Cella surtout les descoraige qu'ayantz, jusques à ceste heure, pensé que le Roy d'Espaigne et ses ministres procèderaient de bonne intelligence avecques le Roy sur les affères de la Royne d'Escoce, qui sont conjoinctz avec ceulx de la religion catholique en ce royaulme, ainsy que je m'en estois quelquefoys prévalu; et comme aussi nulle aultre chose n'avoit, tant que ceste cy, retenu ceulx de ce conseil en quelque crainte, il s'est meintennant descouvert qu'il va tout aultrement, et que dom Francès d'Alava a tenu de telz propos à Mr Norrys, (ainsy que le dict Norrys l'a escript par ses dernières lettres, arrivées à sa Mestresse, pendant que Mr de Poigny et moy attendions sa responce,) que aulcuns, qui en ont heu assés tost la communication, m'ont tout incontinent adverty que, à l'ocasion d'iceulx, nous serions fort mal responduz; et que toutz les affères, où le Roy Très Chrestien pouvoit avoir intérestz par deçà, en demeureroient fort traversez.

Qui a esté cause que, en l'audience ensuyvant, je me suys eslargy, premièrement vers les seigneurs de ce conseil, parce que, d'arrivée, nous avons esté introduictz vers eulx, et puys envers la dicte Dame, en toutz les plus francz et ouvertz propos, que j'ay estimé les pouvoir confirmer en l'amytié du Roy, et à bien espérer d'icelle, sans toutesfoys toucher ung seul mot ni du Roy d'Espaigne, ny de ses ministres; et est advenu, sur noz remonstrances, que l'on nous a accordé une partie de ce que nous demandions, et qu'on nous a faict, sur le reste, assés meilleure responce que l'on n'espéroit, ainsy que je l'ay mandé par mes précédantes.

Et bien qu'à la grande instance de Madame de Lenoz, l'on eust auparavant envoyé par mer vers le North un nombre d'armes, de pouldres et d'argent, pour les fère tenir au comte de Lenoz en Escoce, j'ay sceu néantmoins que, despuys cella, la Royne d'Angleterre a dict à la dicte dame de Lenoz qu'elle estoit résolue de remettre la Royne d'Escoce en son royaulme, sur les offres qu'elle et le Roy luy faysoient, qui estoient telles qu'avec son honneur elle ne les pouvoit reffuzer. A quoy la dicte dame de Lenoz ayant respondu que la dicte Royne d'Escoce n'en observeroit rien, la Royne luy a répliqué que si feroit, parce qu'elle l'y obligeroit à peyne d'estre privée de la succession de ce royaulme, si elle y contrevenoit, car aultrement elle ne luy en vouloit fère tort; et n'a la dicte dame de Lenoz peu gaigner rien davantaige, encore qu'elle ayt très instantment priée la dicte Dame que, si elle persévérait en ceste vollonté, il luy pleût de mander à son mary qu'il s'en retornât.

Et le secrétaire Cecille m'a mandé que je croye fermement qu'il ne sera miz aulcun retardement ez affères de la Royne d'Escoce, et qu'il ne cerche, de sa part, que la seurté de sa Mestresse, laquelle estant mortelle, et n'y ayant, après elle, nul plus prochain au droict de ceste couronne que la Royne d'Escoce, qu'il ne luy sera, ny meintennant, ny à l'advenir, jamais contraire; et le mesmes a il confirmé à l'évesque de Roz, avec lequel il est desjà entré si avant en matière qu'ilz sont quasi d'accord de toutz les poinctz, qui sembloient estre les plus différantz.

Encores, monstrent les affaires du duc de Norfolc qu'ilz pourront aussi mieulx réuscyr que la responce du xıȷe du présent ne le luy faisoit espérer, et que la Royne permettra qu'ilz soient, dans trois ou quatre jours, miz en dellibération pour après estre procédé à sa liberté, sellon qu'ung chacun dict qu'il demeure fort deschargé et justiffié de toutes les choses qu'on luy pourrait imputer.

Je veulx bien advouher que je ne cognois rien de plus exprès en ceulx cy que leur simulation, ny rien de plus certain que leur inconstance; par ainsy, je ne puys fère grand fondement sur chose qu'ilz disent, ny qu'ilz promettent. Néantmoins ilz peuvent incliner de nostre costé, aussi bien que d'ung aultre, et j'estime qu'il n'est que bon de les y tenir bien disposez, si l'on peult, affin de se prévaloir de la paix qu'on a avec eulx, et évitter les inconvénians et incommoditez qui pourroient advenir, s'ilz se despartoient du tout de nostre intelligence.

AULTRE INSTRUCTION A PART POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:

Que, jusques à ceste heure, la Royne d'Angleterre et ses conseillers protestans avoient esté retenuz d'une grande craincte, et les seigneurs, et gens de bien catholiques, conduictz de grande espérance sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur toutz les affères de ceste isle, par l'opinion qu'ilz avoient que le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve seraient toutjour en bonne intelligence avec le Roy.

Et n'estoit peu de consolation aus dicts Catholiques de veoir en quelle peyne les dicts Protestans vivoient pour ne sçavoir si la bulle estoit expédiée, ou du propre mouvement du Pape, ou bien par la réquisition du Roy, ou bien à l'instance du Roy d'Espaigne: car ilz disoient que si c'estoit seulement du Pape, ce n'estoit chose de moment; si c'estoit du Roy seul, encor croyoient ilz que Mr le cardinal de Lorrayne l'auroit procuré, sans que pour cella le Roy se vollût trop haster de rien entreprendre; mais, si c'estoit par le commun consentement du Roy et du Roy d'Espaigne, ilz tenoient pour indubitable que l'entreprinse de ceste isle estoit desjà jurée entre eulx.

En quoy, pour en avoir quelque lumyère, ilz cerchoient de toutz costez s'il se trouveroit que moy, ou Mr l'ambassadeur d'Espaigne, eussions tenu la main à la fère notiffier et publier par deçà, mais il semble qu'ilz n'ont rien trouvé contre moy, sinon qu'il leur est venu un adviz d'Itallie, par la voye de Flandre, comme la dicte bulle a esté expédiée à l'instance de l'ambassadeur de France, qui est à Rome, et que l'ambassadeur du Roy Catholique par dellà n'a faict que y prester son consentement, comme à chose apartenant de si près à la religion catholique qu'il ne luy a esté loysible de la contradire; dont leur semble que j'en debvois estre participant, mais je croy qu'à ceste heure ilz en demeurent toutz esclarcy.