Que la Royne d'Angleterre est bien fort sollicitée d'interrompre la paix de France par aulcuns, qui luy font acroyre, qu'aussitost que le Roy l'aura conclue, il se ressouviendra des mauvais déportemens, dont les Anglois, durant ceste guerre, ont usé, par mer et par terre, à la Rochelle, icy, et en Allemaigne, contre luy; ce qui n'est toutesfoys leur principalle craincte, ains qu'avec la dicte paix s'en ensuyve l'accomodement des affères de la Royne d'Escoce, laquelle ilz cerchent de ruyner, pour préférer à son tiltre, de la succession de ceste couronne, ses aultres compétiteurs qui y prétendent.

Mais comme la dicte Royne parle toutjour en fort bonne façon de la dicte paix, aulcuns m'ont asseuré que, à bon escient, elle la desire, et qu'elle vouldroit en toutes sortes que la querelle des subjectz fût bien esteincte au proffict et advantaige du Roy, ny les affères d'Escoce ne la peuvent mouvoir au contraire, parce qu'elle veult, commant que soit, sortir d'iceulx; et seulement elle crainct que le Roy et le Roy d'Espaigne s'accordent à sa ruyne, car aultrement elle estime bien que, se concluant la paix en France, le Roy recepvra en grâce ceulx de ses subjectz, qui ont senty quelque faveur et support d'elle, et que ceulx là seront toutjour moyen que la dicte paix soit aussi entretenue entre la France et l'Angleterre.

Et la cause de luy fère ainsy souspeçonner, que l'intelligence des deux Roys soit à son dommaige, procède de la bulle; car ne peult croyre que, sans leur consentement, le Pape l'ayt ozé expédier ainsy rigoureuse contre elle comme elle est; joinct que le duc d'Alve se tient à ceste heure trop plus ferme sur l'accord des prinses qu'il ne faisoit, et a monstré une très grande anymosité contre les Anglois par une ordonnance, qu'il a faicte tout de nouveau publier contre eulx; et si, voyent les dicts Anglois qu'il se pourvoyt de beaulcoup plus de forces par mer et par terre, qu'il ne leur semble estre besoing pour la réception ou conduicte de la Royne d'Espaigne; ce qui leur donne occasion de croyre qu'il ayt quelque entreprinse sur ce royaulme; entendans mesmement que le Roy d'Espaigne est fort à bout de ses Mores, et que toutz les Catholiques, qui s'absentent d'icy, vont à recours à luy.

A l'occasion de quoy j'ay prins, entre deux, l'oportunité de fère recepvoir, le mieulx que j'ay peu, à la dicte Dame les honnestes expédians et moyens, que le Roy luy a offertz, sur ce qu'ilz peuvent avoir à démesler l'ung avecques l'aultre; dont semble que enfin elle se lairra conduyre à quelque rayson, et m'a l'on asseuré que, en l'endroit des Françoys, Allemans et Flamans, de la nouvelle religion, qui sont icy, elle a faict, despuys cinq ou six jours, des démonstrations assés expresses qu'elle desiroit la paix de France; et pareillement a monstré, touchant les choses d'Escoce, qu'elle vouloit contanter le Roy; et a commandé à ceulx de son conseil de me donner satisfaction sur les choses raysonnables que je leur pourray demander pour les subjectz de Sa Majesté.

Non que, pour tout cella, je cognoisse que ceulx du dict conseil, qui portent le faict de la religion nouvelle, aillent en rien plus froidz ny plus remiz que de coustume, ny que les principaulx agentz, qui sont icy pour ceste cause, intermettent une seule sollicitation ny dilligence vers eulx, ny à tenir souvant conseil avecques les ministres, pour envoyer lettres et messaigiers de toutz costez et pour recouvrer pollices de crédit pour Allemaigne, ensemble pour pourvoir, par mer et par terre, à tout ce qu'ilz pensent estre besoing pour continuer la guerre, me venans confirmez de plus en plus les adviz, que j'ay desjà mandez, qu'il s'apreste ung nouveau secours d'Allemans pour eulx, et qu'ilz préparent une descente par mer en quelque lieu de Normandie, Picardie ou Bretaigne; dont je crains bien que ung des serviteurs de Mr de Norrys, nommé Harcourt, qui est Françoys, lequel a esté naguières dépesché d'icy vers son maistre, ayt heu commission de passer pour cest effect plus avant jusques en Allemaigne, ou jusques au camp des Princes.

Néantmoins la démonstration de la dicte Dame est, pour ceste heure, de vouloir trop plus entretenir l'espérance des Catholiques en son royaume que d'essayer de la leur rompre, ny de les mettre en aulcune souspeçon des Protestans, ayant par son garde des sceaux, en l'audience du dernier jour du terme passé, faict dire à l'assemblée qu'elle avoit ung très grand regret de veoir que ses subjectz catholiques se monstrassent intimidez pour leur religion, ny qu'il y en eust qui, pour cause d'icelle, s'absentassent, comme ilz faisoient, de son royaulme; et qu'elle les vouloit toutz admonester de bon cueur de déposer ceste peur, et de prendre telle asseurance d'elle, qu'elle n'innoveroit ny permettroit estre innové rien des ordonnances sur ce establyes par ses Parlementz et Estatz, soubz lesquelles son royaulme avoit desjà vescu plusieurs ans en grand repos, et qu'elle n'entendoit en façon du monde que les Catholiques fussent forcez en leurs consciences.

Dont despuys, la dicte Dame, entendant qu'on avoit rigoureusement examiné et tenu assés estroict le sir Jehan Cornouaille, jadis conseiller de la Royne Marie, et trois aultres personnaiges d'assés bonne qualité, qu'on avoit envoyé à la Tour pour estre cognuz affectionnez catholiques, elle s'en est asprement prinse à ceulx qui l'avoient osé fère; et, pour leur fère plus de honte, elle a ottroyé que le dict Cornouaille puysse venir luy baiser la main, pour le renvoyer libre en sa mayson, et a commandé que les aultres soyent tirez de la Tour.

Et, encor qu'on luy ayt vollu imprimer beaucoup de nouvelles souspeçons du comte d'Arondel, de milord Lomeley, du viscomte de Montégu et d'aulcuns aultres seigneurs réputez catholiques, qui, pour ceste cause, s'estoient tenuz retirez, elle n'a layssé de les envoyer quérir avecques faveur; et n'a rejetté les propos que eulx mesmes et d'aultres luy ont meu sur la liberté du duc de Norfolc, nonobstant que, ez quartiers de son duché, ayent esté naguières surprins deux gentishommes, assés familiers et serviteurs de sa mayson, qui pratiquoient de soublever le peuple et se saysir du chasteau de Farlin, qui est la principalle forteresse du pays.

Et semble que le dict duc seroit desjà délivré, sans la compétance où en sont le comte de Lestre et le secrétaire Cecille, lesquelz veulent chacun en avoir tout le gré, et estime l'on que le comte soit marry de ce que n'ayant peu conduyre ce faict avant son partement, il ayt trouvé, à son retour, que le dict Cecille l'avoit bien fort advancé, lequel, à ce que j'entendz, a tenu un tel moyen vers sa Mestresse: c'est de luy avoir persuadé qu'elle debvoit concéder l'eslargissement du dict duc, s'il luy déclaroit par une lettre, escripte et signée de sa main, qu'il confessoit l'avoir offancée en ce que, sans son sceu, il avoit presté l'oreille au mariage de la Royne d'Escoce, bien qu'il eust toutjours estimé que c'estoit pour la seurté d'elle et pour le repoz de son royaulme, mais puysqu'elle n'estimoit qu'il fût ainsy, et qu'il s'apercevoit à ceste heure qu'il estoit assés aultrement, il s'en despartoit entièrement et pour jamais, et promettoit de n'entendre à cestuy, ny à nul aultre mariage, en sa vie, que ce ne fût avec le congé et bonne grâce de la dicte Dame: lequel expédiant je croy qui sera suyvy.

Estant ce dessus escript, j'ay heu adviz comme un pacquet du docteur Mont, agent pour ceste Royne en Allemaigne, estoit arrivé, dez hyer au soyr, par lequel il mande que le Pape faict bien fort presser l'Empereur de commancer la diette et de procéder à la privation et désauthorisation des trois ellecteurs laycs, pour substituer trois princes catholiques à leur lieu; sçavoir: l'archiduc Ferdinand, le duc de Bavière et le duc de Bronsouyc; mais que, se trouvans les aultres accompaignés de dix ou douze mil chevaulx, et le dict Empereur seulement de douze ou quinze centz, il faict grand difficulté de se trouver à la dicte diette.