Il y a ung jeune homme, naguyères revenu de la Rochelle, qui rapporte que Mr de La Noue en est party, avec quarante chevaulx, assez malcontant des habitants; bien que les ministres font courir le bruict qu'il est allé, avec troys centz chevaulx, recueillyr aultres troys ou quatre centz chevaulx en Périgort, et six centz harquebouziers; et qu'avec ces forces, et aultres qu'il pourra assembler, il dellibère d'aller combatre Mr de Montpensier, et secourir ceulx qui sont dans Lusignan. Et sur ce, etc.
Ce VIIe jour de janvier 1575.
CCCCXXVIIIe DÉPESCHE
—du XIIIe jour de janvyer 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)
Retards apportés à la négociation de la paix en France.—Démarches faites auprès de Mr de Méru par les protestans.—Mort du duc de Bouillon et du cardinal de Lorraine.—État de la négociation de la paix.
Au Roy.
Sire, avec les honnestes propos d'amityé que j'ay tirés des deux dépesches de Vostre Majesté, du Xe et XIIIIe du passé, qui me sont arryvées le quatriesme et sixiesme d'estui cy, j'ay mis peyne d'entretenir la Royne d'Angleterre, et ceulx qui guident ses dellibérations, en la meilleure disposition que j'ay peu; et ay, par là, assés faict suspendre les responces qu'aulcuns s'efforçoient d'avoyr d'elle sur les présentz affères qui se débatent en vostre royaulme; qui, avec bonnes parolles, les a remys jusques après que, par la procheyne légation que luy envoyerés, elle aura pu cognoistre comme vous entendez de vivre avec elle. Il est vray, Sire, que je sentz bien que, sur les difficultez que l'ambassadeur d'Angleterre a escript qui se trouvoient si grandes, en la paciffication de voz subjectz, que Vostre Majesté perdoit quasy l'espérance de ne les pouvoir plus réduyre sinon par la force, il a esté donné quelque parolle là dessus, qui a beaucoup contanté les poursuyvans. Et a l'on mis en avant je ne sçay encores bonnement quoy, sur la nouvelle qui est arryvée de la mort de Mr de Boillon[3], touchant ses deux places de Sedan et de Jamays.
Et le cinquiesme de ce moys est arryvé, en ceste ville, ung provençal, nommé Pierre Garnier, de Marseille, qui monstre estre assés habille homme et homme d'affères; lequel dict que, voyant la guerre en son pays, il avoit volontiers prins l'occasion de s'en esloigner, soubz prétexte de marchandise, et qu'il attandoit de bref ung navyre sien qui luy estoit de grande importance. Et incontinent est allé trouver Mr de Méru, feignant toutesfoys d'estre homme fort indifférent, et de n'avoyr poinct sceu que Mr de Méru fût icy, mais que, pour avoyr esté d'autresfoys fort cognu de Mr Dampville, il luy vouloit bien fère la révérance, et luy a faict les forces de son dict frère fort grandes, de vingt mille harquebusiers et troys mille chevaulx. Dont, bientost après, le dict sieur de Méru est allé à Ampthoncourt négocier quelque chose là dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil; et, encores depuis, il y est retourné, quand l'homme du docteur Dayl a esté arryvé, avec la dépesche de son maistre, du XXIXe du passé, par la quelle il assure que Mr le cardinal de Lorrayne estoit trespassé le jour de Noël, qui a esté une nouvelle à ceulx cy non mal agréable, à cause de la Royne d'Escosse, mais j'assure fort que je n'en ay poinct de confirmation. Et semble que le dict Sr de Méru se prépare pour retourner de bref en Allemaigne, et m'a l'on dict qu'il emmeyne avecques luy le jeune Montgommery, frère puyné de celluy qui s'en est retourné à la Rochelle avecques sa femme.