Les Huguenotz, qui estoient par deçà, commancent de n'y estre plus si bien veuz qu'ilz souloient, et n'y peuvent désormais vivre sans soupeçon. J'entendz que ceulx, qui estoient pirates, se vont peu à peu retirant, et Clément Joly, ayant réduict tout son équipage à deux bons navyres, s'en va avec Haquens, qui dresse une flotte pour retourner aulx Indes. Ceulx cy ont desjà miz dehors six de leurs grandz navyres, soubz la conduicte de maistre Charles Havart, filz de milord Chamberlan, lequel commandera en l'armée parce que l'admyral est mallade, et y en mettront encores quatre dans ceste sepmayne, mais ilz ne donnent grand presse aulx aultres vingt navyres, parce qu'ilz ont adviz que l'apareil du duc d'Alve ne peult estre prest, jusques envyron la St Michel, bien qu'ilz sçavent qu'il est allé desjà recuillyr la Royne, sa Mestresse, à Nimegen. Maistre Henry Coban s'apreste toutjour pour l'aller saluer, de la part de ceste Royne, et avecques luy s'en retourne par dellà le mesmes merchant depputé sur le faict des merchandises, nommé Fuiguillem, qui en est naguières revenu; et sur ce, etc. Ce xxıe jour d'aoust 1570.
CXXXe DÉPESCHE
—du XXVIe jour d'aoust 1570.—
(Envoyée jusques à la court par La Bresle, chevaulcheur.)
Assurance de l'ambassadeur que l'armement des Anglais n'est pas dirigé contre Calais.—Recommandation qu'il fait de se prémunir néanmoins en France contre toute surprise.—Instance de la reine d'Écosse pour obtenir du roi un secours efficace; sa conviction qu'Élisabeth ne veut pas lui rendre la liberté.—Nouvelles des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, je n'ay trouvé nouveau l'adviz, qu'on vous a donné, de l'entreprinse de ceulx cy sur Callais, car je pense en avoir mandé quasi aultant à Vostre Majesté par le Sr de Sabran, sur le commancement de juillet, et vous avoir dez lors particullarisé quant, commant, et en quel lieu, ilz avoient proposé de fère leur descente, mais que bientost après ilz avoient changé de dellibération, parce qu'ilz avoient jugé que ce seroit attacher une grosse guerre, de laquelle ilz n'avoient ny rien de bien prest pour la commancer, ny nul moyen de la meintenir, sinon par noz troubles, lesquelz ilz voyoient desjà incliner à la paix; et aussi qu'il m'advint lors de toucher ung mot à quelcun des leurs de ce que j'en avois senty, et en mesmes temps Mr de Gordan saysyt des armes qu'on pourtoit à Callais, dont estimèrent que le tout estoit descouvert, de sorte que leur présent armement ne monstre qu'il soit à nul aultre effect que pour tenir la mer, sans pouvoir mettre gens en terre, ainsi que, pour en esclarcyr davantaige Vostre Majesté, je renvoye ce mesmes courryer pour vous en aporter l'estat, tel que je l'ay peu recouvrer, duquel encores il s'en fault beaucoup qu'il soit ainsy bien prest, comme le dict estat le porte; et ne le pourront avoir si soubdain faict plus grand, ny levé les gens de guerre que n'en soyons, de quelques jours devant, advertys. Néantmoins, Sire, ayant premièrement descouvert qu'ilz ont heu intention de tenter quelque chose sur le brullant desir de recouvrer Callais, et les voyant à ceste heure (bien que pour aultres fins) estre en armes, j'ay adverty Mr de Gordan, et les aultres gouverneurs de vostre frontière, de se tenir sur leurs gardes; et ay suplié Vostre Majesté, comme je la suplie encore très humblement, de leur mander de rechef qu'ilz ayent à se monstrer si préparez et pourveuz qu'ilz facent perdre à ceulx cy toute l'ocasion et la vollonté, qu'ilz pourroient avoir, d'y rien entreprendre.
La Royne d'Escoce renvoye ung serviteur du Sr Douglas en France, auquel elle a commiz une dépesche pour Vostre Majesté; et croy, Sire, qu'elle vous persuade de tout son pouvoir, que, touchant sa liberté et restitution, vous ne vous en veuillez plus attandre à ce que la Royne d'Angleterre vous en fera dire ou promettre, car elle pense avoir assés d'aparans argumens pour juger que l'intention de ceulx, qui guydent les conseilz de la dicte Dame, n'est aulcunement d'y entendre, ains de s'opiniastrer, de plus en plus, à sa détention et à luy fère perdre son estat; ainsy que, despuys le commancement du tretté, ilz ont, soubz main, faict créer le comte de Lenoz régent en Escoce, et se préparent à ceste heure d'y envoyer gens, argent et tout aultre secours pour le maintenir; en quoy la dicte Dame me prie que, quoyque ceulx cy me puissent dorsenavant alléguer, je ne vous veuille plus entretenir en aulcune espérance du dict tretté; ains que je vous suplye très humblement, Sire, d'aller au devant de la malle entreprinse qu'ilz ont sur elle, premier qu'ilz l'ayent du tout ruynée, et premier qu'ilz ayent achevé de vous oster une telle allyée, et l'alliance, et les allyez que vous avez en elle, son royaulme et ses subjectz. Dont semble bien, Sire, que, ayant Vostre Majesté porté jusques icy, par voz vertueuses parolles et bonnes démonstrations, beaucoup de faveur aulx affères de la dicte Dame, lors mesmes que les vostres sentoyent plus d'empeschement, que, grâces à Dieu, ilz ne font à ceste heure, s'il vous playt d'en user meintennant de semblables, ou ung peu de plus expresses, et les fère sonner au Sr de Valsingan, avant qu'il s'en retourne, qu'elles seront de bien fort grand moment pour meintenir la cause de la dicte Dame, jusques à ce que y puyssiez, à bon esciant, adjouxter les effectz. Mais affin, Sire, que voyez plus clayrement quel il y fera, je vous manderay, du premier jour, par le Sr de Vassal, le plus particulièrement que je pourray, l'estat de toutes choses d'icy, et ce que la Royne d'Angleterre m'aura respondu sur le faict de son armement; laquelle je vays présentement trouver.
Et ne vous diray davantage, Sire, sinon que le jeune Coban s'apreste toutjour pour passer en Flandres, et ne me suys trompé du jugement, que j'ay faict, qu'il yra jusques à Espire, dont je mettray peine d'entendre quelque chose de sa commission. La nouvelle de la paix de vostre royaulme a esté utille à l'ambassadeur d'Espaigne; car, oultre qu'elle est cause qu'on ne l'a resserré, l'on luy a despuys faict beaucoup de favorables démonstrations. Il est vray qu'on a envoyé surprendre, jusques dans le port de Bergues en Flandres, le docteur Estory et ung maistre Parquer, toutz deux Anglois catholiques, qui estoient là depputez par le duc d'Alve sur la visite des merchandises d'Angleterre pour les confisquer, et les a l'on transportez par deçà, et tout incontinent miz dans la Tour de Londres; en quoy l'on a manifestement viollé la franchise des Pays Bas, chose qu'on ne peult croyre que le duc d'Alve puisse aulcunement dissimuler. Sur ce, etc.
Ce xxvıe jour d'aoust 1570.