Et ainsy, Sire, je luy ay récitté mot à mot le contenu de vostre lettre du xe de ce moys, non sans qu'elle ayt donné une claire cognoissance, sans en rien dissimuler, qu'elle recepvoit ung singulier playsir de ce que je luy disoys; m'ayant tout aussitost prié bien fort expressément de luy en vouloir bailler aultant par escript, affin de le monstrer à quelques ungs de ses conseillers, qui luy disoient qu'elle ne debvoit laysser de procéder et pourvoir aulx affères d'Escoce, tout ainsy que si Vostre Majesté ne luy avoit rien faict promettre par moy, ny luy mesmes rien dict à son ambassadeur: car croyoient que vous n'aviez aulcune vollonté d'en rien observer, ainsy que voz aprestz de Bretaigne, qui ne cessoient pour cella, leur en donnoient assés bon tesmoignage; ce néantmoins qu'elle s'en vouloit reposer en vostre parolle, comme d'ung magnanime Roy et Prince vertueux et saige, qui regardiez à conserver l'amytié des princes voz voysins, entre lesquelz ce seroit elle qui vous randroit la sienne plus parfaicte et accomplye; et qui, oultre le remercyement très grand qu'elle vous fesoit de l'esgard qu'avez heu maintennant à icelle, vous cognoistriez qu'elle ne l'auroit moins ferme en l'observance de ses promesses qu'elle s'asseuroit de la persévérance de la vostre, en celles que vous luy faysiez.

J'ay suyvy, Sire, à luy dire qu'elle trouveroit toutjour toute seurté et vérité en voz parolles et en celles de la Royne vostre mère, et que toutz les jours il luy viendroit nouvelles preuves, que Voz Majestez n'avoient aultre intention que de vivre en grande unyon de paix, et de toute bonne intelligence avecques elle; bien que je luy vollois confesser tout librement que, le lendemain de l'aultre audience qu'elle m'avoit donnée à Amthoncourt, je n'avoys failly de vous fère une dépesche, non pour aigryr ainsy les matières, comme il m'avoit semblé que je l'avois trouvée elle aigrye et changée en peu de jours, (ce que je n'atribuoys aulcunement à elle, ains à d'aultres, qui avoient fort à regrect la bonne unyon de Voz Majestez), mais que je ne vous avois pas vollu celler ce qu'elle m'avoit résoluement dict de vouloir en toutes sortes retenir les deulx chasteaulx de Humes et Fascastel, jusques à ce que ceulx à qui ilz apartiennent eussent satisfaict à l'obligation des frontières; et que meintennant j'avois à la requérir très instantment de deux choses: l'une, que, de tant que Vostre Majesté avoit tant vollu defférer à nostre accord qu'ayant ung armement tout prest pour le secours d'Escoce, et les Escouçoys sur le lieu qui vous requéroient de l'envoyer, et qui vous remonstroient le gast, le bruslement et la démolition de leurs maysons nobles du pays, et la détention de leur Royne en Angleterre; et que, nonobstant tout cella, vous aviez différé et quasi interrompu le dict secours pour luy complayre, qu'elle, de sa part, vollût entièrement retirer ses forces hors du dict pays, comme elle me l'avoit promis, et nomméement celles qu'elle avoit encores dans les deux chasteaulx; la segonde chose estoit qu'ayant Mr l'évesque de Roz aporté toute l'intention et ung ample pouvoir de tretter et conclurre toutes choses avec elle pour sa Mestresse, qu'elle y vollût meintennant procéder, ainsy dilligemment qu'elle vous avoit promiz de le fère, sans plus remettre la matière en longueur.

Sur lesquelles deux choses, Sire, nous avons heu beaucoup de contention, et n'ay, pour le regard de la première, peu obtenir rien de mieulx que ce que la dicte Dame vous prie, Sire, de vouloir laysser les loix de leurs frontières aller leur cours accoustumé, suyvant lequel, le différant des dicts deux chasteaulx et des aultres attemptatz doibvent estre vuydez par les gardiens d'icelles, qui ne fauldront de randre lors les dicts deux chasteaulx, sans que cependant ceulx qui sont dedans facent nul acte d'hostillité, qui estoit une rayson que, quand elle seroit vostre vassalle, vous ne la luy pouviez bonnement reffuzer; et, quant au segond, encor qu'elle eust proposé de ne veoyr jamais l'évesque de Roz pour des occasions, lesquelles il n'avoit peu ny nyer ny excuser, que néantmoins elle me promettoit de l'ouyr dans deux ou trois jours; et qu'aussitost que le sir de Leviston, lequel nous avions dépesché en Escoce, seroit de retour avec les aultres commissaires escouçoys, elle vacqueroit sans aulcune intermission aulx affères de la dicte Dame.

Après lequel propos estimant, Sire, que je ne le debvois pour ceste fois poursuyvre plus avant, la dicte Dame m'a dict d'elle mesmes qu'elle desiroit fort que, la première foys que je retournerois vers elle, je lui peusse aporter la conclusion de la paix de vostre royaulme, estant bien marrye qu'elle alloit ainsy traynant.

Je luy ay respondu que je n'avoys nul plus grand desir que de la pouvoir satisfaire en cella, et que ceste sienne bonne intention obligeoit Vostre Majesté et tout vostre royaulme beaucoup à elle, ne faysant doubte, quant elle y pourroit ayder de quelque chose, qu'elle ne le fyst.

«Il n'y a, respondit elle, nulle œuvre en ce monde où je m'employasse plus vollontiers, ny où je courusse de meilleur cueur, encores que je soys boyteuse, que je ferois à celle là, et que de ce j'en asseurasse Vostre Majesté.»

J'ay là dessus passé oultre à luy dire que je craignois bien que ceste longueur peult admener quelque chose entre deux, et attirer encores possible en vostre royaulme une partie de ces Allemans, qui s'estoient trouvez aux nopces du duc Cazimir; et qu'elle sçavoit bien ce qui en estoit, qui seroit ung bon tour de bonne sœur si elle vous en vouloit advertyr, comme je luy vouloys bien dire que la condicion de la cause et celle de sa qualité, qui estoit Royne, l'obligeoient de le fère, et mesmes d'empescher qu'il ne se préparât rien pour soubstenir l'opiniastretté et obstination de voz subjectz contre vous, qui n'estoit exemple que pernicieulx pour elle mesmes.

Elle m'a respondu qu'elle ne sçavoit pas entièrement tout ce qui en estoit, mais que l'Empereur luy avoit bien escript que, par prétexte du secours de la nouvelle religion en France, il s'estoit faicte une plus grande assemblée à ces nopces du Cazimir, que ne requéroit l'ordre des maryez, et qu'il monstroit par sa lettre qu'il la tenoit fort suspecte pour luy mesmes; adjouxtoit d'aultres gracieulx propos de ce qu'il avoit veu maryer son frère l'archiduc, encor qu'il l'eust d'aultres foys tout dédyé à elle, mais qu'il la prioyt que les dictes nopces ne luy fussent d'aulcune jalouzie, car elles n'empescheroient qu'il ne fût encores tout sien; et que par le propos de la dicte lettre et par plusieurs aultres indices elle croyoit asseuréement qu'il y auroit ung nouveau secours d'Allemans pour ceulx de la Rochelle, si la paix ne succédoit. Et par ce, Sire, qu'il seroit trop long de mettre icy toutz les aultres propoz qu'avons heu en ceste audience, je les remettray à une aultre foys; et adjouxteray seulement ung mot de la réception de vostre dépesche du xıxe de ce moys, par le Sr de Vassal, et du voyage que faictes fère par deçà au Sr de Poigny, lequel nous mettrons peyne de l'aprofitter le mieulx qu'il nous sera possible. Sur ce, etc.

Ce xxıxe jour de juing 1570.