Sur quoy, elle, assez troublée et pleyne d'indignation, a mandé ses plus privés conseillers pour leur communicquer ce fascheux rapport, et le juste malcontantement, qu'elle avoyt, que le Roy et sa court luy eussent rendu honte pour l'honneur qu'elle luy avoit envoyé fère.
Et là dessus se sont prinses des dellibérations que je n'ay peu toutes descouvrir; mais voicy ce qui en est venu à ma cognoissance:
Que, en premier lieu, il a esté mandé à Me Wilson, à Bruxelles, de s'employer, le plus vifvement qu'il pourroit, et employer le nom et crédict de la dicte Dame, pour fère venir bientost les choses en accord avec le prince d'Orange, et de renouveller comment que ce soit, et le plus estroictement qu'il luy sera possible, les anciens entrecours d'entre ce royaulme et les Païs Bas;
Que des cappitaynes angloix ont esté mandez à Ampthoncourt pour leur accorder quelque entretènement, et les assurer qu'ilz seront bientost employez, et qu'ils ayent cependant à advertyr leurs gens de se tenir prestz; et a l'on aussy creu la pencyon à quelques cappitaynes italyens qui sont en ceste ville;
Qu'on a envoyé ung gentilhomme devers Mr de Méru, qui a longuement conféré avecques luy; et, après qu'il a esté départy, le dict Sr de Méru s'est trouvé si surprins d'ayse qu'il ne s'est peu tenir de dyre que la dicte Dame et ceulx de son conseil avoient envoyé luy fère la conjouyssance de ce que milord de North rapportoit: qu'ung grand nombre de seigneurs, et gens de bonne mayson et gentilzhommes de France, avoient commancé de manifester la bonne affection qu'ils portoient à la mayson de Montmorency, et que Mrs l'admiral de Turenne et de Ventadour, de Carses, de Limreilh et plusieurs autres s'estoient déclarez ouvertement pour eulx; et que le maréchal Dampville avoit troys mille chevaulx et dix huit mille harquebuziers en campagne, et que le mareschal de Retz, qui avoit voulu marcher vers ces quartiers là, s'estoit trouvé si foible qu'il avoit esté contreinct de se retirer, et mander au Roy qu'il le supplyoit de s'advancer pour renforcer son armée; que beaucoup de gens abandonnoient l'armée du Roy, et que Monsieur le Prince Daulfin s'estoit retiré fort malcontant, que Monsieur le Prince de Condé armoit et avoit espérance d'entrer bientost avec dix mille reytres en France; et que, en Provence, Daulfiné et Languedoc, ne restoit plus qu'une seule ville que toutes n'eussent adhéré aulx eslevez, ou pour la cause de la religyon ou pour l'autre prétendue du bien public.
Et, à deux jours de là, le dict Sr de Méru est allé à Hamptoncourt, avec le cappitayne La Porte, et le cappitayne Chat, lesquels deux j'entendz qu'ont faict la cenne avec les Protestantz, mais luy demeure catholicque; et ont esté fort bien et fort privéement caressez;
Que les ministres se sont assemblés en conseil pour dellibérer de ce qui estoit à fère sur ung concours de tant de nouvelles; et m'a l'on rapporté qu'il a esté résolu entre eulx qu'il sera dépesché ung homme exprès, vers ceulx qu'ils sentent estre de leur party et mesmement vers les principaulx et plus grands, pour les admonester de prendre, à ce coup, les armes, et que le poinct est venu qu'il n'y aura jamays plus envers Dieu et les hommes aulcune excuse pour eux, s'ilz ne se déclarent maintenant, et s'ilz ne sont dilligentz à susciter bientost les soublévations et révoltes qu'ils sçavent estre secrettement formées en divers endroictz du royaulme, de sorte qu'il n'y ayt province où il n'y en apparoysse quelqu'une;
Que, par mesme moyen, ils ayent à se saysir du plus grand nombre de places qu'ilz pourront, et, par exprès, d'aulcunes sur la mer de deçà, le long de Picardye et de Normandye, affin d'attirer les Angloix à ceste guerre, car lors ils se déclareront indubitablement pour eulx;
Que les praticques qui sont tramées, de longtemps, sur Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hâvre et Cherbourg, seront tantées; en quoy se parle qu'il y a des habitantz, aulxquelz on a promis cinq centz escus de rante à chascun, dans ce royaulme, pour introduyre les Angloix dans leurs villes; et qu'on doibt conduyre l'entreprinse par des navyres marchands, où y aura des harquebouziers et gens de guerre cachez, lesquelz, avec leurs intelligences, se rendront mestres des portes; et qu'en mesmes temps y aura partye faicte, dans les dictes villes, pour tuer les gouverneurs et cappitaynes;
Et qu'en effect la guerre s'allumera par toutz les coings et endroictz du royaulme, pour obtenir ceste foys l'édict irrévocable de janvyer, avec de si bonnes places et lieux de seureté, qu'ilz n'auront jamays plus à creindre qu'on leur viegne forcer ny leurs vyes ny leurs consciences; et que le Roy et la Royne, sa mère, se trouveroient si perplex que, de la pluspart de ceulx qu'ilz se voudroient servir, ou qu'ilz voudroient retenir près d'eulx, ou bien les employer en légations et charges, ilz ne les réputeront fidelles; et, s'il est possible, ilz persuaderont ceulx de ce conseil de fère que ceste princesse monstre quelque ressentiment, de parolle ou d'effaict, sur les susdictz rapportz de milord de North, affin de venir en ropture avecques le Roy.