L'escuyer du prince d'Orange arriva icy la sepmaine passée, sur les navyres qui revenoient de conduyre la flotte de Hembourg; qui a aporté lettres de son maistre à ceste Royne, et au comte de Lestre, et au secrétaire Cecille, et encores d'aultres lettres à la dicte Dame de son agent qui est en Allemaigne, en datte ces dernières du xxvȷe de may; qui contiennent divers adviz, premièrement, que la diette a esté prolongée du xxıȷe de may au xxıȷe de juing, et que le Pape a fort conjuré l'Empereur de s'y trouver, qui aultrement s'en vouloit fort excuser, et ce, pour deux considérations, que Sa Saincteté a heues, dont l'une se publie assés, qui est pour mettre en avant ung décrect qu'il ne soit désormais plus loysible aulx Allemans d'aller travailler les estatz des aultres princes chrestiens, par prétexte de secourir leurs subjectz pour la cause de la religion; et l'aultre, laquelle on tient secrecte, est pour fère passer ung aultre décrect contre les comte Pallatin et duc de Vitemberg, et contre quelconques princes, ou aultres, qui se seroient despartys et séparez des deux religions receues en l'Empire: sçavoir, la Catholique et celle de la confession d'Auguste, affin de les priver non seulement de l'eslection, dignitez, charges, estatz et aultres leurs prééminances, mais y en subroger tout incontinent d'aultres, et les exclurre eulx, pour jamais, de la paix publicque d'Allemaigne. Ce qu'ayant le duc Auguste descouvert, et craignant que la présente désauthorisation et ruyne de ces princes ne fût puys après celle de luy mesmes, a vollu interrompre la dicte diette; mais ne le pouvant fère, les dictes lettres portent que, par prétexte de conduyre sa fille en son mesnaige, il s'est accompaigné du Lansgrave et de huict ou neuf mil chevaulx, pour s'opposer aulx décrectz, et qu'ung chacun juge, puysqu'il s'en vient ainsy à Heldelberg, qu'il se trouvera sans faulte à la dicte diette et que mal ayséement s'achèvera elle sans quelque tumulte, puysque luy et les aultres princes se vont ainsy acompaignant; qu'il s'estimoit que le Cazimir, incontinent après la dicte diette, ou bien plustost, s'achemineroit avec ses reytres au secours des Princes et de l'Admyral de France; que le duc Jehan Guillaume de Saxe avoit donné pour Vostre Majesté le alliguet[9] à ses gens pour les fère marcher par tout le moys de may; et qu'il avoit dict aulx aultres princes protestantz que ce qu'il en faisoit n'estoit que pour se maintenir en crédit vers Vostre Majesté, et en la pancion que vous luy donnez; laquelle luy faisoit bien besoing pour s'entretenir, mais qu'il ne nuyroit en façon du monde à ceulx de la nouvelle religion; et qu'au reste, l'on se resjouyssoit bien fort en Allemaigne de ce que le Roy d'Espaigne s'estoit modéré vers les Flamans de leur avoir ottroyé ung pardon général par où l'on espéroit que les Pays Bas se maintiendroient en paix; et est l'on icy après à dépescher le dict escuyer pour s'en retourner devers son maistre.
Mr l'Amyral a trouvé moyen de fère passer jusques icy en grand dilligence devers Mr le cardinal de Chatillon ung messagier, qui n'a point aporté de lettres, mais seulement créance de bouche; de laquelle je n'ay encores entendu le contenu, sinon que on m'a dict que c'est pour les choses d'Allemaigne, et si n'ay rien sceu du dict homme jusques à ce qu'il a esté renvoyé, car n'a esté arresté que deux jours icy, et s'en retourne, à ce qu'on dict, par Paris soubz quelque passeport emprumpté.
Ce xvıe jour de juing 1570.
A la Royne.
Madame, de ce que Mr l'évesque de Roz, deux jours après que la Royne d'Angleterre luy eust ottroyé sa liberté, a esté trouvé partant de nuit avec le comte de Southanton, jeune seigneur catholique; et de ce qu'on se persuade que la bulle du Pape n'a esté expédiée sans le consentement de Voz Majestez Très Chrestiennes et du Roy d'Espaigne; et qu'en mesmes temps milord de Morlay, principal seigneur d'Angleterre, beau filz du comte Derby, estant appellé en ceste court n'y est vollu venir, ains est passé delà la mer à Doncquerque; plusieurs choses en ce royaume monstrent tendre à quelque altération, mesmes que, pour les dicts accidentz, icelluy comte de Soutanthon a esté mandé et aussitôt miz en arrest ez mains du capitaine de la garde; et maistre Cormuaille, ancien conseiller, et plusieurs aultres Catholiques ont esté examinez et aulcuns d'eux miz en la Tour; et le duc de Norfolc, qui attandoit quelque eslargissement, a esté resserré. Dont je crains aussi que les affères de la Royne d'Escoce, qui commançoient de s'acheminer, en soient de mesmes bien fort esloignez et retardez, mais je feray, pour le regard de ce dernier, le mieulx que je pourray envers la dicte Dame pour la fère passer, oultre en ce qu'elle m'a commancé d'accorder: et j'espère, Madame, que j'en descouvriray demain assés son intention, bien que, pour l'absence du comte de Lestre, ny elle ne vouldra m'en donner sa résolution, ny moy cercher de l'avoir, si je sentz qu'il n'y face bon. Sur ce, etc.
Ce xvıe jour de juing 1570.
CXVe DÉPESCHE
—du XIXe jour de juing 1570.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Jacques Tauriel.)