Résolution prise par la reine d'Angleterre d'envoyer Walsingham en France.

Au Roy.

Sire, il y a trois jours que la Royne d'Angleterre avoit dépesché le Sr de Valsingan pour aller fère aulcuns offices vers Vostre Majesté, et pour les fère en une façon, si la paix estoit faicte, et en une aultre, s'il trouvoit qu'elle fût encores à fère; dont, à ceste heure, que j'ay envoyé demander audience à la dicte Dame pour la luy aller annoncer, toute bien faicte et bien conclue, elle m'a mandé que je seray le très bien venu avec ceste très bonne nouvelle, et qu'elle a desjà expédié ung sien gentilhomme en France pour vous en aller fère la conjouyssance de sa part; en quoy je vous suplie très humblement, Sire, lui agréer, et gratiffier en toutes sortes ceste sienne bonne et prompte démonstration, ainsy qu'elle s'atend bien que, pour avoir toutjour ouvertement déclairé qu'elle la desiroit, et pour s'estre offerte de s'employer à la fère, et mesmes pour avoir, durant la guerre, rejetté toutes les persuasions qu'on luy a données de se déclairer de l'aultre party, et avoir encores, sur le pourparlé de paix, procédé en sorte qu'elle veult bien estre veue d'avoir aydé en quelque chose à la conclurre, elle se répute avoir grandement mérité de vostre amytié. Et j'entendz, Sire, que, par mesmes moyen, elle vous fera tenir quelque propos du faict d'Escoce, estant le dict de Valsingan principallement envoyé pour notter et comprendre, aultant qu'il luy sera possible, à quoy, après ceste paix, va l'intention de Vostre Majesté, tant sur les choses qui ont passé du costé de ce royaume durant la guerre, que pour voir en quoy vous persévérez touchant celles du dict pays d'Escoce et touchant la Royne d'Escoce, vostre belle sœur; dont j'estime, Sire, que le plus de faveur et de grattiffication que pourrez monstrer sur celles premières, et plus de fermeté et persévérance ez aultres, sera ce qui plus donra d'accommodement à vostre service et plus de réputation à voz affères de deçà. Icelluy Valsingan est tenu icy pour bien habille homme, fort affectionné à la nouvelle religion, et très confidant du secrétaire Cecille; qui va desjà fère ung commencement d'essay en la charge que, à mon adviz, l'on luy a désignée d'ambassadeur ordinaire vers Vostre Majesté après Mr Norrys. Sur ce, etc.

Ce xıve jour d'aoust 1570.

CXXVIIIe DÉPESCHE

—du XVIIIe jour d'aoust 1570.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par l'homme du Sr de Valsingan.)

Audience.—Communication officielle donnée par l'ambassadeur à Élisabeth de la conclusion de la paix en France.—Contentement manifesté par la reine de cette nouvelle.—Vives démonstrations en faveur du roi.—Promesse de la reine de hâter la conclusion du traité avec Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, le jour de la my aoust, j'ay esté porter la certitude de la paix de vostre royaulme à la Royne d'Angleterre, à Penleparc, qui est trente deux mil loing de Londres; laquelle a monstré non seulement de la bien recepvoir, mais d'en vouloir caresser et honorer la nouvelle, ayant faict parer sa court, et estant elle mesmes parée et merveilleusement bien en poinct; et m'a, à l'arrivée et au retour, faict mieulx recueillyr et accompaigner que de coustume, et encores me reconvoyer par des gentilshommes exprès une grand partie du chemyn, de sorte qu'elle et les seigneurs de son conseil, vers lesquelz j'ay faict aussi la conjoyssance de vostre part, n'ont rien obmiz de ce qui se peult monstrer d'extérieur pour donner entendre qu'ilz ont ung très grand plésir de cet accord. Mais, pour descouvrir quelque chose de l'intérieur, j'ay dict à la dicte Dame, en luy présentant les lettres et recommandations de Voz Majestez, que Dieu vous avoit faict la grâce de vous donner la paix avecques voz subjectz; et qu'aussitost que vous l'aviez peu conclurre vous luy en aviez faict la première part, affin de luy advancer, devant les aultres princes, voz alliez et confédérez, l'ayse et le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit, parce que, plus que nul de tous eulx, elle avoit toutjour monstré de la desirer, et mesmes de se vouloir employer à la fère; dont cecy luy estoit ung très asseuré tesmoignage que vous n'en avez miz rien en oubly, et que vous luy rendrez la tranquillité de vostre royaulme aultant utille, comme elle avoit toutjour faict paroistre qu'elle l'auroit très agréable.