—du XXVe jour de juillet 1570.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétaire.)

Délibération du conseil sur la mise en liberté du duc de Norfolk.—Dispositions prises par Élisabeth pour apaiser les troubles de son royaume.—Préparatifs maritimes et militaires dont on doit se défier en France, malgré les assurances de paix et d'amitié données par la reine, et la bonne volonté qu'elle montre à l'égard de Marie Stuart.—Nouvelles d'Écosse et d'Allemagne.—Mémoire général sur les affaires d'Angleterre.—Détail des mesures prises en Angleterre pour se défendre contre toute agression.—Bonnes dispositions montrées en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.—Mémoire secret. Intrigues de l'Espagne en Angleterre pour traverser tous les projets de la France.—Mission secrète de don Francès d'Alava.—Désir du cardinal de Chatillon de voir la pacification s'établir en France; conditions auxquelles les protestans offrent de se soumettre.

Au Roy.

Sire, aujourduy, et tout demain, la Royne d'Angleterre sera en la mayson du comte de Betford, à xx mil d'icy, où elle a mandé venir son garde des sceaulx et ses aultres principaulx conseillers pour dellibérer de la liberté du duc de Norfolc; de laquelle l'on luy donne grande espérance qu'il la pourra obtenir bientost, à tout le moins d'estre remiz en sa mayson. Et de là, la dicte Dame veult continuer son progrez, sans toutesfoys esloigner guières plus que de trente mil la ville de Londres vers Suffoc, Norfolc et Sussex, affin d'appayser ces trois pays, qui sont voysins d'ici, lesquels ont monstré d'estre disposez à quelque nouveaulté; et elle espère de modérer par sa présence l'affection des hommes, et fère exploicter la justice contre ceulx qui sont prins, et abattre toute l'intelligence qu'on luy faict acroyre que les estrangiers ont en ces quartiers là; et, par mesme moyen, pourvoir à la seureté de ses portz tout le long d'icelle frontière, ainsy que, à grande dilligence, elle les faict fortiffier, à cause qu'ilz sont exposez vers Holande et Zélande; d'où elle crainct les entreprinses du duc d'Alve, nonobstant que dom Francès d'Alava ayt, à ce qu'on dict, remiz elle et luy à traicter amyablement et par lettres bien gracieuses l'ung avec l'aultre, et que le dict duc luy ayt freschement envoyé des depputez sur le faict des prinses; mais ces démonstrations ne la peuvent tant asseurer, comme les aultres apparances de la sublévation, qu'elle a senty en son pays, et le raport qu'on luy faict, qu'en l'armement de Flandres se prépare d'embarquer trois mil chevaulx, grand nombre de gens de pied, force artillerye, pouldres, pionniers, monitions et tout aultre appareil de guerre, la mettent en deffiance. De quoy est advenu que la dicte Dame, despuys six jours, a faict arrester toutz les navyres tant estrangiers que aultres, qui sont par deçà, et serrer les passaiges, et envoyé son admiral à Gelingan et le long de la Tamise pour ordonner une armée de mer, du plus grand nombre de vaysseaulx et de maryniers qu'il luy sera possible, affin de l'avoir preste à tout momant, quant il sera besoing; et commande aussi qu'on tienne deux mil chevaulx et huict mil hommes de pied toutz pretz. Dont je suys après, Sire, de regarder si cest appareil se feroict poinct à quelque aultre fin contre vostre service; mais, encore que je n'en descouvre rien, je vous suplie néantmoins, Sire, très humblement que cecy vous serve d'ung adviz pour ne laysser à l'arbitre des Anglois rien du vostre, qui ne soit pourveu contre les entreprinses qu'ilz y pourroient fère; car vostre royaulme est ouvert et exposé à toutes injures, tant que cette guerre durera.

Je veulx toutesfoys bien asseurer Vostre Majesté que ceste Royne et les siens m'ont, despuys dix jours, tenu des propos plus exprès de la confirmation d'amytié entre Voz Majestez, et de la persévérance de paix entre voz deux royaulmes, qu'ilz n'avoient faict despuys que je suys en ceste charge; ny Mr de Roz, ny moy, ny toutz ceulx qui portons icy le faict de la Royne d'Ecosse, n'avons jamais mieulx espéré de la restitution d'elle que meintennant; mais il ne se fault arrester aux parolles ny aparances de ceulx cy, ains se donner garde d'eulx, puysqu'ilz se mettent en armes. La dicte Royne d'Escoce aura un singulier playsir, et une fort grande consolation, d'estre visitée par Mr de Poigny de la part de Voz Majestez, et ne vous sçaurois exprimer, Sire, combien ung chacun estime que cella luy sera ung commancement de bonheur et ung advancement au reste de toutz ses affères, ès quelz l'on nous promect toutjours une prompte expédition, aussitost que les depputez d'Escoce seront arrivez; mais je crains qu'ilz soyent retardez pour l'occasion d'une assemblée, que ceulx du party du jeune Prince se vouloient esforcer de tenir à Lislebourg, le xe de ce moys, pour y créer ung régent; à quoy le duc de Chastellerault et le comte de Honteley délibéroient de s'oposer, et à cest effect s'estoient acheminez avecques bonnes forces vers le dict Lislebourg. L'opinion, que ceulx cy ont, que la paix se doibve conclurre en vostre royaulme les faict monstrer mieulx disposez aulx choses d'Escoce, et si d'avanture elle succède, je pense qu'ilz passeront oultre à les accommoder.

J'entendz que les nouvelles d'Allemaigne sont que l'Empereur n'advance guières rien en la diette, et que les seulz ecclésiastiques le sont venuz trouver; qu'il semble que les princes protestans, pour empescher qu'il ne puisse fère créer son filz roi des Romains, se veulent servyr d'une ancienne observance de l'Empire, que jamais la dignité d'Empereur n'a passé successivement que jusques à cinq d'une mesme famille, et qu'il est à présent le cinquiesme Empereur de la maison d'Autriche, à quoy les princes éclésiastiques ne monstrent guières contradire pour ne laysser aller cest estat héréditayre; que le comte Pallatin est aproché une lieue près d'Espire accompaigné seulement de quatre centz chevaulx, offrant de se trouver à l'assemblée, si les aultres ellecteurs y viennent; que le reste de la trouppe de Heldelberc est entièrement séparée, parce que l'Empereur a faict entendre au dict Pallatin et au duc Auguste que, s'ilz se tenoient ainsy accompaignez, qu'il manderoit aulx aultres princes de l'Empire de s'accompaigner de mesmes, en le venant trouver; qu'il semble que le secours, pour ceulx de la nouvelle religion en France, est de quelques jours retardé pour attandre que produira ceste diette, et aussi pour l'espérance, qu'on a, que la paix se doibve conclurre; que le susdict comte Pallatin a exorté ceste Royne et les siens, et pareillement le cardinal de Chastillon, de procurer la dicte paix; qu'il a esté reffuzé au duc de Bronsouyc de fère une levée aulx terres de l'évesque de Munster, et que vers le dict Munster se sussitent les mesmes sectes qu'on y a d'aultres foys veues; que les deniers pour ceulx de la nouvelle religion en Hembourg seront prestz à fornyr dans la fin de ce moys; qu'il y a quelque apparance que le voyage de la Royne d'Espaigne sera retardé, et qu'elle ne passera point par Flandres, ains yra prendre ung aultre chemin, et que, à cause de cella, l'on estime que le duc d'Alve commancera de réduyre bientost son armement à ung moindre équipage, qui ne soit que pour combattre seulement les vaysseaulx du prince d'Orange, lesquelz, en la prinse qu'ilz ont faicte de deux grandz navyres de conserve, qui alloient conduire une flotte vers Espaigne, et d'ung vaysseau de la dicte flotte, ilz ont jetté en mer toutz les Espaignolz, qui estoient dessus; et despuys le Sr de Galeace Fregose qui est icy, et ung aultre gentilhomme, qui se dict escuyer du prince d'Orange, ont esté faictz cappitaines des dicts deux grandz navyres de conserve, lesquelz ilz rabillent en dilligence pour s'aller incontinent joindre aulx aultres. Sur ce, etc. Ce xxve jour de juillet 1570.

INSTRUCTION DES CHOSES
qu'il fault fère entendre à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:

Qu'il semble que, par l'examen des gentishommes qui ont esté prins en Norfolc, l'on a descouvert que l'assemblée, qu'ilz prétandoient de fère le jour de St Jehan au dict pays, n'estoit pour chasser les estrangiers, ainsy qu'ilz le donnoient à entendre, ains pour commancer une généralle ellévation en ce royaulme, tendans à trois fins: l'une, de changer l'estat du gouvernement; l'aultre, de recouvrer l'exercice de la religion catholique; et la tierce, de tirer le duc de Norfolc hors de prison: sur lesquelz trois poinctz se trouve qu'ilz avoient desjà minuté une proclamation pour l'envoyer publier partout.

Et cella, avec la bulle qui est formelle contre ceste Royne, et avec ung escript qui a despuys couru, encores plus formel, contre aulcuns de ses conseillers, (et nomméement contre Quiper, Cecille, le chancellier du domayne et le chancellier des comptes, et dont la conclusion d'icelluy est que la communauté du royaulme, quoyque coste, veult avoir la religion catholique), met ceulx cy en une indubitable opinion qu'il y a une grande conjuration desjà dressée dans le pays;