En quoy le dict sieur évesque a usé de saiges responces, qui seroient longues à mettre icy; mais cependant j'ay descouvert, Sire, comme ne pouvant ceulx cy vaincre le désir, que leur Mestresse a de sortyr de cest affère, qu'ilz se sont dellibérez de se tenir fermes et résoluz aux condicions qui s'ensuyvent: Que la religion protestante soit establye et confirmée en Escoce; que la Royne d'Escoce se doibve obliger, par sèrement solemnel, et fère obliger les siens, qu'elle n'entendra jamais à nul party de mariage, sans l'exprès consantement de la Royne d'Angleterre; qu'elle chassera les rebelles anglois, qui se sont retirez en son pays, sans jamais plus en recepvoir, et que désormais ilz seront randuz mutuellement par l'ung prince à l'aultre sans contradict; qu'elle cèdera à la Royne d'Angleterre, et aulx descendans qui procéderont d'elle, tout le droict et tiltre qu'elle prétend à ceste couronne; qu'elle déclairera, d'ors et desjà, pour son successeur à celle d'Escoce et à ses droictz prétanduz de ceste cy son filz le Prince d'Escoce; que le dict Prince sera mené pour être nourry en Angleterre soubz quelque promesse, que la dicte Royne d'Angleterre fera, de le déclairer pareillement son successeur immédiat après elle, au cas qu'elle n'eust point d'enfans; que ligue sera faicte, offencive et deffencive, entre les deux roynes et leurs royaulmes à jamais, à laquelle sera donné lieu à Vostre Majesté d'y pouvoir entrer si bon vous semble, mais soubz des condicions que je n'ay encores peu bien sçavoir quelles elles sont; qu'il ne sera loysible d'introduyre nul estrangier en armes, d'où qu'ilz soient, dans le pays, ny par quelque couleur ou prétexte que ce puisse estre; et, finalement, que Vostre Majesté baillera ostaiges, à estre icy quelque temps, pour la seureté des choses susdictes.
Je n'ay encores, Sire, donné cest adviz à l'évesque de Roz, lequel aussi n'a pas heu loysir de me conférer les offres qu'il aporte de sa Mestresse; mais Vostre Majesté, s'il luy playt, me commandera de bonne heure sa bonne vollonté là dessus, affin que je me trouve bien préparé d'icelle, quant il en sera temps; car j'espère que nos amys vaincront l'opiniastreté de noz ennemys de ne demeurer trop fermes sur si dures condicions comme seroient toutes celles icy ensemble.
Au surplus, Sire, il se continue fort que ceste nuée d'Allemans des nopces du Cazimir yra estre ung orage en vostre royaulme au secours des Princes et de l'Amyral, ayant le comte Pallatin escript par deçà que en la dicte assemblée ne seroit rien obmiz de ce qui apartiendroit au secours de leur religion en France; duquel secours, pour l'incertitude de l'intention du duc Auguste, les déterminations n'avoient peu prendre aulcune bonne résolution jusques à ceste heure; qu'il avoit déclairé que le sien seroit le premier prest, et qu'il l'envoyeroit à ses despens. Et estime l'on que la dicte assemblée des nopces a esté principallement projettée pour estre une contrediette de celle que l'Empereur a assignée à Espire, affin de résouldre, de eulx mesmes et sans le dict Empereur, les affères d'Allemaigne à la dévotion des trois ellecteurs laycs, qui semblent avoir tiré celluy de Colloigne eclésiastique à leur party; et pour ordonner aussi de l'establissement de leur religion en France et en Flandres, mais surtout pour empescher que l'ellection du roy des Romains ne se puisse fère en la personne du filz, ny du frère de l'Empereur, non sans quelque opinion qu'ilz veuillent, entre eulx et de leur propre authorité, nommer le dict Auguste roy des Romains. Et de tant, Sire, que, de jour en jour, me viennent plusieurs indices que ceulx de la nouvelle religion ont une descente en main en quelcun de voz portz ou places de mer de dellà, où ilz prétendent mettre deux mil cinq centz hommes en terre, et qu'à cest effect ilz aprestent ung grand armement à la Rochelle; et que je sçay que les vaysseaulx du prince d'Orange, qui sont en ceste mer estroicte, s'y préparent; aussi que j'entendz qu'ilz sont sur la dellibération s'ilz convyeront les Anglois d'estre de la partie, lesquelz tiennent quatorze grandz navyres et plusieurs aultres vaysseaulx en estat, et grand nombre d'hommes enrollés pour quelque effect; je vous suplye très humblement, Sire, qu'il vous playse advertyr incontinent les gouverneurs de Normandie, Picardie, Bretaigne et Guyenne, car je ne sçay proprement où s'adresse leur entreprinse, qu'ilz ayent à y prendre garde et se préparer si bien qu'ilz ne puissent estre surprins. Sur ce, etc.
Ce xxve jour de juing 1570.
CXVIIIe DÉPESCHE
—du XXIXe jour de juing 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Dièpe par Brogle, messagier.)
Audience.—Discussion des affaires d'Écosse.—Promesse de la reine d'arrêter toute hostilité, et d'entendre les propositions de l'évêque de Ross.—Désir manifesté par Élisabeth de voir la paix rétablie en France.—Communication faite par la reine à l'ambassadeur des nouvelles qu'elle a reçues d'Allemagne.
Au Roy.
Sire, s'estant la Royne d'Angleterre assés tost repentye de ne m'avoir, le xxııȷe du présent, ottroyé audience, elle m'a mandé, le deuxième jour après, que je la vinse trouver quant il me plairroit; et se sont, la lettre qu'elle me faisoit escripre là dessus par le secrétaire Cecille et la mienne, que pour cest aultre effect je luy escripvois, laquelle elle a heu bien agréable, rencontrées en chemin, dont je suys allé trouver la dicte Dame le xxvȷe de ce moys à Otlant; où m'ayant faict appeller en sa chambre privée, en laquelle elle estoit en habit de mallade, ayant sa jambe eu repoz, après m'avoir compté de son mal, et faictes ses excuses de ne m'avoir peu si tost ouyr comme je l'avois desiré, je luy ay ramentu les choses cy devant accordées entre nous, et comme je n'avoys failly, suyvant son désir, de dépescher ung homme exprès pour aporter à Vostre Majesté la déclaration que sur icelle elle m'avoit envoyé notiffier par son secrétaire Sommer; laquelle déclaration je luy voulois bien dire que je ne l'avoys peu trouver guières mauvayse, encore qu'il y eust quelque peu de menace, parce qu'il y avoit aussi de la franchise et une vraye démonstration qu'elle faisoit de vouloir évitter toute altération entre Voz Majestez, dont j'espérois que ce qu'elle entendroit meintennant de vostre intention en cella la contanteroit.