Et qu'elle est fomentée par le Roy et le Roy d'Espaigne, sans le consentement desquelz le Pape, comme ilz disent, n'eust jamais osé expédier une bulle si rigoureuse comme il a faict; joinct que l'armement qu'ilz entendoient se préparer en Bretaigne pour colleur de secourir les Escouçoys, et l'apareil du duc d'Alve, trop plus grand qu'il ne sembloit estre requis pour le passaige de la Royne d'Espaigne, leur a faict croyre, jusques icy, que tout cella se dressoit contre eulx en faveur des Catholiques de ce royaulme.
Dont, pour y remédier, ilz ont, en premier lieu, expédié une ordonnance fort furieuse, du dernier du moys passé, contre les porteurs de bulles et semeurs de ces libelles; laquelle porte commission d'apréhender les autheurs d'iceulx, si fère se peult, affin de les punir et de descouvrir par eulx qu'est ce qu'il y a de plus caché en leurs déllibérations.
Après, ilz ont dépesché trente cinq lettres aulx trente cinq comtes de ce royaulme, pour mander aulx officiers qu'ilz ayent à fère enroller promptement en chacune d'icelles, sellon sa portée, ung nombre d'hommes, jusques à cinquante mil en tout, tant de pied que de cheval, et à iceulx bailler cappitaines, lieutenantz, enseignes, tabourins et trompettes, et leur ordonner une paye par an d'envyron trois escuz à chacun, et ung peu plus aulx capitaines; dont les deniers se prendront sur le plat pays, avec commandement de fère monstres par tout ce moys, et le continuer puys après de quartier en quartier, et qu'on ayt à les exercer principallement à la haquebutte;
Et ont ordonné à l'admyral Clynton de dresser ung estat, par lequel il puysse mettre en mer, toutes les foys que la Royne, sa Mestresse, le commandera, cinquante bons navyres de guerre avec douze mil hommes dessus, maryniers et soldatz, et que l'avitaillement en tout aultre appareil en soit prest et tout dressé ez lieux qu'il cognoistra en estre besoing;
Faisans leur compte de combattre les ennemys en mer, premier que de leur permettre nulle descente par deçà, avec opinion que, quant tout le monde aura bien conjuré contre eulx, qu'ilz pourront avec ceste provision ayséement se deffandre:
Car jugent que, s'ilz gaignent une bataille navalle, ilz pourront bien garder qu'on n'aproche, puys après, leur coste, et, s'ilz demeurent égaulx, qu'encores empescheront ilz qu'on n'y puysse descendre;
Et si, d'avanture, ilz perdent, que ce ne pourra estre sans avoir tant rompu les ennemys qu'ilz seront contrainctz de s'en retourner pour se reffère; que si, à toute extrémité, il advient que les ennemys facent quelque descente, qu'allors les cinquante mil hommes se trouveront prestz pour les combattre au désembarquement.
Lequel apareil inthimide grandement les Catholiques, lesquelz si l'esté se passe sans qu'il aparoise quelque confort pour eulx, ne s'attandent de moins que d'estre fort rigoureusement trettez l'yver prochain; car ilz voyent que leurs adversayres, lesquelz ont la Royne, l'authorité et la force en leurs mains, commancent desjà de les menacer, et monstrent de n'attandre sinon que le temps les asseure contre les entreprinses des estrangiers pour y mettre la main.
Et avoient les dicts Catholiques prins pour mauvais signe la longueur que ceulx de ce conseil usoient ez affères de la Royne d'Escoce, et en ceulx du duc de Norfolc; vers lesquelz, à cause de ces rescentes deffiances, ilz voyoient qu'ilz alloient changeant toutes leurs premières bonnes dellibérations, car ilz remettoient de commancer le tretté avec l'ambassadeur de la dicte Dame jusques à la venue des depputez d'Escoce; et sur ceulx du duc, ilz luy avoient faict dire, le xıȷe de ce moys, que, pour aulcunes occasions, qui estoient fort considérables, la Royne, sa Mestresse, estoit conseillée de ne luy ottroyer sa liberté jusques après la St Michel, qui monstre bien qu'ilz ne vouloient que gaigner temps; et cependant ilz travailloient de se liguer davantaige avec les princes protestans.
Et n'avoit esté sans apparance que les dicts Catholiques eussent fondé grande espérance en l'apareil du duc d'Alve, et possible encores quelque peu en cellui qu'ilz entendoient estre prest en Bretaigne, mais la venue des depputez de Flandres la leur oste de ce costé là; et l'opinion, qu'ilz ont, que la guerre doibve continuer en France la leur fait perdre de l'aultre.