Et que, par lettres du comte Pallatin venues en mesmes pacquet, le dict sieur comte escript que le Pape s'esforce de troubler l'Allemaigne, ainsy qu'il a troublé le royaulme de France; et que Dieu lui est tesmoing que, de sa part, il desire la tranquillité et le repoz de la Chrestienté et singulièrement du dict royaume, en ce toutesfoys que la paix s'y puisse fère estable et à la seurté de sa religion, aultrement il promect qu'il ne sera rien obmiz de ce qui sera besoing pour réprimer ceulx qui la veulent empescher. Il semble que, sur ceste altération d'Allemaigne, le dict Pallatin s'employeroit assés vollontiers à procurer la dicte paix, dont le Roy pourra essayer de se prévaloir de leurs mesmes divisions, et je mettray peyne de fère sonder icy, parmi les Protestans, s'ilz sentent que d'icelles leur vienne nul retardement ou changement en leurs affères; car j'estime bien qu'on attandra de veoir que pourra produyre ceste diette, qui est si suspecte aux princes protestans, premier qu'ilz se divertissent à nulles aultres entreprinses, et cella donra quelque loysir à Sa Majesté.
DIRA DAVANTAIGE, DE MA PART, A LEURS MAJESTEZ:
Que ne sachant comme la Royne d'Angleterre eust peu prandre ce que Leurs Majestez me commandoient de luy dire, touchant la ligue d'entre la Royne d'Escoce et elle, comme le Roy estoit contant d'y entrer, j'ay estimé que, pour réserver tout l'advantaige à Leurs Majestez, et obvier qu'on n'y puisse rien calompnier, que j'en debvois parler en la façon que j'ay faict:
C'est que j'ay dict à la dicte Dame qu'ayant le Roy entendu les trois poinctz, ausquelz s'estoit restreinct tout le premier pourparlé d'entre les seigneurs du conseil d'Angleterre et l'évesque de Roz; sçavoir: de la religion, du tiltre de ceste couronne et de la ligue; que, quant au premier, de la religion, estant desjà certain ordre receu là dessus en Escoce, lequel la Royne n'a jamais enfrainct, il vouloit tant seulement prier à ceste heure la dicte Dame de ne fère force ny viollance à la conscience de la dicte Royne d'Escoce, ny innover rien en ceste matière qui peult admener plus d'altération au monde qu'il n'en y a:
Et du segond, qui est le tiltre de la couronne d'Angleterre, qu'il desiroit que la dicte Royne d'Escoce luy en fît toute la cession et transport, qu'elle et son conseil estimeroient luy estre besoing pour sa perpetuelle seurté et pour ceulx qui pourroient provenir d'elle:
Au regard du troisiesme, qui concerne la ligue, qu'il ne seroit marry qu'elle se fît entre elles, pourveu que ce ne fût contre luy, ny au préjudice des aultres ligues qu'il a avec la dicte Royne d'Angleterre et son royaume, et pareillement avec la Royne d'Escoce et le sien; et layssay là dessus amplement discourir la dicte Dame et estendre ses responces, sans l'interrompre de rien, ainsy que je l'ay desjà mandé.
Mais reprenant, puys après, le propos, je luy diz que, ayant considéré de moy mesmes combien il sourdoit à toute heure de grandes espines et de nouvelles difficultez en ce faict de la restitution de la Royne d'Escoce, à cause qu'on la luy proposoit toutjours fort suspecte du costé de France, j'avois suplié le Roy de vouloir luy mesmes intervenir en la ligue deffencive, qui se feroit entre elles deux, affin qu'en lieu de se deffyer de luy, elle en print dorsenavant toute asseurance et seurté; et que le Roy m'avoit respondu qu'il le vouldroit bien, mais qu'il ne voyoit pas le moyen commant cella se pourroit fère; toutesfoys, si je le voyois icy sur le lieu, qu'il s'en remettait bien à moy de passer oultre;
Et que je pensoys qu'il avoit regardé à la jalouzie, que les aultres princes en pourroient prendre, et possible encores à la diversité de la religion; dont, de tant qu'il ne m'avoit commandé d'en déclairer si avant à la dicte Dame, et que néantmoins c'estoit chose que je ne pouvois effectuer sans elle, je prenois sa parolle pour garant que le propos seroit réservé et ne passeroit plus avant qu'entre nous deux, ou bien, si elle en vouloit communiquer à son conseil, qu'elle me promettait de ne dire jamais que cella fût procédé de moy.
La dicte Dame, ayant très agréable le dict propos, lequel a esté cause que tout l'affère est retourné en bons termes, et néantmoins, estant marrye que je y allois si réservé, me demanda, trois ou quatre foys, si j'avois poinct pensé nul bon moyen en cella. Je ne luy volluz soubdain respondre, affin de luy en laysser à elle mesmes mettre quelcun en avant; mais enfin je luy diz que celluy que je voyois le plus honeste estoit que la Royne d'Escoce le requist, et que le Roy, pour le bien et considération d'elle, auroit plus grande ocasion d'y entendre: et n'en est encores la chose plus avant.