Je suis contrainct pour des nouveaulx advis qu'on me vient de donner, touchant les cinq places, dont vous ay cy devant faict mencion: de Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hâvre et Cherbourg; de vous supplyer, de rechef, très humblement, qu'il vous playse de renforcer les garnisons et advertyr les gouverneurs de prendre bien garde à eulx, car il y a entreprinse sur une chascune des dictes places.

Je remercye très humblement Vostre Majesté de la compassion, qu'il luy a pleu avoyr enfin de moy, de m'ordonner ung successeur pour me retirer de ce long exil. Je mettray peyne de laysser ceste négociation à celluy qui viendra, en si bon ordre, qu'il ne s'y pourra cognoistre de mutation sinon en mieulx, en ce que je ne doubte qu'il n'y apporte plus de suffizance que je n'en ay heu; et je réserveray ce qui me reste de vye pour le mettre et exposer à jamays pour vostre service. Sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de décembre 1574.

A la Royne

Madame, par ung de ceulx que j'avoys envoyé à Amthoncourt pour observer ce que milord de North rapporteroit de France, et pour notter quelle satisfaction il feroit prendre à la Royne, sa Mestresse, des choses de dellà, j'ay sceu qu'il avoit meslé, parmy les bonnes choses et bien honnorables qu'il avoit dictes de Voz Très Chrestiennes Majestez, aulcuns si malplaysantz et si fascheux rapportz d'elle et de la court, que la dicte Dame restoit extrêmement picquée et offancée. Et, sur cella, l'estant allé trouver pour luy oster cette malle impression, elle s'est advancée de descharger son cueur, et monstrer, par des parolles qu'elle a dictes, desquelles je ne suis demeuré contant, qu'elle l'avoit bien fort ulcéré, et que la partye estoit toute dressée, et aulcuns de son conseil l'avoient tramée, pour fère qu'elle passât à quelque poinct de ropture avec Voz Très Chrestiennes Majestez.

Dont, après luy avoyr, tout franchement et hault, respondu, mot par mot, à ce qu'elle m'avoit dict, sellon que par mes premières je feray le discours du tout à Vostre Majesté, j'ay esté contrainct de luy uzer de la remonstrance que je déduictz en la lettre du Roy, laquelle m'a semblé que luy a ouvert les yeulx, et luy a faict comprendre qu'on vouloit artifficieusement l'attirer à ceste guerre des eslevez; si bien qu'avant que je soye bougé d'avec elle, j'ay emporté une assez bonne espoyr et encores une plus expresse déclaration de son intention: que très difficilement se layrra elle embrouiller en leurs entreprinses, aulmoins elle y résistera le plus longtemps qu'elle pourra; et, si envoyez bientost requérir la confirmation de la ligue, j'ay grande espérance que toutz les aultres poursuyvantz demeureront exclus. Dont, pour mon regard, Madame, je prépareray à ces deux gentilzhommes qui viendront, l'ung pour la dicte confirmation, et l'autre pour résider, tout ce qui se pourra fère pour obtenir l'effect de ce qu'aurons à requérir pour le service de Voz Très Chrestiennes Majestez, vous remercyant très humblement, Madame, de la souvenance qu'il vous a pleu avoyr enfin de me fère ordonner ung successeur pour me retirer d'icy. Et sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de décembre 1574.

CCCCXXIVe DÉPESCHE

—du XXIIIIe jour de décembre 1574.—