ADVERTISSEMENT D'AULCUNES CHOSES
à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:

Que ceste princesse, depuys l'advènement du Roy à la couronne, s'est rendue bien fort curieuse de monstrer que, pour chose qui ayt passé cy devant entre eulx, elle ne se tient offancée de luy, et n'a opinyon qu'il se tienne aussy en rien offancé d'elle, affin que le fondement ne deffaille entre eulx de pouvoir mutuellement renouveller les traictez de paix et d'amityé qu'ilz ont l'ung avecques l'aultre.

En quoy, encor qu'il y ait ou y puisse avoyr, sellon aulcunes non légères conjectures, de l'artiffice autant que de vérité, si est il bien certain que la résolution a esté une foys prinse par la dicte Dame, au cas qu'elle peût trouver de la correspondance au Roy, qu'elle persévèreroit très constamment vers luy, ainsi qu'elle avoit persévéré vers le feu Roy, son frère;

Mais l'on luy a suscité des escrupulles non petites pour la divertyr de ce bon propos, car, oultre la contrariété de la religyon et autres choses, que j'ay cy devant mandées, l'on luy a faict tomber ung advertissement entre meins, comme venant de Flandres, mais j'estime que quelque ministre l'ayt inventé, que le Roy adhérant soubz main à la guerre que le Turc mène si aspre au Roy d'Espaigne, il prétend, après l'avoyr bien travaillé par là, de luy courir sus au duché de Milan, et que desjà la jalousie en estoit si grande, en Italye, qu'on n'avoit voulu octroyer le passage aux forces de pied et de cheval que le Pape luy offroit pour la guerre de France;

Et que Mr de Savoye avoit donné parolle au Roy d'Espaigne qu'il ne les permettroit aulcunement passer par ses terres;

Et ont meslé, parmy le dict advertissement, que, par aulcuns mémoyres du dict duc de Savoye, l'on avoit descouvert que véritablement le Roy avoit accepté du Pape le droict de conqueste de ces isles de deçà, qui se sont substrettes de l'obéyssance de l'église rommayne, en la forme que le feu Pape et le consistoyre en avoient octroyé l'investiture au Roy d'Espaigne, avant qu'il entrât en ceste guerre du Turc;

Et qu'indubitablement le Roy avoit promis, pour l'effet de cella, de fère descendre en Escosse six mille harquebuziers italiens, quatre mille françoys et quinze centz chevaulx, pour, avec plus grandes forces, après qu'il auroit avec celles icy réduict l'Escosse, passer plus avant, et entreprendre, en personne mesmes, la plus forte et la plus aspre guerre en Angleterre, avec l'ayde des Catholicques, qu'on y ayt jamays veu;

Et que, pour s'attribuer, le Roy, plus de droict en cella, il prétandoit d'espouser la Royne d'Escosse et fère valoir le transport du tiltre d'Angleterre que, de longtemps, elle luy a faict, et de poursuyvre si vifvement ceste entreprinse qu'il l'eût menée à fin avant le bout de deux ans;

Mais que le roy d'Espaigne se dellibéroit de luy susciter tant d'affères d'ailleurs, et luy tirer la guerre intestine de la France en telle longueur, sellon qu'il en avoit assez de moyenz par le Languedoc, et par diverses intelligences dans le royaulme, que, si la Royne d'Angleterre se vouloyt aider, de son costé, on feroit aysément escouter au Roy ses forces et ses finances, et ses bons hommes, et tout l'effaict de ceste grande fortune, qui lui ryoit si fort à ce commancement, pour avoyr assez que fère dans son royaulme, sans s'estendre ny en Italye, ny en Flandres, ny en Angleterre.

Et, là dessus, est arryvé milord de North, qui a faict à la dicte Dame d'aussy fascheux et malplaysantz rapportz qu'il est possible, non du Roy, car il n'a ozé estre si impudent, mais de tout le reste de sa court; et qu'il n'y avoit rien veu qui ne luy eût signiffyé une manifeste déclaration d'hayne et de malveillance contre elle et contre ce royaulme, racomptant ce que j'ay plus au long desduict ez lettres de Leurs Majestez, n'obmettant rien de ce qui pouvoit irriter et picquer jusques en l'âme ceste princesse, et luy rendre très suspecte l'amytié de Leurs Très Chrestiennes Majestez.