—du XVe jour de septembre 1570.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Me Lavaur Féron.)

Sortie en mer d'une partie de la flotte anglaise.—Explications données par Élisabeth sur la récente expédition du comte de Sussex en Écosse.—Nécessité de se montrer prêt en France à porter secours aux Écossais.—Message du cardinal de Chatillon à l'ambassadeur.

Au Roy.

Sire, lundy dernier, xıe de ce moys, le sire Charles Havart est sorty en mer avec dix grandz navyres seulement de ceste Royne et envyron trois mil cinq centz hommes dessus, envitaillez pour deux moys, dont les huict centz sont harquebouziers; le surplus de l'armement se va entretennant en petitz appareilz, sans y donner trop grand haste: dont semble qu'on se contantera d'honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne de ce nombre de dix vaysseaulx, sans en mettre davantaige dehors; et qu'on tiendra le reste de l'armée preste pour ung besoing, si d'avanture quelque ocasion survenoit, comme, à la vérité, ceulx cy ne se peuvent fyer ny aulx parolles ny aulx démonstrations du duc d'Alve. Néantmoins ilz ont, despuys la paix de vostre royaulme, changé de dellibération touchant les choses d'Espaigne, car ayant proposé, commant que ce fût, de renvoyer ou bien de resserrer estroictement l'ambassadeur d'Espaigne, j'entendz qu'ilz ont meintennant résolu en ce conseil de ne parler plus de cella, et que la Royne d'Angleterre se layssera conduyre à luy permettre de continuer son office vers elle, si son Maistre le requiert; bien qu'elle ne le peult avoir guières agréable parce qu'elle estime qu'il a dict et faict aulcunes choses directement contre elle et contre l'estat de son pays.

Au regard de ce que j'avois escript à la dicte Dame, et aulx seigneurs de son conseil, de me fère rayson et réparation du dernier exploict, que les Anglois ont faict en Escoce, la dicte Dame m'a mandé que je ne vouldray estre si inique juge que de condampner l'une des parties sans l'ouyr; et que je n'imputeray la coulpe de ce faict au comte de Sussex son lieuctenant, quant j'entendray que milord Herys et aultres, de la frontière d'Escoce, sont venuz accompaigner en armes les rebelles de ce royaume pour courre et piller de rechef la frontière d'Angleterre, et fère de telles insolances qu'ilz ont donné de très grandes occasions au dict de Sussex de leur courre sus; choses toutesfoys qu'elle m'asseure estre advenu sans son commandement et sans l'ordonnance de son conseil, et en laquelle le dict de Sussex a procédé de luy mesmes, mais avec telle modération qu'il n'a touché qu'à ceulx qui l'avoient provoqué, dont le dommaige n'est pas grand, et il s'est desjà retiré; et elle luy a mandé qu'il ne passe plus oultre, parce qu'elle est résolue de pourvoir par le tretté à toutz ces différans, qu'elle a avec la Royne d'Escoce et son royaulme, ainsy que desjà elle a ordonnée à maistre Mildmay et au secrétaire Cecille d'aller, pour cest effect, devers la dicte Dame; et, en ce qu'il semble que je me voulois atacher à sa parolle et promesse, qu'elle me veult bien dire que je n'ay heu nulle occasion et ne l'auray jamais de me plaindre qu'elle ne me l'ayt toutjour randue véritable, me priant de vous donner là dessus, Sire, ceste mesmes satisfaction de l'expédition de son lieuctenant, affin que Vostre Majesté ne la preigne en pire part qu'elle n'est. Qui est tout ce que la dicte Dame et ceulx de son conseil ont respondu à ce que je leur avois escript.

Or, Sire, il semble bien par aulcunes coppies de lettres, que j'ay veues du dict de Sussex, et par ce que Mr le comte de Lestre m'en a faict entendre, que ceste entreprinse est advenue sans le sceu de la dicte Dame, et qu'elle n'en est guières contante; tant y a qu'on ne désadvouhe pour cella le dict de Sussex, lequel a son garant en court, et il a cependant porté beaucoup de dommaige d'avoir abattu sept ou huict maysons nobles et faict le gast partout où il a passé dans le pays. L'aparance est que ceste princesse veult en toutes sortes passer oultre au dict tretté, meue de l'apréhention du dangier, où il luy semble qu'aultrement elle va tumber, lequel les ennemys de la Royne d'Escoce n'ont de quoy le luy pouvoir meintennant effacer; mais ilz la font opiniastrer à des condicions trop dures, comme d'avoir le Prince d'Escoce entre ses mains, quelque place et des ostaiges; dont ceulx, qui entendent bien les affères, estiment que, pour les bien effectuer, il est requis que la dicte Dame sente vostre secours en Escoce, ou au moins si prest d'y passer qu'elle ne le craigne moins que s'il estoit desjà par dellà.

Je n'ay encores peu savoir quelle est la commission du sire Guilhaume Stuard, lequel le comte de Lenoz a envoyé; bien m'a l'on dict qu'il asseure que les seigneurs d'Escoce ont desjà ordonné quelques depputez pour venir icy, mais nous incisterons qu'on passe oultre sans les attandre. Sur ce, etc. Ce xve jour de septembre 1570.

Ainsy que je fermoys la présente, Mr le cardinal de Chatillon m'a envoyé visiter et dire qu'il avoit esté se conjouyr de la paix avecques la Royne d'Angleterre, et que bientost il retournera prendre congé d'elle pour aller trouver Voz Majestez; mais qu'avant partyr il ne fauldra de me venir saluer, comme ambassadeur de son Roy et Maistre, et prendre le diner en mon logis; et qu'il desiroit bien entendre, comme procédoient les choses de la dicte paix en France, parce que plusieurs attandoient de le sçavoir pour s'y retirer. J'ay respondu qu'il y avoit assés longtemps que je n'avois point heu de dépesche, mais que je sçavois bien que Voz Majestez donnoient bon ordre que la paix prînt establissement et durée, dont vous plairra me commander comme j'auray à me gouverner et conduyre envers le dict Sr cardinal et aultres Françoys qui sont par deçà.

CXXXIVe DÉPESCHE