Deux jeunes hommes partys de la Rochelle le segond de ce moys sont arryvez, n'y a que troys jours, en ceste ville, avec quelque commission de passer en Ollande; et ont apporté diverses dépesches à plusieurs, expéciallement à Mr de Walsingam, lequel s'est retiré pour ung moys en ceste ville, affin de se fère panser de son accoustumée difficulté d'urine. Et j'entends qu'ilz rapportent que le Sr de La Noue estoit retourné à la Rochelle, le XXIXe du passé, et pareillement le baron de Miraubeau, et le lieutenant de Poictiers en Brouage, ayantz fally à deux entreprinses, pour lesquelles ilz estoient partys: l'une, de Zainctes, où leurs eschelles pour estre trop chargées s'estoient rompues; et l'autre, de St Jehan d'Angely, où ceulx de dedans, qui estoient de leur intelligence, pour l'espérance procheyne de la paix n'avoient voulu interrompre leur repos, mais que, si la guerre continuoit, ilz faysoient estat de s'en rendre facillement maystres; et qu'ilz n'avoient, de plus près que Barbesieux, approché Lusignan, estantz hors d'espérance de le pouvoir secourir, de quoy ilz vouloient advertyr ceulx de dedans, affin de prendre party, lesquelz estoient en extrême nécessité de toutes aultres choses, ormis de bled et de farine qu'ilz en avoient encores pour longtemps. Et ont les dictz deux rochelloys assés déclaré que ceulx de leur ville et les aultres eslevez de tout ce quartier là inclineroient bien fort à la paix.

Me Wilson a escript, de Flandres, que les choses s'y tournoient fort disposées à la paix, s'estant le grand commandeur layssé entendre que le Roy, son Mestre, pourroit condescendre de retirer les Hespaignols, et laysser à ceulx de la nouvelle religyon la liberté de conscience sans exercisse, et de remettre toutz les anciens privilèges du pays, et confirmer le gouvernement de Ollande et Zélande au prince d'Orange, et de luy rendre son filz qui est en Espaigne; et qu'à cest effect il y avoit des depputés devers le dict prince tant de la part de l'Empereur, comme entreméteur, que ung du conseil d'estat du Pays Bas, pour en dresser des articles. Et sur ce, etc.

Ce XIXe jour de janvier 1575.

Je viens d'estre adverty que quelques cappitaynes et gentilzhommes angloys, où y a des françoys meslez, s'apprestent à grand haste, comme de eulx mesmes, d'aller tanter quelque entreprinse par dellà la mer. Dont je supplye très humblement Vostre Majesté d'envoyer tout promptement refrayschir aulx cappitaynes et gouverneurs de la frontière de deçà qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes.

CCCCXXXe DÉPESCHE

—du XXIIIIe jour de janvyer 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Continuation des armemens pour une entreprise secrète.—Vive recommandation de l'ambassadeur en faveur du comte d'Oxfort qui passe en France.—Bruit répandu à Londres d'une défaite essuyée par les catholiques dans le Dauphiné.—Nouvelles des Pays-Bas.—Saisie de lettres qui paraissent concerner Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, suyvant l'advertissement dont, au pied de ma dépesche du XIXe du présent, j'ay faict mencion à Vostre Majesté, comme aulcuns gentilshommes et cappitaynes angloys s'apprestoient, comme d'eux mesmes, de fère une entreprinse de par dellà la mer, j'ay mis peyne de le fère sçavoyr aulx gouverneurs plus voysins d'icy, qui ont la charge des places au long de la coste de deçà, lesquels j'espère que s'en tiendront plus apperceus. Et en confirmation de cella, je suis adverty que, toutes les nuictz, l'on tire secrettement des armes et des monitions de guerre de la Tour de Londres pour les envoyer ez portz, et les distribuer aulx cappitaynes et soldatz qui sont volontayres, et aulx vaysseaulx de l'entreprinse qui sont toutz de particulliers.