Elle a réplicqué que je luy ferois tort, si je ne croyois fermement qu'elle cherchoit de vous pouvoir complère, et de fère que Monseigneur le Duc et elle peussent estre maryés ensemble, car c'estoit ce qu'elle en avoit résolu, et son conseil en estoit bien d'accord avec elle. En quoy elle cognoissoit bien que l'entreveue estoit tousjours fort nécessayre, et, possible, plus pour luy que pour elle; mais que, de la fère publicque, il fauldroit que Monseigneur le Duc y vînt en magnifficence, pour estre tel prince comme il est, et que pareillement elle en uzât beaucoup pour le recevoyr; en quoy concourroient non seulement les yeulx de la France et de l'Angleterre, mais toutz ceulx de la Chrestienté: et si, puis après, le mariage ne succédoit, il y auroit de la matière de discours, et encores, possible, d'offance, beaucoup plus que si elle et luy se voyoient privément, car s'assuroit que si, après s'estre veus ainsy, il restoit aulcune occasion de se plaindre de quelque costé, que ce seroit du sien.

Et, sans que je l'aye peu mouvoir de ceste opinyon, elle s'est, mise à discourir des façons comme il pourroit venir incognu, et comme elle s'approcheroit vers la mer pour estre plus à propos; dont, de ses discours et de ceulx qu'aulcuns de ses conseillers m'ont faict depuis, je laysse au sieur de Vassal à qui je les ay commis, de vous en rendre compte. Et sur ce, etc.

Ce IIIe jour de febvrier 1574.

CCCLXIVe DÉPESCHE

—du IXe jour de febvrier 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Audience.—Négociation du mariage.—Insistance d'Élisabeth, malgré les réclamations de l'ambassadeur, pour que l'entrevue ait lieu secrètement.

Au Roy.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre sceu par milord trésorier, lequel, après estre guéry, est, ces jours icy, retourné à la court, que je ne me tenois assez bien satisfait de la responce qu'elle m'avoit faicte, ny de la lettre qu'on m'avoit depuis escripte, elle a baillé charge à Mr Walsingam, venant en ceste ville, de m'y donner quelque si bonne interprétation que j'en peusse rester contant; mais, entendant que je debvois aller retrouver la dicte Dame, il a mieulx aymé que ce fût d'elle que je la receusse que non pas de luy. Et ainsy, après que j'ay eu faict part à la dicte Dame de toutes les particullarités de vostre lettre, du XVIIIe du passé, et mesmement de ce qu'aviés réduy les princes et seigneurs de vostre conseil à procéder, dorsenavant, d'ung bon accord aulx choses de vostre service; et du bon ordre qu'aviés commancé restablyr en vostre royaulme; et de la paciffication qu'espériés bientost du costé du Languedoc, sellon les bonnes nouvelles qu'en aviés freschement receues; aussy de celle qui continuoit vers la Rochelle, et comme l'alarme que s'estoient donnée ceulx de la ville se trouvoit de peu de fondement, dont ceulx qui y avoient accouru s'en estoient desjà retournés presque toutz en leurs maisons; et que néantmoins vous y aviés dépesché Mr de Saint Suplice pour examiner bien le faict, et y fère droictement observer l'édict; luy touchant, à ce propos, ce qui s'estoit entendu, qu'on eût traicté avec elle d'envoyer des forces par dellà, mais que vous n'en aviés rien creu, comme aussy il n'en estoit besoing, veu l'honnesteté dont me commandiés luy offrir beaucoup plus grand chose que cella; puis des remonstrances que son ambassadeur vous avoit faictes pour le commerce des Angloys en vostre royaulme, et pour y avoyr justice et pour leur y estre les anciens privilèges restitués, et pour la satisfaction d'aultres leurs pleinctes du présent, en quoy soubdain vous aviés commandé fère des dépesches à Roanet et ez aultres endroicts pour y pourvoir; je suis enfin venu à luy dire que, touchant le propos du mariage, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, vous estiés infinyement resjouys de deux choses que je vous avois escriptes: l'une est que Me Randolphe luy eût, par son rapport et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, donné pleyne satisfaction de ce qu'elle avoit desiré sçavoyr, du visage et de la disposition de Mon dict Seigneur, contre les faulx rapports qu'on en avoit faicts; l'aultre, que, sellon les propos que j'avoys depuis ouys d'elle, et sellon ceulx que ses deux conseillers m'en avoient tenus, je vous avois faict espérer qu'elle vous feroit une bonne responce. Dont me commandiés que je la conjurasse bien fort de la vous vouloir fère bientost, ainsy bonne et favorable, comme vostre longue attante et vostre persévérance, et les honnestes satisfactions que vous estiés tousjours efforcée de luy donner, et la conjoincte et constante bonne affection de toutz trois vers elle, la vous faisoient justement mériter.

A quoy elle, monstrant ung singulier plaisir des susdictes particullarités, lesquelles luy avoient osté les souspeçons, où l'on l'avoit volue mettre de vostre costé, m'a respondu plusieurs honnestetés, sellon sa coustume, de la confiance qu'elle prenoit, de jour en jour, plus grande de vostre amityé, et de la parfaicte assurance que vous vous deviés donner pour jamays de la sienne. Et puis, sur le propos de Monseigneur le Duc, m'a dict qu'elle avoit esté en peyne d'entendre que je n'eusse ainsy bien prins sa responce, comme elle pensoit me l'avoyr faicte fort bonne, sellon que j'avoys bien cognu que la perplexité, où l'avoient mise aulcuns, qui avoient naguyères veu Monseigneur le Duc, (lesquels, pour l'acquit de leur loyaulté, s'estoient venus descharger vers elle de ce qu'elle m'en avoit desjà dict), ne portoit pas qu'elle me peût parler plus ouvertement et plus cordiallement qu'elle avoit faict; car estimoit toucher à son honneur, premier que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, azardissiés la venue de Mon dict Seigneur par deçà, qu'elle vous deût clèrement mander tout ce qu'on luy en proposoit, et ce qu'on luy en faysoit craindre. Mais, affin que ne prinssiés argument qu'elle n'eût procédé tousjours fort sincèrement en cest endroict, et qu'elle ne desirât de bon cueur le mariage, s'il plaisoit à Dieu que eulx deux se peussent complayre, et que ne tombissiés en aulcune malle satisfaction d'elle, elle vous avoit bien voulu, de rechef, accorder l'entrevue, en privé, pour estre néantmoins, premier, bien considéré de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et entièrement réglé par l'opinyon que pourriés avoyr que, nonobstant ceste nouvelle confirmation de rapport, la présence seroit pour donner bon succès au mariage: car si ne l'aviés telle, comme aussy, si elle ne s'en estoit réservée une bien bonne espérance vers elle, elle vous supplieroit fort franchement, et de la plus grande affection de son cueur, que vous volussiés déporter entièrement de la dicte entrevue, affin de n'azarder rien de ceste tant bien fondée amityé et confédération, où elle se retrouvoit maintenant avec Vostre Majesté et avec vostre royaulme.