Que, de plus en plus, elle louoit et approuvoit vostre saincte dellibération de vouloir apayser les troubles de vostre royaulme par la voye de douceur, et qu'en cella sentoit elle de vous porter tant plus de bienvueillance par dessus toutz les aultres princes ny princesses de vostre alliance, que plus que nul d'eulx elle desiroit de bon cueur que, establissant très bien vostre règne, vous espargnissiez le sang et la vye et la désolation de ceulx qui, de l'un et de l'aultre costé; sont toutz vostres;
Que j'avoys tort de la vouloir tant sonder, comme je faisois, sur le secours que les pouvres protestantz cherchoyent d'avoyr de leurs frères d'Allemaigne, car elle ne me sondoit pas de celluy que vous y pourchassiez; et qu'elle ne vouloit nyer qu'elle n'y eût du crédict assez, mais que vous cognoistriez aussy bien qu'avoit faict le feu Roy, vostre frère, que jamays les Roys de France n'avoient trouvé tant d'amityé en la couronne d'Angleterre que quand elle l'avoit tenue; et que, de tant auriez vous plus grand preuve d'elle, qu'elle estoit à toute heure infinyement tentée et sollicitée contre vous;
Qu'elle ne doubtoit que les ministres ne demandassent la tenue des Estatz, et que, possible, ilz n'eussent supposé celle déclaration de Mr Dampville; car, puisqu'ilz s'eslevoient jusques à vouloir pénétrer ez secretz de Dieu au ciel et en ses jugementz, ilz s'atribuoient encores plus licentieusement de s'entremettre des trônes des princes en terre, mais qu'il n'y avoit poinct de besoing d'Estatz, là où vous mesmes pouviez bien pourvoir; et qu'elle tenoit le mareschal Dampville pour ung si gentil chevalier et si loyal serviteur, à l'exemple de ses prédécesseurs, à vostre couronne, et si expéciallement dévot à Vostre propre Majesté qu'elle ne faysoit doubte qu'il ne se rengeast facillement à tout ce que luy commanderiez, pourveu que ne cherchissiez la ruyne de luy ny celle de ses frères.
Et puis est retournée aulx levées d'Allemaigne, et comme princesse fort pressée de fournir deniers, ou d'employer son crédict, ou de fère quelque aultre résolution, à son regret, contre Vostre Majesté, m'a dict que, pour Dieu, elle vous prioit de fère la paix, car aultrement vous ne pourriez éviter beaucoup de grands inconvénientz; et que, si aviés besoing de quelque prince estrangyer, de vostre alliance, qui s'en meslât, parce que maintesfoys les parties mesmes n'ozoient proposer tout ce qu'elles desiroient, qu'elle ne vouloit pas entreprendre de s'y offrir, mais que, si Vostre Majesté l'avoit agréable, c'estoit bien l'œuvre aujourdhuy de ce monde à quoy elle s'employeroit le plus volontiers, et pouviez estre très assuré qu'elle vous y considèreroit en tout et partout ainsy Roy et Maistre comme elle desiroit demeurer Royne et Mestresse sur ses subjectz; et que, sur ce que je luy avoys déduyt de vostre bonne et constante amityé vers elle, qui estoit ce qui l'avoit, plus que tout le reste, souveraynement contantée, qu'elle vous en remercyoit de tout son cueur, et sçavoit qu'entre les particulliers mesmes les loix de l'amityé estoient vénérables et dignes de grande observance, mais qu'elles l'estoient davantage sans comparayson entre les princes, parce que, des bons effectz qui en provenoient, ilz en demeuroient entre eulx très contantz, et si, leurs communs subjectz en sentoient de très grandes commodictez; et que, s'il estoit intervenu là dessus quelque première coulpe entre vous et elle, qu'elle ne l'avoit nullement commise, et que sans doubte ce ne seroit aussy elle qui commanceroit de commettre la segonde; et qu'elle avoit grand plaisir que vous approchissiez à Reyms pour vostre coronnation et sacre, d'où celluy que luy envoyeriez seroit le très bien venu, et qu'elle mettroit peyne de le vous renvoyer contant.
Qui est en substance ce que, pour ceste foys, j'ay recueilly des propos de la dicte Dame, remettant ce qu'il y pourroit avoyr de surplus à la procheyne dépesche, parce que ceste cy est desjà trop longue. Et sur ce, etc.
Ce IVe jour de febvrier 1575.
Mr de Walsingam me vient de mander la reddition de Lusignan à Mr de Montpensier par composition, moyennant ostages qu'il a baillez pour la tenir; et qu'il a esté donné trois assautz à Livron qui ont esté bravement soustenuz, où le cappitayne de la place est mort, mais que soubdain il y en a esté subrogé ung autre, et que deux centz soldatz de la part des eslevez y sont entrez.
ADVIZ, A PART, A LA ROYNE MÈRE.
Parce que c'est icy le VIIIe moys que je n'ay receu nul argent, et que je vis sur le crédit que me faict le Sr Acerbo avec gros intérest, et que le Sr Sardiny luy a escript qu'il ne peut acquitter les mandementz dont Mr le trésorier de l'espargne m'a dressé sur luy, parce qu'il ne reçoit, ce dict il, rien des assignations que Voz Majestez luy ont bayllées, je suys sur le poinct d'estre habandonné du dict Sr Acerbo, et d'estre pressé de ce que desjà je luy doibs; et que je seray contrainct de cesser ma mayson, avec beaucoup de honte et avec détriment du service de Voz Majestez. Dont je vous supplye très humblement, Madame, commander au dict trésorier de l'espargne qu'il me vueille fère payer d'iceulx mandementz qu'il m'a desjà bayllés, ou m'en assigner de meilleurs, et qu'il mande que mes deniers ne soient plus retardez, car Vostre Majesté sçayt que je suis par trop pauvre pour pouvoir advancer.