La dicte Dame, usant de toutes les démonstrations d'ayse et de contantement qu'il est possible, m'a respondu qu'elle ne pouvoit assés à son gré vous remercyer de la faveur, que luy aviez faicte, de luy advancer ceste bonne nouvelle de vostre paix, ny assés s'en conjouyr avecques Voz Majestez; et que n'ayant heu moindre desir que vous mesmes de la voir bien succéder, ainsy que sa conscience l'en faisoit, à ceste heure, estre bien fort contente, et que la certitude s'en pouvoit encores vériffier par lettres et tesmoings, elle ozoit bien esgaller l'ayse qu'elle recepvoit d'en entendre la conclusion, à celluy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Messieurs vos frères, voyre quel que soit de voz propres subjectz, en pouviez avoir; ce que estant bien conféré avec le peu de desir que vous sçavez que les aultres princes en avoient, elle vous layssoit à juger si une première conjouyssance ne lui en estoit pas deuhe, et pourtant que vous ne doubtissiez qu'elle ne la receust avec trop plus d'abondance de playsir et d'affection, qu'elle ne le pouvoit, par parolle ny par nulle aultre démonstration, bien exprimer; seulement elle prioyt Dieu de la vous fère, et à voz subjectz, très longuement et heureusement jouyr; et qu'encor qu'on luy eust vollu imprimer que vostre paix luy seroit ung commancement de guerre, et que vous vous layrriez aisément aller à l'instigation, que ses ennemys vous feroient, de la luy commancer sinon directement, au moins par moyens indirectz de la Royne d'Escoce, qu'elle ne le se vouloit toutesfoys persuader; et vous pryoit, de tant que vous estiez sur le poinct de vous former une inpression d'amytié ou d'ayne pour l'advenir, que vous vollussiez retenir elle et son royaulme, qui ne sont pas des plus grandz mais non aussi des moindres, au mesmes degré d'amytié qu'elle veult droictement persévérer vers vous et le vostre; et que, ayant auparavant proposé de vous dépescher le Sr de Valsingan, affin qu'il servyst à quelque bon effect entour la conclusion de la dicte paix, elle l'y feroit encores plus vollontiers passer, à ceste heure qu'elle estoit conclue, pour non seulement vous en aller fère la conjoyssance, mais vous remercyer infinyement de celle que vous luy en aviez desjà faicte.

Je n'ay failly là dessus, Sire, d'user des meilleurs et plus convenables propos, que j'ay peu, pour mettre la dicte Dame en grande confiance de Vostre Majesté et de vostre royaulme; et, après avoir touché quelque mot du commandement, que me feziez, d'avancer toutjour les affères de la Royne d'Escoce; à quoy elle m'a respondu en très bonne façon et avec nouvelle promesse d'y procéder du premier jour, sellon qu'elle avoit bonnes nouvelles que les seigneurs escossoys des deux costez s'y vouloient disposer, elle m'a licencié avec tant de bonnes paroles et démonstrations de son contantement, et de vouloir donner toute satisfaction à Vostre Majesté, que je craindrois d'en diminuer la meilleure part, si je m'esforcoys de le vous vouloir davantaige exprimer: dont la layrray à tant jusques à la prochaine dépesche d'ung des miens, que j'envoyeray bientost devers Vostre Majesté, par lequel je vous feray amplement entendre toutes aultres choses. Et seulement, Sire, j'adjouxteray à ce pacquect la lettre, que la dicte Dame vous escript, oultre celles qu'elle a baillé au dict Valsingan pour Voz Majestez, lequel est desjà dépesché, et avecques luy le sir Henry Coban pour aller saluer, de la part de ceste Royne, la Royne d'Espaigne au Pays Bas; et croy qu'il passera jusques à Espire devers l'Empereur. Sur ce, etc.

Ce xvııȷe jour d'aoust 1570.

A la Royne.

Madame, j'obmetz, tout à esciant, d'escripre à Voz Majestez par ceste dépesche beaucoup de propos, qui ont esté tenuz entre la Royne d'Angleterre et moy en ceste dernière audience, pour les vous mander cy après plus expressément par ung des miens; et suffira, s'il vous playt, Madame, que, en ceste cy, je vous dye, sur la nouvelle que j'ay annoncée à la Royne d'Angleterre de la paix de vostre royaulme, qu'il ne se peult exprimer ung plus grand ayse que celluy que, en parolle et en semblant, elle a monstré d'en recepvoir; et croy que, sans la crainte des choses d'Escoce, que son cueur aussi s'y conformeroit. J'entendz qu'elle a prins quelque souspeçon de ce que les depputez des Princes n'ont faict rien entendre de ceste dernière conclusion à son ambassadeur, comme ilz avoient faict les aultresfoys; au moins n'en avoit il encores rien escript à la dicte Dame, quant j'ay esté devers elle, laquelle en estoit mal contante; et discouroient quelques ungs là dessus qu'il y pourroit bien rester encores quelque difficulté: tant y a que les choses d'icy ne layssent pourtant de prendre aultre forme, sur ce que je leur en ay desjà dict, mesmes en l'endroict de l'ambassadeur d'Espaigne, auquel aultrement l'on estoit prest de fère piz que jamais. J'espère qu'il en réuscyra aussi de l'utillité à vostre service. Sur ce, etc.

Ce xvııȷe jour d'aoust 1570.

CXXIXe DÉPESCHE

—du XXIe jour d'aoust 1570.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Guilliaume Beroudier.)