Le susdict ambassadeur d'Angleterre avoit desjà escript, icy, du deppart des depputez de Languedoc, en une certeyne façon qui faisoit assés doubter que vous desirissiés la paix; mais j'ay faict voyr que nul ne debvoit trouver estrange si aviez renvoyé les dictz depputez sans leur accorder celle convoquation qu'ilz demandoient estre faicte à Nismes; car, oultre qu'elle tiroit les choses en longueur, vous leur avez proposé d'autres expédientz qu'ilz n'avoient poinct rejettez, lesquelz ilz estoient allez conférer avec ceulx qui les avoient depputez, en intention d'incontinent après vous venir retrouver, et que cepandant vous dellibériez, avec les depputez de Monsieur le Prince, lesquelz vous attendiez d'heure en heure, de disposer la matière pour la fère venir à quelque bonne conclusion. Ce qui a, de rechef, remis ceulx cy en l'opinyon de la paix. Et le mesmes ambassadeur leur a escript que, depuis la mort de Mr le cardinal de Lorrayne, l'on en avoit plus d'espérance. Et sur ce, etc. Ce XIIIe jour de janvier 1575.

CCCCXXIXe DÉPESCHE

—du XIXe jour de janvyer 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet.)

Injonction faite à l'ambassadeur d'intercéder vivement auprès d'Élisabeth pour Marie Stuart.—Crainte qu'une pareille démarche ne soit inopportune.—Espoir que la reine d'Écosse est pour le moment hors de danger.—État de la négociation de la paix en France.—Promesses faites par Élisabeth aux protestans de France et d'Allemagne.—Armemens préparés secrètement à Londres.—Nouvelles de la Rochelle.—Négociation de la paix dans les Pays-Bas.

Au Roy.

Sire, à ce premier chef de vostre dépesche, du XXe du passé, que j'ay receue le tréziesme d'estuy cy, par où Vostre Majesté me mande que je m'opose au transport de la Royne d'Escosse, je ne fauldray d'y satisfère, quand j'entendray, par elle, ou que je sentiray, icy, qu'il en sera besoing, bien que nulle autre chose pourra estre prinse en pire part, ny plus mal interprétée de la Royne d'Angleterre et des siens, que l'instance que j'en pourray fère, parce qu'elle et eulx ne sont de rien au monde si jaloux que de tout ce qui, au nom de Vostre Majesté, vient estre dict ou faict en faveur de ceste princesse. Néantmoins je n'obmettray rien de tout ce qu'il vous plaist m'en commander avec la deue observance, toutesfoys, qu'y sera requise, pour n'altérer rien de voz affères par deçà. Dont je loue Dieu que, pour ceste heure, il n'y fault rien fère; car il est desjà pourveu, si plus grand accidant ne survient, qu'elle ne sera poinct changée de la garde du comte de Cherosbery.

Et pour l'autre segond chef de vostre dicte dépesche, j'ay mis peyne de fère voyr, icy, de quelle bénignité vous avez commancé de tretter avec les depputez du Prince de Condé, et combien vous desirez et avez bonne espérance de mettre de bref la paciffication en vostre royaulme. Qui vous promectz, Sire, que les aultres depputez des eslevez de Languedoc ne furent pas plus tost départis d'Avignon, sans avoyr rien faict, que les suppostz de la nouvelle religyon, qui sont icy, n'allassent incontinent à Ampthoncourt, devers la Royne d'Angleterre et devers ceulx de son conseil, y estant lors Mr de Méru, pour leur donner entendre que, sur des difficultez non petites, et sur certeyne forme d'articles qu'ilz leur monstreroient, toute l'espérance de la paix estoit rompue, et que les eslevez se trouvoient sy gaillards qu'ilz se mettroient bientost en campaigne; et que, dans peu de jours, le Prince de Condé seroit prest de descendre, avec de grandes forces, d'Allemaigne en France; dont supplyoient la dicte Dame de se vouloir, à ce coup, bien résoudre de leur donner, sinon ouvertement du secours d'hommes, aulmoins celle faveur de son royaulme, par mer et par terre, que le temps et l'occasion leur pourroit admener d'en avoyr besoing.

A quoy j'entends qu'elle leur a respondu qu'elle estoit en bonne amityé et intelligence avec Vostre Majesté, et ne leur pouvoit, pour ceste heure, rien promettre à vostre préjudice, mais qu'elle se réservoit de leur fère une bien plus expresse responce dans bien peu de moys, qu'elle auroit veu comme vous dellibèreriez de demeurer avec elle, et comme vous entendriez de demeurer avec eulx; et que, si cepandant elle pouvoit estre moyen de quelque réconciliation entre Vostre Majesté et eulx, elle offroit de s'y employer de tout le pouvoir et moyen qu'elle en auroit. Et les a ainsy renvoyez.

Néantmoins il se poursuyt tousjours une secrette dellibération d'armer bon nombre de navyres, et de mettre jusques à huict mille hommes dessus, par apparance d'en vouloir secourir le Roy d'Espaigne, et Guoras s'en entremet aulcunement; mais ceulx qui considèrent l'affère de près jugent que c'est toute aultre chose qu'on couvre là dessoubz. Dont je mettray peyne d'y avoyr l'œil le plus ouvert qu'il me sera possible.