Mais, le lendemain, survint ung inconvéniant qui cuyda tout gaster, car ayant l'évesque de Roz escript une fort courtoyse lettre au comte de Lestre pour obtenir de la Royne qu'elle luy vollût donner audience, affin d'avoir confirmation de sa bouche des choses que je luy avois dict qu'elle accordoit, pour les pouvoir, plus seurement escripre; elle ne se peult tenir qu'elle ne dict au dict comte que la lettre l'arguoit de souspeçon, qu'on luy imposoit, d'avoir trop prins à cueur le party de la Royne d'Escoce: laquelle parolle le piqua si fort qu'après s'estre plainct de ce qu'elle vouloit ainsy tourner l'honnesteté de la lettre à son trop grand préjudice, il luy dict: «qu'il ne luy avoit jamais donné occasion de penser aultrement de luy que comme d'ung sien bon conseiller, qui a toutes les obligations du monde de ne luy estre jamais aultre que son très obéissant et très fidelle serviteur;
«Que, en ce qu'il luy conseilloit de la Royne d'Escoce, il croyoit, comme en Dieu, que consistoit tout son repos et sa principalle seurté, et que de fère le contraire estoit sa ruyne et destruction, et qu'il ne changerait jamais d'adviz, estant en elle de suyvre lequel qu'elle vouldroit; mais que, pour ne luy donner aulcun souspeçon de luy, il se privoit désormais fort vollontiers de n'entrer plus en son conseil.» Et ainsy s'en partit pour lors, et s'en vint à Londres, bien que, incontinent après, la dicte Dame luy envoya, et au marquis de Norampton, une commission pour parler au dict évesque de Roz, affin dé luy confirmer les choses qu'il desiroit, car pour encores elle ne le vouloit admettre en sa présence; toutesfois cella a esté rabillé despuys, et le dict comte mesmes a faict parler le dict évesque à la dicte Dame.