CCCCXXXIVe DÉPESCHE
—du XVIIe jour de febvrier 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer.)
Annonce d'audience.—Instances des protestans d'Allemagne auprès d'Élisabeth.—Continuation des armemens.—Explications transmises à l'ambassadcur sur les propos rapportés par lord de North.
Au Roy.
Sire, demain, Dieu aydant, je verray la Royne d'Angleterre, à Richemont, pour luy fère bien entendre les particullaritez de l'honneste responce que Vostre Majesté, par la dépesche du XXIIIIe du passé, m'a commandé de luy fère, touchant les fascheux rapportz de milord de North, qui pense bien qu'elle jugera que les choses n'eussent peu passer plus dignement de vostre costé, ny avec plus d'honneur pour elle, ainsy que la sage déduction et bien ordonnée de vostre lettre luy en manifestera la vraye vérité; et le tout y est si bien et si proprement comprins, que je n'auray à y rien adjouxter du mien, sinon que, possible, je y mette quelque mot, non pour plus grande satisfaction de la dicte Dame, mais pour en tirer encores quelqu'une d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez. Et après que j'auray bien recueilly ce qu'elle m'aura dict là dessus et sur le propos que je luy tiendray davantage de voz présentz affères, je vous en feray, par mes premières, ung plus ample récit; ayant à vous dire cependant, Sire, que, du costé d'Allemaigne, et de la part des eslevez de vostre royaulme, se poursuyt, icy, avec plus vifve instance que jamays, une prompte provision pour continuer et maintenir la guerre. Et je sentz bien qu'on leur faict, peu à peu, filer les responces, sans leur accorder ny leur refuser aussy ce qu'ilz demandent, mais l'on les entretient en bonne espérance, et mesmes l'on leur propose comme présant, et qui se trouvera bien prest au besoing, la pluspart de ce qu'ilz pourchassent, attandant de voyr comme procèdera le propos de paix, après que les depputez auront esté, de rechef, devers Vostre Majesté, et ce qui résultera de la venue du gentilhomme qu'envoyerés pour visiter la dicte Dame. Cepandant ce que je vous ay cy devant mandé, de l'armement de deçà, se poursuyt tousjours avec la description des hommes; et a l'on faict venir aulcuns cappitaynes, qui estoient en Irlande, pour dresser, icy, des compagnyes affin d'aller en ceste expédition, n'y ayant, à présent, au dict pays d'Irlande, depuis la réduction du comte d'Esmont, guyères de contradiction à l'obéyssance de ceste princesse; et mesmes que ung Artus Maurice, qu'on avoit suspect, a esté naguyères resserré, et luy faict on son procès.
Mr de Méru est encores icy, qui va quelquefoys en ceste court, et les ministres traictent ordinayrement avecques luy et il se tient prest pour retourner bientost en Allemaigne; mesmes il fût party plus d'ung moys a, sans quelque advertissement qui luy vint de France, sur le poinct de son partement, et aussy qu'il semble qu'il attande la responce que ceste princesse va ainsy temporisant pour l'aller apporter luy mesmes à Mr le Prince de Condé.
J'entendz que, depuis cinq ou six jours, l'admiral d'Angleterre a envoyé des officiers de la marine visiter les grands navyres de la dicte Dame, comme pour commancer de les apprester pour ce printemps. J'auray l'œil à ce qui s'y fera. Et persévérantz ceulx, qui portent, icy, le party de Bourgoigne, au renouvellement de l'amityé de ceste princesse avec le Roy d'Espaigne, ilz sont fort après à pourchasser que nouveaulx ambassadeurs soient envoyez pour résider près de l'ung et de l'aultre prince. Sur ce, etc.
Ce XVIIe jour de febvrier 1575.
A la Royne