Je luy ay, par ma réplicque, si clèrement remonstré le peu de correspondance que sa responce apportoit à voz honnorables offres, et aulx honnestes satisfactions que luy aviés données, qu'il sembloit que mal volontiers, et à regret, elle accordât la dicte entrevue, et qu'elle eût comme à mespris, et quasy à honte, ce en quoy vous estimiés l'honnorer et defférer beaucoup à sa grandeur, et que je m'esbahissois comme elle ne s'appercevoit que c'estoit une imposture, par trop impudente, que de luy renouveller plus ce faulx rapport, qui estoit convaincu par le tesmoignage de Randolphe et par le pourtraict, et encores plus convaincu par l'offre de ce qu'on soubmettoit cella au jugement que ses propres yeux en pourroient fère; qui luy engagoys ma vye que, non seulement elle n'y verroit point de deffault, ains qu'elle y trouveroit tant de perfections qu'elle se repputeroit bien heureuse d'estre aymée d'un tel prince, et qu'indubitablement elle viendroit amoureuse de luy. Dont la suppliay qu'elle voulût amander sa responce, affin que vous en peussiés recevoyr plus de satisfaction.
Elle, soudain, appela les comtes de Lestre et de Sussex et les deux secrettères, Mrs Smith et Walsingam, pour leur fère entendre mon instance, sur laquelle, après qu'ilz eurent longuement débattu entre eulx, je ne peus, de toute leur déduction, tirer rien de mieulx que devant, parce que desjà elle avoit mandé à son ambassadeur de vous dire le mesmes que je vous avois escript; sinon, quand au passeport, qu'elle ne luy avoit donné aulcune charge de vous en parler, mais elle me confirma, de rechef, qu'aussytost qu'auriés résolu la dicte entrevue, ainsy en privé, qu'elle ne faudroit de me la fère bailler très honnorable et bien seur, et qu'au reste elle vous rendoit beaucoup de mercys de la tant ample satisfaction que luy avés donnée à ses escrupulles, et de ce que n'en aviés voulu prendre d'elle; qui vous prioit de croyre, Sire, qu'elle n'avoit presté, ny presteroit jamays, l'oreille à praticque quelquonque qui se fît jamays contre vostre estat, et qu'elle estoit très ayse qu'eussiés prins à cueur le traffic de ses subjects en vostre royaulme, comme elle feroit le semblable pour les vostres par deçà; et ne sçavoit à quoy il pouvoit tenir qu'on n'eût desjà conclud ce faict entre les deux pays, comme il estoit porté par le traicté; et ne vouloit, pour la fin, oublyer de vous fayre ung très expécial mercyement pour Me Vuarcop son pensyonnayre, pour lequel elle ne s'estimoit moins gratiffiée, en ce que feriés pour luy, que si la plaincte touchoit à elle mesmes.
Et, après que je me fus ainsy licencié d'elle, j'entretins longuement ses conseillers sur ce que vous trouveriés peu de satisfaction en la responce qu'elle vous avoit ceste foys faicte; mais ilz me dirent qu'il y avoit des considérations qui la contreignent de protester ainsy ces choses premier que de passer plus avant, et qu'ilz ne peuvent encores que fort bien espérer de tout l'affère, me déduysant plusieurs raysons là dessus: lesquelles, pour estre trop longues, je les remettray à une aultre foys, pour adjouxter seulement, icy, Sire, que j'ay baillé à la comtesse de Montgommery les provisions qu'avés octroyées à son mary, laquelle s'en est resjouye infinyement, et les luy a envoyées incontinent, à Gerzé, d'où il en fera la responce et le très humble mercyement à Vostre Majesté. Et sur ce, etc.
Ce IXe jour de febvrier 1574.
A la Royne
Madame, après avoir debbatu à ceste princesse la forme de sa responce, en la façon que je mande en la lettre du Roy, et trop plus amplement et plus vifvement que je ne le puis pas mander, je l'ay curieusement observée si, en aulcunes de ses parolles, ou de ses contenances, je pourrois noter qu'elle se fût alliennée du propos de Monseigneur, vostre filz; mais, ou soit qu'elle le sçache bien cacher ou bien qu'il soit ainsy, je n'y ay peu cognoistre sinon la mesmes bonne disposition qu'elle a tousjours monstrée vers luy. Dont luy ay touché, en passant, si elle n'entendoit pas que les mesmes articles, qui avoient esté desjà trouvés bons au propos du Roy de Pouloigne, restassent entiers et accordés pour Monseigneur le Duc, et si elle luy feroit pas l'honneur, au cas qu'il vînt par deçà, et qu'ilz se peussent complère, de l'espouser, sans luy donner la peyne de repasser la mer, attandu que ce ne seroit par procureur, ains en personne, qu'il luy viendroit offrir son service. A quoy elle m'a respondu que je ne demandois rien qui ne fût raysonnable, sinon en ce que je pressois un peu trop l'affère, d'aultant qu'il failloit que le mariage fût publicque et solennel, là où l'entrevue seroit privée, et, entre peu, dans une salle. Dont j'estime, Madame, que, si Voz Majestez se résolvent à la dicte entrevue, en privé, car je ne pense point qu'on en puisse obtenir d'aultre, qu'il sera bon que vous réserviés de la fère en la plus commode et honnorable façon que vous jugerés convenir à vostre grandeur, et à la dignité de Mon dict Seigneur, vostre filz; et que les deux pointz, dessus, soient gaignés, premier qu'il passe, affin de prendre tousjours pied, et avoyr des arres, sur ceulx qui artifficieusement subtilisent par trop les points de cest affère, et qui espèrent par là le mener à rupture. Dont vous plerra en toucher quelque mot à l'ambassadeur de la dicte Dame, et le disposer d'escripre tousjours en bonne sorte par deçà, car ses lettres n'y peuvent estre sinon utilles; et me commander, au reste, par le retour du Sr de Vassal, l'ordre qu'il vous plerra que je preigne, car je ne fauldray de bien entièrement l'observer. Et vous remercye très humblement, Madame, de la favorable recordation qu'il vous a pleu avoyr de moy, vers le Roy, pour me fère retenir de son privé conseil, chose que je reçoys en plus grand heur que nulle aultre qui m'eût peu venir de l'élection et bénefficence de Voz Majestez, et en laquelle je regrette infinyement que mon insuffisanze m'en oste le mérite; mais j'espère y apporter tant de dilligence et de fidellité que Vostre Majesté ne se repantira de son bienfaict, pour lequel ce qui me reste de vye sera pour jamays employé à vostre service, aydant le créateur auquel je prye, etc.
Ce IXe jour de febvrier 1574.
CCCLXVe DÉPESCHE
—du XVe jour de febvrier 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)