—du XIXe jour de septembre 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon.)
Nouvelles de la flotte.—Négociation avec l'Espagne.—Affaires d'Écosse.—Incertitude où sont les protestans français de savoir s'ils peuvent rentrer en France.—Nouvelles d'Allemagne.
Au Roy.
Sire, estans sortys les dix navyres de la Royne d'Angleterre soubz la conduicte de sire Charles Havart, ainsy que je le vous ay mandé par mes précédantes, ilz se tiennent meintennant parez en la coste de deçà, attandans que la flotte de Flandres se mette à la voyle, et demeurent ceulx cy assés persuadez que le passaige de la Royne d'Espaigne sera paysible, sans rien attempter en nul de leurs portz; mais ilz craignent grandement qu'estant arrivée par dellà, le retour de l'armée ne soit à leur dommaige, et qu'on n'y embarque des Hespaignolz pour fère quelque descente en Irlande, ou bien ez quartiers du North d'Escoce, ou en quelque aultre endroict de ceste isle, attandu mesmement que milord de Sethon et ung frère du Sr de Ledinthon sont passez en Flandres, et qu'on dict que le comte de Vuesmerland et la comtesse de Northomberland sont arrivez devers le duc d'Alve, et que plusieurs fuytifz de ce royaulme sont en l'armée, qui va conduyre la Royne d'Espaigne; dont a esté miz icy ung nouvel ordre de tenir si pretz les aultres grandz navyres de ceste Royne qu'il n'y puysse avoir une seule heure de retardement, quant ilz seront commandez de sortyr, et ordonné d'augmenter les vivres, qui y sont nécessaires pour quelque moys davantaige; bien que la dicte Dame et les seigneurs de son conseil se contantent bien fort des bonnes responces, que le dict duc d'Alve a faictes au jeune Coban, en ce mesmement que, luy ayant faict pleincte de l'ambassadeur d'Espaigne, de ce qu'il avoit dédeigné de venir devers iceulx seigneurs du conseil, et qu'à ce moyen l'accord de leurs différans avoit esté retardé, il luy a respondu que l'ambassadeur avoit quelque rayson de n'avoir vollu complayre du tout à ce que les dicts du conseil luy avoient mandé, parce qu'ilz avoient usé de trop dures formalitez envers luy, et ne l'avoient, il y a tantost deux ans, tretté ny recogneu pour ambassadeur, et mesmes ceste foys avoient envoyé des aldremans devers luy comme s'il eust esté crimineulx; néantmoins qu'il luy escriproit de ne fère plus de difficulté de convenir avec eulx, toutes les foys qu'ilz le feroient appeller pour tretter des affères d'entre le Roy, son Maistre, et la Royne d'Angleterre; et ainsy l'a escript le dict duc au dict ambassadeur, de sorte qu'ilz vont, de chacun costé, cerchant les moyens de renouer leurs affères et d'acommoder leurs différans.
La malladie du secrétaire Cecille a donné quelque retardement aulx affères de la Royne d'Escoce; néantmoins l'on avoit desjà ordonné à sire Quainols de s'aprester pour aller avec Me Mildmay devers la dicte Dame, mais se trouvant le dict secrétaire Cecille meintennant ung peu mieulx, le voyage luy est réservé; et cependant milor de Sussex a escript que les seigneurs escouçoys, du party de la Royne d'Escoce, ont tenu une grande assemblée sur les choses que nous leur avions mandées par milor de Leviston, et qu'ilz y ont prins une résolution, laquelle ilz envoyent fère entendre à la Royne d'Angleterre par le dict mesmes Leviston et par aultres leurs depputez, lesquelz il attandoit du premier jour en la frontière pour leur bailler saufconduict de passer plus avant. Et mande néantmoins le dict de Sussex que, en Escoce, l'on ne s'attend guières d'avoir secours de France; tant y a qu'on m'a dict que madame de Norrys s'est pleincte grandement à la Royne sa Mestresse de ce que le dict de Sussex est rentré en Escoce, parce qu'ayant son mary asseuré Vostre Majesté que cella ne se feroit point, elle craint que ne vous en preigniez meintennant à luy, et que ne le faciez arrester et resserrer.
Les Françoys, qui sont icy, se préparent pour retourner toutz en leurs maysons: il est vray qu'entendans qu'à Roan, à Dieppe, à Callais, et en quelques aultres endroictz, l'on faict difficulté de les recepvoir, il y en a quelques ungs qui demeurent en suspens, dont envoyent devers moy pour sçavoir comme ilz en auront à user; et je leur répond que je n'ay pas de plus expresse déclaration de vostre intention là dessus que celle qui est contenue par vostre éedict, et que, de ma part, je ne voy qu'ilz ayent nulle occasion de doubter. Je ne sçay si cella sera occasion que Mr le cardinal de Chatillon prendra le chemin de la Rochelle pour voir, de là en hors, comme il se pourra asseurer de l'establissement de la dicte paix. Mr le vydame, à ce que j'entendz, part dans deux jours et va passer ou à la Rye, ou à Callais; et, de tant, Sire, qu'on donne entendre à aulcuns merchans voz subjectz, qui poursuyvent encores icy la restitution de leurs biens, que tout le faict des déprédations est remiz par vostre éedict, il vous plairra me commander ce que je leur en auray à respondre, affin qu'ilz ne facent dorsenavant la poursuyte en vain.
Il semble que le Sr de Chantonay, escripvant icy à l'ambassadeur d'Espaigne, luy ayt mandé que l'Empereur n'aprouve guières la paix de France, comme ne l'estimant de durée; et que la diette se prolongera beaucoup oultre le moys d'octobre; et que les fianceailles de Vostre Majesté se feront avant la Toutz Sainctz, sans toutesfoys qu'on y attande pour cella la venue de Monseigneur vostre frère, mais plustost celle de monsieur de Lorrayne; et que, estant le comte Pallatin à Espire, il a entendu que ses ministres avoient presché publiquement l'arrianisme à Heldelberc, dont il dellibéroit d'aller réprimer une telle inpiété, mais qu'il fauldroit qu'il corrigeât premier la sienne. Sur ce, etc. Ce xıxe jour de septembre 1570.