Leurs Majestez ont veu de quelle façon j'ay procédé ez affères de la Royne d'Escoce, et parce qu'il semble adviz à la dicte Dame que je me repose trop sur les parolles de la Royne d'Angleterre, et que par icelles je pourrois interrompre le bon secours qu'elle attend du Roy, elle m'a escript: dont Leurs Majestez, s'il leur playt, orront là dessus le dict Sr de Vassal, et me manderont par luy comme j'en auray à user, et si le Roy trouvera bon que, de sa part, je face instance à la Royne d'Angleterre de restablyr, dans ung moys, la Royne d'Escoce en son estat par la voye du tretté, en s'acommodant entre elles mesmes de leurs différans, ou bien luy bailler son secours pour estre remise; et, à faulte de ce fère, que la dicte Royne d'Angleterre trouve bon que le Roy luy baille le sien, soubz bonne seurté qu'il ne portera aulcun dommaige ny à la Royne d'Angleterre, ny à son royaulme, ny n'usera par mer, ny par terre, vers elle, ny vers les Anglois, sinon comme avec bons amys, allyez et confédérez, pourveu qu'ilz facent de mesmes.
Au regard de l'adviz, qu'on a donné au Roy, de l'entreprinse de Callais, je pense avoir toutjour mandé à Sa Majesté ce qui en a esté ordinairement proposé à ceste Royne et à son conseil, despuys que je suys par deçà, et les choses n'en sont pas passées plus avant. Il est vray que milord Coban, despuys le xve d'aoust, a faict entendre à la dicte Dame que, si elle veult entretenir quelques compaignies, l'espace de deux ou trois moys, toutes prestes, en la coste de deçà, qu'il a promesse d'aulcuns, qui habitent dans la ville et territoire de Callais, lesquelz ont desjà prins argent de luy, de les mettre d'emblée dedans la dicte ville, et de surprendre Mr de Gordan, et de le luy randre prysonnier entre ses mains. A quoy la dicte Dame a respondu que son advertissement venoit tard, de tant que la paix estoit desjà conclue en France; et qu'il fauldroit rompre toutz les trettez et commancer, à ceste heure, qui est bien hors de sayson, une grosse guerre; en quoy je suplie très humblement Sa Majesté de regarder s'il sera bon que la garnyson du dict Callais soit changée, puisque les choses en sont en cest estat.
Touchant l'intention, que le Roy d'Espaigne a sur les choses de ceste isle, il se descouvre, de plus en plus, qu'il dellibère d'y fère quelquefoys ung essay, quant il en aura le moyen; car il a mandé à son ambassadeur qu'il entretienne les plus vifves qu'il pourra, les bonnes intelligences qu'il a dans le pays, et que, quant bien on le vouldroit renvoyer, qu'il ne bouge en façon du monde de sa charge, jusques à ce que tous les différans de ces prinses soyent vuydez; et, quant au faict de la Royne d'Escoce, que le duc d'Alve a commandement résolu de la secourir, mais ne dict en quelle façon; seulement le dict ambassadeur inciste qu'elle se veuille mettre ez mains du dict duc, et que, sans doubte, il pourvoirra à ses affères et à sa restitution.
La Royne d'Angleterre, vivant en très grand deffiance du Roy d'Espaigne, et en peu de confiance du Roy, a mandé à l'Empereur que, si l'archiduc Charles veult passer en Angleterre, qu'il y sera le très bien venu, et que n'estant demeuré la conclusion de leur mariage que sur le différand de la religion, elle espère que ses peuples luy accorderont l'exercice de la catholique à luy et à sa mayson très vollontiers, en contemplation de ce mariage. Et à quoy que aille ce jeu, car quelques ungs l'extiment plein de tromperie, la dicte Dame commance de publier qu'elle assemblera bientost ung parlement pour cest effect; et, en la dernière audience, elle m'a dict qu'elle n'avoit nul aultre regrect, sinon de n'avoir pensé à sa postérité, et comme je luy respondiz qu'il y avoit encores assés temps: «Je crains, dict elle, que mon temps ayt emporté la vollonté à ceulx qui y eussent vollu prétendre.»
Il y a ung certain personnaige prez de Leurs Majestez et de Monseigneur, qui escript assés souvent au secrétaire Cecille par aultre voye que celle de Mr Norrys, et naguières luy a envoyé deux lettres, lesquelles le Sr Espinolla et Fortivy luy ont baillées, par où il s'esforce merveilleusement de broiller les matières par deçà, et aigrir ceste princesse, et la mettre en grand deffiance du Roy; mais le plus souvant il luy représente des motz et des propos, qu'il dict que Monsieur a tenuz contre elle, tant en sa chambre que en ses repas: et, en toutes sortes, celluy là se monstre si malicieulx que ung Anglois, qui a communication des dictes lettres, lequel n'ayme pas beaucoup la France, mais ne vouldroit pourtant que la guerre se print entre les deux royaumes, m'en a faict toucher assés expressément ung mot, affin que j'advertisse Leurs Majestez, mesmement Monsieur, de fère observer qui peult estre celluy qui faict ung si mauvais office près d'eulx. Il ne se soubscript guières aux lettres, seulement il s'est une foys soubsigné Emanuel. Il y a en son cachet ung lyon rampant, et compose assés souvent ses lettres, partie en itallien, partie en françoys, et partie en latin. Il avoit mandé cy devant plusieurs choses, lesquelles, ayant esté trouvées manteuses, on n'y adjouxte grand foy; mais, despuys trois moys, ayant faict entendre à Mr Norrys que Leurs Majestez le feroient appeller pour luy tenir ung tel et ung tel propos, et estant ainsy advenu, il a fort regaigné son crédit.
Il a esté escript une lestre de ceste court en la contrée, dont les chefz m'ont esté raportez: c'est que la paix de France a esté conclue au préjudice et pour aller faire la guerre aulx Pays Bas; que le Roy ne prétend plus espouser la fille de l'Empereur, ains la sœur du Prince de Navarre, et donner Madame, sa sœur, en mariage au dict Prince de Navarre, ayant pour cest effect interrompu le propos du Roy de Portugal, et que Mr de Guyse avoit prétandu d'espouser Ma dicte Dame, sœur du Roy: à quoy Mr le cardinal de Lorrayne luy tenoit la main, dont toutz deux en sont mal veuz à la court.
CXXXIIe DÉPESCHE
—du Xe jour de septembre 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)