Rapport de ce que l'ambassadeur a pu savoir des instructions données à Walsingham.—Conclusion définitive de la paix de France.—Instance de l'ambassadeur pour que le roi se prononce avec fermeté sur les affaires d'Écosse.—Effet produit en Angleterre par l'assurance que la paix est définitivement signée en France.
Au Roy.
Sire, ceste bien asseurée confirmation de la paix, qui m'est venue par les lettres de Vostre Majesté du xıe du présent, avec les articles d'icelle, qu'il vous a pleu par mesme moyen m'envoyer, ont miz la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil hors de tout doubte qu'elle ne soit à présent bien conclue et arrestée; car, parce que Mr Norrys leur avoit escript que, de vostre costé, Sire, elle estoit bien signée, mais qu'elle restoit à signer par Messieurs les Princes et Admyral, et que Mr le cardinal de Chatillon n'en avoit encores nulles nouvelles, aussi que de dellà l'on mandoit que aulcuns s'y opposoient, et que le parlement de Paris ne la vouloit en façon du monde recepvoir, plusieurs ont estimé que la matière estoit encores bien acrochée; et le Sr de Valsingan mesmes, quant il m'est venu dire adieu, n'a sceu tenir son langaige si mesuré qu'il n'ayt assés monstré qu'il estoit dépesché sur telle opinion. Et j'ay despuys entendu que, l'ayant la dicte Dame faict arrester, lorsque je la suys allé trouver, jusques après qu'elle m'auroit ouy, aussitost qu'elle a comprins par mon récyt que les depputez estoient de rechef renvoyez avec les dicts articles vers les Princes, elle l'a soudain faict partyr, sur la mesme dépesche qu'elle luy avoit desjà baillée, luy mandant qu'il n'estoit besoing d'y rien changer.
Or, Sire, ce que j'ay peu descouvrir de sa charge est qu'ayant ceste princesse l'esprit fort agité de tant de deffiances, que je vous ay cy devant mandées, et se trouvant mal satisfaicte de ce que ceste dernière conclusion de paix s'est menée si estroictement que son ambassadeur a souspeçonné y debvoir avoir des conventions qui la touchoient, puysqu'on les luy tenoit secrectes, elle a advisé d'envoyer cestuy cy tout exprès par dellà affin que, trettant avec ceulx de l'ung et l'aultre party, il puysse juger de quelle disposition, après la dicte paix, se trouvera Vostre Majesté et vostre royaume vers elle et le sien, avec commandement d'accommoder son parler à l'estat où il verra que les choses seront, et de se conduyre néantmoins en ce qu'il aura à négocier avec ceulx de la nouvelle religion, sellon certain règlement qui a esté arresté avec les depputez, qui sont icy, des princes d'Allemaigne, et dont l'ung d'eulx est allé avecques luy; et de mesler, à ce que j'entendz, parmy l'aparance d'exorter ceulx de la dicte religion à vostre obéyssance, qu'ilz veuillent bien regarder à l'establissement de ce qui leur sera promiz pour l'exercice d'icelle et pour l'establissement de la paix, et que, en ces deux choses, elle et les dicts princes ne sont pour les habandonner jamais, comme ilz ont encores tout présentement et auront toutjour toutes choses bien prestes pour les secourir; leur remonstrant aussi qu'ilz n'ont assés bien faict leur debvoir d'avoir obmiz, en l'instruction qu'ilz ont donnée à leurs depputez pour fère ce tretté, laquelle a esté envoyée icy de la Rochelle, et traduicte incontinent en anglois et imprimée à Londres, de n'y avoir faict quelque honnorable mencion d'elle et du bon reffuge qu'ilz ont trouvé en son royaulme, avec d'aultres particularitez que je suys bien ayse qu'elles n'arrivent qu'après la paix faicte; car possible n'eussent elles de guières servy à la conclurre.
Et au regard de Vostre Majesté, j'entans, Sire, que sa commission porte que, au cas qu'il trouve les choses non encores bien accordées, qu'il vous offre toutz les moyens et offices, qui seront cognuz pouvoir procéder d'elle, pour vous ayder à les accorder avec vostre grandeur, réputation et advantaige; mais s'il trouve la paix desjà conclue, ainsy que, grâces à Dieu, elle l'est, qu'il vous en face la meilleure et plus expresse conjoyssance qu'il pourra, et qu'il vous exorte, Sire, à l'entretennement et observance d'icelle, avec offre de tout ce qui est en la puyssance de la dicte Dame pour vous assister contre ceulx qui la vous vouldroient traverser ou empescher; et vous prier, au reste, de ne vous laysser jamais persuader du contraire, car vous ayant elle jusques icy gardé ce respect d'avoir rejetté toutes les très véhémentes persuasions qu'on luy a données de se déclairer contre vous, elle proteste que, par cy après, elle ne le pourra plus fère; et que, si vous entreprenez la guerre contre la religion d'où elle est, qu'elle employera toutes ses forces, son estat et sa couronne à la deffance, faveur et protection d'icelle; et qu'elle entrera en la ligue des princes protestans contre Vostre Majesté, ainsy qu'ilz ont encores icy à ceste heure leurs ambassadeurs pour l'en solliciter; et avec charge aussi au dict Valsingan de vous fère entendre, de la part de la dicte Dame, touchant la Royne d'Escoce, qu'elle ne luy veult aulcun mal, ny veult en façon du monde procurer sa ruyne, que seulement elle cerche de s'asseurer des guerres et dangiers, qui luy ont esté toutjour imminentz du costé d'elle et de son royaulme, chose qu'elle estime que ne debvez trouver mauvaise; et qu'encores, pour l'amour de Vostre Majesté, sera elle contante d'user si honorablement vers la dicte Dame, que ung chacun jugera qu'elle luy aura la plus grande de toutes les obligations, qu'elle ayt jamais heue à personne de ce monde.
Qui est tout ce, Sire, que j'ay aprins de la dépesche du dict Valsingan, et ne sçay encores s'il y a heu rien de plus ou de moins, ou de changé despuys; dont je suplie très humblement Vostre Majesté de gratiffier si bien à la dicte Dame ses bonnes parolles que ses intentions en puyssent toutjour devenir meilleures, car aussi estime elle vous avoir beaucoup obligé de ne vous avoir faict sentyr tant de mal et d'empeschement, de son costé, comme l'on l'a bien incitée et conseillée de vous en fère.
Au regard, Sire, des choses d'Escoce, encores que la dicte Dame ayt, de rechef, très expressément donné parolle à Mr de Roz de procéder au tretté, aussitost que les depputez d'Escoce seront arrivez, car plustost n'y veult elle nullement entendre; néantmoins, de tant que je suys seurement adverty que le comte de Sussex, lequel a encores des forces en la frontière, et le secrétaire Cecille mènent des pratiques, et croy que [c'est] sans le sceu de la dicte Dame, pour tirer la matière en longueur et pour fère rentrer de rechef les Anglois en Escoce au secours du party du régent, qui se trouve le plus foible; il sera le bon playsir de Vostre Majesté d'en parler en telle sorte aulx ambassadeurs de la dicte Dame qu'ilz cognoissent que vous incistez, Sire, très fermement à la continuation et accomplissement du tretté et à l'entretennement de ce qui en est desjà arresté; ou autrement que vous n'estes pour manquer de secours à ceulx de voz allyés qui ont recours à vostre protection, et faveur. Et sur ce, etc.
Ce xxıe jour d'aoust 1570.
A la Royne.
Madame, ce peu de temps qui a passé, despuys la première nouvelle de la conclusion de la paix, laquelle Voz Majestez m'escripvoient du ıııȷe du présent, jusques à la confirmation que j'en ay présentement reçeue, qui n'est que six jours entre deux, nous a donné à dicerner ceulx qui desirent icy véritablement la paix de vostre royaulme, et l'establissement de vos affères, d'avec ceulx qui n'en cerchent que le perpétuel trouble et la diminution de vostre grandeur; et n'en est l'affection de la religion aulcunement la reigle, car plusieurs catholiques et plusieurs protestans meslez ensemble, bien que par divers respectz, monstrent d'en estre très marrys, et de mesmes plusieurs des deux partys s'en réjouyssent conjoinctement; mais ceulx sur toutz, ès quelz gist toute l'espérance de la religion catholique en ce royaulme, en font une très solemnelle resjouyssance, et desirent la conservation de vostre couronne, et croyent et espèrent que d'icelle a de procéder la réunyon de l'esglize et le restablissement de la religion catholique en ceste mesmes isle, aussi bien qu'en tout le reste de la Chrestienté, par les moyens que Dieu vous inspirera, plus qu'aulx aultres princes chrestiens, puysque à vous, plus qu'à eulx toutz, il vous a faict sentyr combien en est dangereuse et pleyne de toutz maulx la division.