Et, encor que de certains propos qu'on leur a faict acroyre, qui ont esté naguières tenuz près du Roy, au préjudice de ce royaulme; et de la rescente mémoire de la bulle, avec la division qu'ilz voyent croistre toutjour parmy leurs subjectz; et de certaine coppie de lettre qu'ilz pensent avoir recouvert, que le duc d'Alve a escripte à Monsieur, frère du Roy, pour l'inciter, à ce qu'ilz disent, contre eulx; et de l'advertissement, qu'ilz ont, que le dict duc pourchasse, envers l'Empereur, de fère mettre en arrest toutes les merchandises d'Angleterre, qui sont en Hembourg, pour la réparation des prinses, que les Anglois ont faictes en mer sur les subjectz de son Maistre, la dicte Dame et les seigneurs de son conseil soyent entrez en de bien grandz et divers pensements, néantmoins ilz n'en ont esté guières esmeuz jusques à la nouvelle de la paix; mais lorsqu'ilz ont veu qu'elle estoit conclue à l'honneur et advantaige du Roy, ilz n'ont heu rien plus hasté que de consulter et dellibérer, tout incontinent, comme ilz se pourroyent munyr contre l'orage, qu'ilz craignent leur advenir; en quoy ilz ont pensé qu'ilz le pourroient divertyr par gracieuses négociations et bonnes parolles, bien que possible esloignées de ce qu'ilz ont en intention.
Et ont commancé de dépescher premier devers le Roy le Sr de Vualsingan pour la conjouyssance de la paix, et pour luy donner bonne espérance des affères de la Royne d'Escoce, avec le surplus de sa commission, sellon que je l'ay mandé, en la sorte que je l'ay peu descouvrir; bien que la dicte paix leur semble formidable parce qu'ilz n'ont esté appellez à la fère, et que les principaulx, qui guident les conseilz de la dicte Dame, s'opinyastrent, de plus en plus, à la détention de la Royne d'Escoce, et à interrompre le tretté encommancé, pour fère de rechef rentrer les Anglois en Escoce, ainsy que l'empeschement qu'on a donné à Mr de Leviston en la frontière, pour créer cependant le comte de Lenoz régent, et la forme de procéder du comte de Sussex contre ceulx du party de la Royne d'Escoce, le tesmoignent; dont le Roy me commandera s'il sera expédiant que je tire de la dicte Royne d'Angleterre une résolue responce sur le dict affère.
Et pour le regard du Roy d'Espaigne, ayans eulx pensé de tretter plus mal que jamais son ambassadeur, et luy ayant mandé par ung sien secrétaire que la Royne d'Angleterre ne le tenoit plus pour ambassadeur, et faict dire par deulx aldremans qu'il s'en vînt trouver ceulx du conseil à St Aulban, à XL mil de Londres, où j'ay sceu despuys qu'ilz avoient faict préparer ung logis pour le resserrer; l'asseurance de la paix n'est si tost arrivée qu'on n'ayt changé de toute aultre façon en son endroict, l'envoyant visiter avec bonnes parolles et offres d'accord sur les différans; et luy ont envoyé Haquens pour se justiffier de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il dressoit une flotte pour aller aux Indes, qui l'a asseuré qu'il n'en estoit rien, et qu'il n'avoit intention de naviguer en lieu d'où le Roy, son Mestre, peult estre offancé. Ilz ont envoyé Fuyguillem devers le duc d'Alve, et ont dépesché le jeune Coban devers la Royne d'Espaigne, avec les plus expresses parolles et les meilleures démonstrations d'amytié, dont ilz se sont peu adviser.
Et néantmoins, ne se trouvans bien satisfaictz de la responce, que le duc d'Alve leur a faicte touchant son armement, parce qu'il a faict mencion qu'il estoit dressé contre les ennemys, ilz ont résolu de se présenter en mer, quant la dicte Dame passera, et de disposer leurs grands navyres, en sorte qu'ilz luy gaignent le vent, (ainsi qu'ilz disent qu'ilz ont cinq ventz qui leur servent et qui leur donnent l'advantaige,) et en ceste sorte la saluer et luy monstrer toutz signes d'amytié; mais s'il n'est prins en ceste sorte de l'aultre part, et qu'ilz ne ressaluent, et ne rendent les mesmes signes d'amytié et d'amayner, avec la soumission requise, que, à la moindre mauvaise démonstration qu'ilz feront, ceulx cy se tiendront pour provoquez, et attacheront le combat. Et y a grande apparance que, si la dicte Dame est contraincte, par quelque occasion de temps, de relascher par deçà, qu'elle ne s'en pourra partyr quant elle vouldra, bien qu'on luy fera tout l'honneur et bon trettement qu'il sera possible; et monstrent ceulx cy estre toutz advertys de l'apareil du duc d'Alve et de celluy d'Espaigne, mais ne craindre l'ung ni l'aultre; et ont donné charge par tout le pays d'user de signalz pour courir aulx portz, au cas que l'on y aborde, affin d'en demeurer les maistres.
Et ont donné charge au susdict jeune Coban, après qu'il aura visité la Royne d'Espaigne, de passer oultre devers l'Empereur, avec lettres, parolles et offres de grande amytié et de grande intelligence en son endroict; et pour l'exorter de demeurer en bonne unyon avec les princes de l'Empyre; et luy donner compte des différans des Pays Bas; et aussi, à ce que j'entendz, quelque peu des choses d'Escoce; mais surtout de le prier qu'il n'ordonne rien en Hembourg contre les Anglois, ny contre leurs merchandises; et, affin de le disposer mieulx vers elle, que icelluy Coban luy remettra en termes, avec affection, le propos du mariage avec l'archiduc son frère, bien que nul se peult persuader qu'elle ayt intention de l'effectuer.
Et cependant, en l'endroict du dict Empereur et des aultres princes catholiques, elle faict valoir et se sert de ceste légation des princes protestans, qui ont encores icy leurs ambassadeurs; et je les ay faict fort observer, et ay trouvé que entre eulx y a ung docteur, qui a seul la charge de toute la négociation, et porte seul la parolle, sans en rien conférer aulx aultres, personnaige si secret et réservé, qu'on ne peult tirer ung seul mot de luy: seulement l'on m'a adverty qu'il a porté une lettre à la dicte Dame, soubsignée de plusieurs princes, sçavoir; des trois ellecteurs Pallatin, de Saxe, Brandebourg, les premiers des lansgraves, après et succecifvement d'aultres, jusques à douze des principaulx d'Allemaigne; réservé cellui de Vitemberg, qui a accepté, à ce qu'on dict, pencion du Roy d'Espaigne, et qu'en la dicte lettre est faicte mencion de ce que le Roy leur a escript de la paix, et la responce qu'ilz luy ont faicte, et qu'ilz exortent la dicte Dame d'espérer toutjour bien d'eulx, et de s'asseurer que toutz ensemble luy demeureront bien unys en affection et intelligence, ainsy qu'ilz le luy ont promiz; et qu'ilz n'obmettront rien de ce qui sera requiz pour l'establissement de leur religion, et pour la seurté des princes, peuples et estatz, qui l'ont receue; et que, sur la dicte lettre, il a heu quatre foys conférance, à part, avec la dicte Dame, laquelle, à mon adviz, l'entretiendra jusques après avoir heu responce des aultres princes, car elle ne se veult vollontiers obliger à nulle ligue, et ne le fera sinon bien contraincte, de tant que les plus grandz frays en auroient à tumber sur sa bourse.
Ce qui s'entend icy de la diette est que les trois ellecteurs ont fort suspecte la proposition, que l'Empereur y a faicte, parce qu'il leur semble qu'elle tend à leur oster l'authorité des armes, et de ne pouvoir fère levées de gens de guerre en Allemaigne, et de diminuer la grandeur de celluy de Saxe, par prétexte de relever celle de ses cousins; et que le dict Empereur finira la dicte diette par tout le moys d'octobre, pour s'en retourner avant l'yver à Vienne, non sans en avoir premièrement indicté une aultre; et qu'encores qu'il n'ayt, pour ceste foys, procédé à la création du roy des Romains, il a néantmoins si bien dressé la pratique, que, pourveu qu'il puysse gaigner les trois eclésiastiques, dont ne se deffye plus que de celluy de Colloigne, il espère qu'il le pourra effectuer, en baillant le tiltre de roy de Bohème à ung tiers pour avoir ceste voix davantaige aulx suffrages; et n'y obstera plus que le reiglement de la bulle dorée de n'admettre tant d'Empereurs d'une mesmes famille, mais le Pape y dispensera; et semble bien que, cella advenant, l'on procédera aussi à la privation du Pallatin, car l'on a opinion que, celluy là séparé des trois, les aultres deux demeureront bien foybles, et que le plus grand soing, qu'ayt à présent le Roy d'Espaigne, est de fère créer son nepveu roy des Romains pour la conservation de ses Pays Bas et de ses estatz d'Itallye, et qu'il n'espargne peyne, ny argent, ny nul de toulz les moyens dont il se peult adviser, pour l'effectuer.
DIRA D'ABONDANT, A PART, A LEURS MAJESTEZ:
Que le duc de Norfolc, despuys estre hors de la Tour, m'a envoyé remercyer des bons offices, qu'il a sentys de ma bonne vollonté durant sa pryson, lesquelz luy ont esté d'un singulier espoir et très grande consolation; et s'asseurant que cella est procédé du commandement de Leurs Majestez Très Chrestiennes, il m'a prié de leur en bayser très humblement les mains de sa part, et de les asseurer qu'après sa Mestresse, il leur demeure très dévot et fidelle serviteur plus qu'à nul prince de la terre, et qu'il leur recommande toutjour la cause de la Royne d'Escoce, pour la restitution de laquelle il veult mettre sa personne, sa vie et son bien.
Il suplie néantmoins Leurs Majestez que l'expécial propos de sa dévotion et affection, vers leur service et vers la Royne d'Escoce, ne passe plus avant que entre Leurs dictes Majestez et Monseigneur, pour le dangier qu'il y a que, s'il estoit sceu de deux endroictz, lesquelz j'ay expéciffiez au Sr de Vassal, il ne luy en advint beaucoup de mal; bien desire qu'en ce que Leurs Majestez vouldront parler en leur conseil des gens de bien et principaulx de ce royaulme, qui desirent la continuation de la paix, et l'entretennement des trettez d'entre la France et l'Angleterre, et la restitution de la Royne d'Escoce, qu'ilz luy facent l'honneur de le nommer toutjour des premiers.