A quoy la dicte Dame m'a respondu que je luy estois tesmoing, que, entre ses meilleurs desirs, elle avoit toutjours heu bien expécial celluy de la paix de vostre royaulme, et qu'elle espéroit que voz subjectz ne se diffameroient tant que de la rejetter, si les condicions estoient telles que je disoys; et que d'autresfoys elle m'avoit dict qu'elle vouloit réserver une oreille aulx raysons que les aultres pourroient alléguer, lesquelz, si n'en avoient de si bonnes qu'ilz se peussent bien excuser de l'obéyssance et déposition d'armes que Vostre Majesté leur demande, qu'elle les tiendroit puys après pour rebelles; et qu'elle croyt que leur longueur vient de ce que les exemples du passé leur font peur; comme encore elle pense que, quant Dieu vous aura donné la paix, l'on ne cessera, avant deux ans, de vous pousser à la guerre, pour oster ceste religion, et mesmes à vous anymer contre ce royaulme comme contre ung coin de terre qui sert de retrette aulx Protestans; ains qu'elle sçayt bien qu'on a vollu imprimer au cueur de Monsieur d'aspirer par ce moyen à quelque couronne, mais qu'elle espère que vostre prudence et la sienne, et vostre modération, résisteront à si mauvais et pernicieulx conseilz; et, quant aulx choses d'Allemaigne, qu'elle m'a naguières adverty de ce que l'Empereur luy en avoit escript, et bientost elle attand lettres de dellà, desquelles elle me fera part, c'est en substance, Sire, ce qui s'est passé en la dicte audience. Sur ce, etc.
Ce xıve jour de juillet 1570.
Tout présentement viennent d'arriver les commissaires de Flandres, que le duc d'Alve a envoyez pour venir visiter les prinses et en fère l'évaluation. Et semble que l'espérance de liberté est prolongée au duc de Norfolc encores pour trois moys.
CXXIIe DÉPESCHE
—du XIXe jour de juillet 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Audience accordée à Mr de Poigny et à l'ambassadeur.—Refus de la reine d'Angleterre de laisser passer Mr de Poigny en Écosse.—Consentement qu'elle lui accorde de se rendre auprès de Marie Stuart.
Au Roy.
Sire, la Royne d'Angleterre nous a prolongé six jours entiers sa responce, et, le septiesme, elle nous a mandé venir à Otland pour la nous fère, qui y sommes arrivez sur le poinct qu'elle estoit preste d'en desloger, à cause que, la nuict précédante, quelques ungs y estoient mortz si soubdainement qu'on eust souspeçonné que ce fût de peste. Néantmoins s'estans ceulx de son conseil incontinent assemblez, Mr de Poigny et moy avons esté premièrement introduictz vers eulx, et ilz nous ont faict entendre par milor Chamberlan ce qui s'en suyt: