Et, quant à l'ambassadeur d'Espaigne, parce que Me Felton, lequel est accusé d'avoir affiché la dicte bulle, a confessé, estant sur la question, que le prestre espaignol du dict sieur ambassadeur la luy avoit baillée; qui, pour ceste occasion, s'est despuys absenté, car il estoit commandé de le prandre, quelque part qu'il pourroit estre trouvé, jusques en sa chambre; non seulement l'on en a chargé le dict sieur ambassadeur, ains aussi luy impute l'on les aultres libelles, qui ont couru en ce royaume, contre le garde des sceaux et Cecille, et contre quelques aultres du conseil; mais ne pouvant son prestre estre trouvé, l'on ne sçayt commant procéder contre luy.

Et n'ont layssé pour cella les Catholiques de s'entretenir toutjour en l'espérance de la faveur du Roy son Maistre et du duc d'Alve, pour les affères de la Royne d'Escoce et de la religion catholique; de sorte que le dict Felton a bien ozé dire tout hardyment qu'il y avoit trente mil hommes de valleur en Angleterre, dont les six mil estoient gentishommes, et vingt cinq milordz parmy, qui estoient toutz prestz d'exposer leurs vies pour la mesmes querelle, qu'ilz le vouloient fère mourir à luy.

Mais, despuys quelques jours, iceulx Catholiques non seulement se sont retirez de ceste espérance, ains sont entrez en grand frayeur d'estre descouvertz qu'ilz l'ayent heue, parce qu'ilz estiment que le dict sieur ambassadeur ayt communiqué toutes choses au Sr dom Francès d'Alava, lequel ilz tiennent aujourduy pour trop plus grand serviteur de la Royne d'Angleterre que de son Maistre; car Mr Norrys a escript qu'il luy a promiz de disposer si bien les affères de la dicte Dame vers le Roy, son dict Maistre, et vers le duc d'Alve, qu'elle n'a garde de recepvoir aulcun mal ny dommaige d'eulx, et que hardyment elle ne preigne peur des démonstrations et préparatifz du dict duc, car il la veult bien asseurer qu'il n'a aulcun commandement de luy nuyre, ny d'attampter, pour quelque occasion que ce soit, rien par armes contre elle; et qu'au reste le dict dom Francès luy a descouvert que c'est Mr le Nonce, qui est en France, qui a envoyé icy la bulle à l'ambassadeur d'Espaigne pour la publier.

Duquel acte du dict dom Francès plusieurs seigneurs et gens de bien de ce royaulme se sont fort escandalizez, et les aulcuns se sont confirmés en une opinion, laquelle ilz avoient desjà conceue, que les ministres du Roy d'Espaigne vont procurant vers ceulx cy, et partout où ilz peuvent, la continuation de la guerre de France; et que, voyantz le faict de la Royne d'Escoce, de laquelle ilz s'estoient desjà promiz et l'aliance, et le filz, et le royaulme, et le tiltre d'Angleterre, se conduire meintennant au nom et soubz la faveur du Roy, qu'ilz le veulent traverser; et qu'ilz sont jalouz de ce que aulcuns seigneurs de ce royaulme se monstrent bien affectionnez à Leurs Très Chrestiennes Majestez, qui est ung propos qu'on m'a tenu, présent Mr de Poigny, auquel je réserve d'en fère entendre le surplus à Leurs Majestez, à son retour; et adjouxteray seulement icy une preuve, que le duc d'Alve nous a donné de son intention en ce [qu'ayant le Pape envoyé, par la banque d'Anvers, douze mil escuz, pour les gentishommes fuytifz d'Angleterre, il a conseillé qu'on ne leur envoye ny tout, ny partie de la somme, tant qu'ilz seront en Escoce, et par ce moyen il a interrompu le dict secours.

Il est bien certain que, jouxte ceste communication grande d'entre dom Francès et le dict Sr Norrys, ceste Royne a naguières escript une bonne lettre au Roy d'Espaigne, laquelle le dict dom Francès a prins en sa charge de la luy fère tenir, et une aultre au duc d'Alve, par laquelle elle l'exorte de vouloir entretenir l'alliance d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, comme, de sa part, elle la veult entièrement conserver: et, quant aulx prinses, qu'elle est preste d'y satisfère de sa part, en ce qu'il s'y veuille disposer de la sienne, et qu'il veuille depputer des personnaiges propres pour en accorder, qui ne soyent de ceulx qui veulent troubler ce royaume, ainsy que l'ambassadeur, icy résidant, et ceulx, qui cy devant y ont esté envoyé, se sont esforcez de le fère; et que de l'apareil qu'elle entend qu'il faict bien grand par mer, il ne veuille rien attampter en ses portz, car elle offre toute faveur et seur accez en iceulx à la Royne d'Espaigne et à ceulx de sa troupe: tant y a que l'ambassadeur d'Espaigne, nonobstant tout cella, ne laysse d'estre bien fort offancé contre dom Francès, de ce qu'il a parlé de la bulle, et desjà il en a escript au duc d'Alve.

J'ay faict sonder, par interposée personne, Mr le cardinal de Chatillon et le Sr de Lumbres quel desir ilz avoient à la paix et à transférer la guerre hors de France; et voycy ce qui m'a esté raporté des propos du dict sieur Cardinal: qu'il desire infinyement la dicte paix, espérant par icelle jouyr de la bonne grâce de Leurs Majestez et de six vingtz mil lt de rante en France, en lieu de mille pouvrettez et indignitez, qu'il s'esforce de supporter, le plus dignement qu'il peult, en Angleterre;

Que se souvenant que le Roy, et la Royne, et Monsieur, pour fermeté de l'aultre dernière paix, luy firent l'honneur de luy en donner leur promesse de leurs propres mains dans la sienne, et que ceulx, qui la leur ont faicte rompre, sont ceulx mesmes avec qui ilz ont à conclurre meintennant ceste cy, les cheveulx luy en dressent de frayeur;

Que le Roy a la paix très ferme et bien asseurée, toutes les foys qu'il luy playrra, à bon esciant, que ceulx de la religion puyssent vivre, en conscience et honneur, soubz la faveur de sa protection, en son royaulme;

Que, de transférer la guerre ailleurs, c'est ce que son frère, Monsieur l'Admyral, a toutjour desiré, mais de le fère meintennant, et laysser ceulx, qui sont de leur mesmes religion, estre cependant massacrez, murdriz et ruinez en leurs maysons, en France, par ceulx qui ont la justice et l'authorité et les forces à la main, ilz sont entièrement tout résoluz du contraire;

Que, si le Roy les veult recepvoir en sa bonne grâce, et leur ottroyer la dicte paix et seurté qu'ilz luy demandent, comme à ses bons subjectz, et qu'il se veuille servyr de son frère et de luy, ilz ont en main de quoy luy fère le plus grand et le plus notable service, que sa couronne ny nul de ses prédécesseurs ayent receu de deux centz ans en cà;