Ce XXVIe jour de janvier 1574.

CCCLXIIIe DÉPESCHE

—du IIIe jour de febvrier 1574.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal.)

Audience.—Réponse d'Élisabeth sur la négociation du mariage.—Consentement donné par elle à l'entrevue sous la condition qu'elle sera tenue secrète.

Au Roy.

Sire, après que j'ay eu donné une si ample satisfaction à milord trézorier, et au comte de Sussex, sur les escrupulles dont la Royne, leur Mestraysse, m'avoit parlé, qu'elle et ceulx de son conseil ont confessé que c'estoit assés, elle m'a mandé venir, le XXVIIe du passé, à Hamptoncourt; où, d'arrivée, elle m'a grandement remercyé de la franchise, dont j'avoys uzé, à communicquer le propre original de mes lettres à ces deux milords, et qu'elle estoit fort ayse qu'ilz y eussent trouvé cella mesmes que, sur ma parolle, elle leur avoit desjà respondu de l'intention de Vostre Majesté, touchant les dicts nouveaulx escrupulles; et qu'elle vous supplioit bien, Sire, ne trouver maulvais si elle se rendoit ainsy soigneuse de complaire à ses subjects, non à toutz, car ne se vouloit assubjectir à une si grande extrémité, mais à quelques ungs des principaulx qui monstroient avoyr leur fortune et leurs vies entièrement conjoinctes avec la personne, la condicion et l'heureux règne d'elle; et que, de tant que le propos de son mariage estoit principallement fondé sur le contentement de ses dicts subjectz, lesquels se trouvoient, de rechef, escandalizés pour la rumeur des choses qu'on rapportoit de France, elle jugeoit estre fort expédient que Vostre Majesté monstrât, par quelque effect, ainsy comme de parolle, contre ceulx qui machinoient la rupture de vostre édict, que vous voulés surtout qu'il soit inviolablement observé; tendant la dicte Dame, par là, à prolonger encores sa responce, jusques à ce que quelque justice fût faicte de ceulx qui ont troublé les choses de la Rochelle.

A quoy, prévenant son opinyon par des raysons qui seroient longues,à mettre icy, mais auxquelles elle a esté contraincte d'acquiescer, je luy ay faict voyr qu'il n'y avoit lieu aulcun d'uzer plus de remise.

Dont elle a suivy à dire qu'elle me feroit donc la meilleure et plus clère responce qu'elle pourroit. Qui a esté, Sire, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviés si longuement persévéré à pourchasser son alliance, et aviés uzé de si honnorables moyens vers elle, qu'avec la déclaration qu'elle vous avoit desjà faicte de se vouloir marier, elle vous déclaroit, de nouveau, que ce seroit de la mayson de France plustost que de nulle aultre de la Chrestienté; bien que, depuis peu de moys, il luy eût esté offert ung party bien grand et deulx aultres non petitz, fort honnorables, et aulcuns d'iceux assés agréables en ce royaulme, aulxquels elle n'avoit voulu respondre, et n'y respondroit rien tant qu'elle auroit espérance que celluy de Monseigneur le Duc peût réuscyr; lequel, oultre que, pour les grandes et royalles marques de l'extraction d'ung tel prince, et pour les excellantes qualités qu'on rapportoit de sa personne et de ses vertus, il estoit desirable, encor se santoit elle luy avoyr de particulliers debvoirs, qui la rendoient obligée de le préférer à quelque aultre party qui fût au monde; et que pourtant, sur les dernières dellibérations qu'elle avoit tenu de luy, (où l'on luy avoit, de rechef, par une si grande expression qu'elle en estoit demeurée toute esbahye, voulu assurer que la petite vérolle luy avoit layssé je ne sçay quoy de difformité en quelque endroit du vysage, qu'elle ne s'en pourroit jamays contanter, et qu'à ceste occasion l'entrevue avecques luy ne pourroit estre sinon ung commancement de désordre et de beaucoup d'offance entre Voz Majestés Très Chrestiennes et elle), elle avoit si bien débattu l'affère, par le rapport de Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, qu'on avoit bien cognu qu'elle vouloit conduyre le propos au desir de Monseigneur le Duc, d'estre sienne, si, en façon du monde, il se pouvoit honnestement faire; et, parce qu'elle ne se pouvoit bien résouldre, ains estoit en très grande perplexité d'accorder l'entreveue en public, pour des grandes raysons qu'on luy avoit alléguées, elle me prioit d'envoyer sçavoyr de Vostre Majesté et de la Royne, Vostre mère, et de Monseigneur le Duc, si vous pourriés trouver bon que la dicte entreveue se fît en privé; auquel cas elle l'accordoit, dès à présent, et me promettoit de me bailler telles seuretés, de sa main propre, si besoing estoit, pour Mon dict Seigneur, comme je les voudrois demander.

J'ay respondu, Sire, que plusieurs inconvénients adviendroient de ceste façon d'entreveue, et luy en ay allégué les raysons qui seroient longues à desduyre, la priant qu'en un acte si honnorable, et qui avoit à se passer entre très grands princes, et lequel estoit poursuyvi, de vostre costé, avecques tout honneur et grandeur, elle ne voulût y fère intervenir des actes petits, bas et cachés, qui n'en feroient que dimynuer la dignité; et pourtant qu'elle vous accordât entièrement l'entreveue, avec l'assurance du mariage, puisque, du contantement et félicité d'icelluy, elle pouvoit estre mieulx assurée par Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, que touts ces rapports contrayres, qui estoient notoyrement faulx, ne l'en debvoient mettre en doubte.