Ce xxıe jour de juing 1570.

Je vous puys asseurer, Madame, que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, ne s'attendent aucunement à la paix, ains à continuer la guerre; et semble que l'ambiguité et la longueur, dont l'on procède à vous rendre response sur les articles de la dicte paix, n'est que pour gaigner le temps et attandre leur secours.

CXVIIe DÉPESCHE

—du XXVe jour de juing 1570.—

(Envoyée exprès par Jehan Monyer, postillon, jusques à Calais.)

Retard apporté à la désignation d'une audience demandée par l'ambassadeur.—Interrogatoire subi par l'évêque de Ross devant le conseil d'Angleterre.—Conditions arrêtées dans ce conseil au sujet du traité qui peut être conclu avec la reine d'Écosse.—Nouvelles d'Allemagne.—Avis donné au roi d'une entreprise qui se prépare pour opérer une descente en France.

Au Roy.

Sire, affin de mettre la Royne d'Angleterre hors de la peyne, où elle est, de l'aprest qu'on luy a dict que Vostre Majesté faict en Bretaigne pour envoyer des gens en Escoce, je luy ay, dez mardy dernier, envoyé demander audience, pour luy fère veoir vostre bonne responce là dessus en la façon que par voz lettres, du xe de ce moys, il vous playt me le commander; et le secrétaire Cecille, ayant conféré avecques elle, m'a respondu qu'elle ne me la pouvoit si tost ottroyer, à cause qu'elle se trouvoit mal, comme à la vérité elle faict, de sa jambe, mais que je luy pourrois escripre cella mesmes que j'auroys à luy dire. Dont de tant, Sire, qu'on m'a adverty qu'il y a de l'artiffice en cella, pour fère tremper l'évesque de Roz, et pour fère en sorte que la dicte Dame renvoye cependant ses forces en Escoce, et qu'elle face jetter de ses grandz navyres en mer, pour la persuasion qu'on luy donne que, nonobstant voz bons propoz, qu'avez tenuz à son ambassadeur, vous ne lairrez d'envoyer gens par dellà; j'ay escript ce matin à la dicte Dame que, de tant qu'une lettre ne pourroit suffire pour tout ce que j'avois à luy dire, ny me raporter sa responce, et que les propos, que j'avois à luy tenir de vostre part, n'estoient toutz que pour son contantement, que je me garderoys de les employer ny par escript, ny par présence, en actes si contraires, comme seroit d'en travailler sa santé, et que partant j'attendrois fort paciemment et de bon cueur la commodité de sa convalescence; laquelle je prioys Dieu de luy donner bientost et bien parfaicte.

Je ne suis trop marry, Sire, de ce retardement parce que le comte de Lestre et ceulx, qui portent faveur à ceste cause, seront cependant de retour; en l'absence desquelz ayantz les aultres ouy l'évesque de Roz sur le faict, dont on le chargeoit, d'avoir tretté en secret avec le comte de Surampthon, et ayantz vollu aussi tirer de luy ce qu'il aportoit de l'intention de sa Mestresse, sans l'admettre à la présence de la Royne d'Angleterre, après qu'il s'est bien deschargé de l'ung, et qu'il leur a heu remonstré qu'il ne pouvoit fère l'aultre pour aulcunes choses secrectes qu'il ne pouvoit commettre qu'à elle mesmes, ilz se sont desbordez jusques là de luy dire qu'ilz ne se soucyoient pas tant de l'advancement de ceste matière qu'ilz le vollussent presser de la leur proposer; mais, de tant que la Royne d'Escoce et luy, qui est son ministre, et toutz les princes qui parlent pour elle, estoient papistes, et par ainsy ennemys de leur Mestresse et de son estat, qu'ilz tenoient pour très suspect tout ce qui se trettoit de sa restitution; à l'ocasion de quoy il falloit, avant toutes choses, qu'elle et luy fissent profession de la religion réformée, et bien qu'ilz y ayent meslé quelque soubzrire, ce n'a esté toutesfoys sans parolles véhémentes pour essayer s'ilz pourroient gaigner ce point.