Ceste tant grande division de court, laquelle est encores plus grande dans le royaulme, est cause dont, pour ne laysser intéresser le Roy ny sa couronne d'une si ancienne alliance, j'ay ainsy entreprins de m'oposer à ceulx de ce conseil qui s'esforcent de la luy oster, qui ne sont personnaiges guières principaulx, ny bien fort authorizez, pour me joindre aulx aultres qui font tout ce qu'ilz peuvent pour la luy conserver, qui sont les premiers et plus nobles de ce royaulme, et d'en escripre ainsy que j'ay faict à Leurs Majestez.
CXIVe DÉPESCHE
—du XVIe jour de juing 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Vollet.)
Nouvelle irritation d'Élisabeth contre l'évêque de Ross, Marie Stuart et le duc de Norfolk.—Changement opéré dans les résolutions de la reine d'Angleterre.—Nouvelles d'Écosse, où le traité conclu par l'ambassadeur a commencé à recevoir son exécution.—Mesures prises contre ceux qui répandraient les bulles du pape en Angleterre.—Affaires d'Allemagne.—Propositions que doit faire le pape à la diète de Spire.—Messager envoyé à Londres par l'amiral Coligni.—Motifs qui ont changé les résolutions d'Élisabeth.
Au Roy.
Sire, il n'y avoit guières plus de deux heures que le Sr de Vassal estoit party, pour vous aporter ma dépesche du xıe du présent, quand le Sr de Sabran est arrivé avec celle de Vostre Majesté du dernier du passé, sur laquelle m'ayant la Royne d'Angleterre assigné audience à demain, je mettray peyne, Sire, de fère, s'il m'est possible, qu'elle veuille bien conformer son intention à ce que me mandez estre de la vostre; et de luy oster, si je puys, une nouvelle offance, que, despuys huict jours, elle a conservé contre l'évesque de Ross avec tant d'indignation qu'elle jure de ne le vouloir jamais veoir, ainsy que le Sr de Vassal vous l'aura peu dire, chose que je crains assés que me sera bien difficile de remédier, et qui pourra possible retarder beaucoup les affères de la Royne d'Escoce; mesmement que ceulx, qui nous sont contraires, ont heu desjà de quoy fère de là ung mauvais office contre elle, c'est de changer la pluspart des bonnes dellibérations qui avoient esté faictes sur les choses du Nord et d'Escoce; et ont aussi miz tant de traverse à la liberté du duc de Norfolc, qu'il semble qu'elle soit meintennant bien fort retardée, ny ceulx qui veulent bien à la Royne d'Escoce et au dict duc n'ont peu mieulx, pour ce coup, que de céder ung peu au courroux de leur Mestresse; dont le comte de Lestre s'est absenté pour douze ou quinze jours en sa maison de Quilingourt, et le comte d'Arondel s'en est venu en ceste ville. Et cependant noz affères dorment, sinon en tant que noz ennemys les vont réveillant pour les fère eschapper; mais j'espère qu'après le retour du dict évesque et de ces seigneurs, nous y donrons telle presse qu'il nous y serra baillé une bonne ou bien une mauvaise résolution.
J'entendz que la dicte Royne d'Angleterre a heu si grand désir de contanter Vostre Majesté, sur ce qu'elle m'avoit promiz de révoquer ses gens de Lislebourg, que, l'ayant, incontinent après ma précédante audience, mandé au comte de Sussex, il les a heu retirez premier qu'on luy ayt peu fère nul contraire mandement; de sorte que Drury, avec ses quatorze centz hommes, car plus grand nombre n'en avoit il mené par dellà, a esté de retour à Barvyc le ıııȷe de ce moys: j'en sçauray demain par la dicte Dame encores mieulx la certitude, et pareillement si elle aura poinct retiré sa garnyson de Humes et de Fascastel. L'on dict que le comte de Lenoz est arrivé à Lislebourg, et que ceulx du party du jeune Prince, son petit filz, l'ont associé au gouvernement; néantmoins que le duc de Chastellerault et les trois comtes d'Honteley, d'Arguil et d'Athel, lesquelz ont, dez le xe de may, soubzsigné à l'authorité de la Royne d'Escoce, et qui se portent toutz quatre conjointement lieutenants d'elle, avec l'aprobation du reste de la noblesse et du pays, commancent de réduyre toutes choses bien fort à leur dévotion.
Cependant l'on se trouve icy en grand perplexité et en plusieurs difficultez, pour la bulle dont vous ay cy devant escript, et en ont ceulx de ce conseil miz la matière en délibération; mais ne s'en pouvans bien accorder, ilz ont faict une grande assemblée des plus sçavans de ce royaulme pour veoir comme il y fauldroit procéder; et m'a l'on dict qu'il est résolu que ceulx, qui auront ozé, ou qui auzeront cy après, entreprendre d'aficher bulles, proclamations, placartz ou aultres telles choses si expresses contre la Royne, en lieux publicz, seront attainctz et convaincuz de lèze majesté, et les aultres qui s'en trouveront seulement saisis, n'encourront pas du tout si grand crime, mais ilz n'évitteront pourtant l'indignation du prince; et semble bien que, à l'ocasion de la dicte bulle, les Catholiques sont plus durement traittez, et qu'on a plus grand aguet à les observer de près qu'on n'avoit auparavant; mesmes le dict évesque de Roz a senty que cella est venu ung peu hors de temps pour sa Mestresse.