Il sembloit que le comte d'Oxfort deût estre le chef de la dicte entreprinse, mais il prend ung aultre chemin, ayant tant faict qu'il a impétré de la Royne, sa Mestresse, son congé pour aller fère un voïage en Italye; et dellibère partir dans huict jours, et passer par France, faisant estat de séjourner ung moys à Paris; et monstre, Sire, d'estre grandement dévot à Vostre Majesté, ayant voulu suplyer la Royne, sa Mestresse, de trouver bon qu'il se peût offrir à vostre service, mais l'on l'a adverty que, parce qu'il est notoyrement réputé fort partial pour la Royne d'Escosse et nepveu du feu duc de Norfolc, qu'elle tiendroit cella pour trop suspect; néantmoins il dellibère de bayser très humblement les mains à Vostre Majesté, et ne refuser d'obéyr à ce qu'il vous plerra luy commander. Et parce qu'il est quasy le premier comte et grand chamberlan d'Angleterre, et comme le premier de la noblesse du pays, et le mieulx suivy et de trop plus d'espérance que nul aultre seigneur du royaulme, il vous plerra, Sire, commander qu'il luy soit faict quelque honneur et luy soit porté faveur et respect, en passant par vostre royaulme; car, oultre son mérite, toute l'Angleterre et ceste court mesmement s'en sentiront infiniement gratiffiez. Les partisans de Bourgoigne luy promettent qu'il aura charge au service du Roy d'Espaigne, aussytost qu'il arryvera en Italye, et le pressent d'aller trouver dom Johan d'Austria, ne luy manquant lettres de banque et crédict, et deniers contantz, pour fère une honneste despence par dellà; mais il monstre d'avoyr plus d'inclination à vostre service qu'à celluy du dict Roy d'Espaigne.
L'on a faict courir, icy, le bruict qu'il y avoit eu ung gros rencontre en Daulfiné, où avoit esté, de chascun costé, asprement combatu, avec si divers évènementz que les vostres avoient eu du pire; et néantmoins Monbrun estoit demeuré prisonnyer. Ceulx de ceste court m'en ont envoyé demander des nouvelles, mais je leur ay respondu que je n'en avoys poinct.
Le ministre Feugré est depuis quatre jours retourné de Hollande, duquel je ne puis encores bien descouvrir qu'est ce qu'il rapporte de dellà, sinon qu'il assure que, succédant ou ne succédant poinct la paix en Flandres, ceulx de la Rochelle, premier que les gallères de Vostre Majesté sortent de la rivière de Nantes, auront des navyres, de Ollande et Zélande, assés pour suffire pour garder le hâvre de Brouage, et leur rade de Chef de Boys.
Mr de Méru continue de s'apprester pour retourner en Allemaigne; néantmoins quelques françoys qui le suyvent monstrent estre de l'entreprinse des Angloix. Le provençal Pierre Grenier, de Marseille, dont, cy devant, je vous ay faict de mencion, monstre de vouloir passer en Ollande, et n'attend plus que le vent. Je ne sçay si c'est pour y praticquer quelque chose ou pour y chercher son repoz; mais, quoyqu'il se monstre personnage fort composé, il a néantmoins négocyé avec ceulx qui s'entremettent des praticques.
J'entendz qu'il a esté surprinz à Barwyc des lettres en chiffre, qui venoient ou à la Royne d'Escoce ou à moy; de quoy il y a ung peu d'altération en ceste court: et a l'on prins quelques ungs en ceste ville qui sont réputez serviteurs secretz de la Royne d'Escosse, lesquelz l'on a mis dans la Tour. Je ne sçay si cella produyra quelque autre chose plus rigoureuse contre elle, mais je y pourvoyray du meilleur remède qu'il me sera possible. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour de janvier 1575.
CCCCXXXIe DÉPESCHE
—du XXIXe jour de janvyer 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)