Madame, je mettray peyne d'exprimer bien à la Royne d'Angleterre, et de ne luy obmettre ung tout seul poinct de ce que le Roy, vostre filz, et Vostre Majesté, par voz lettres du XXIIIIe du passé, me commandés de luy dire touchant les maulvais rapportz que milord de North luy a faitz à son retour de France; et j'espère que la vérité du faict luy fera avoyr regret de s'estre trop tost esmeue du mensonge, et qu'elle se prendra à son ambassadeur de l'erreur qu'il a commis en matyère de si grande conséquence et entre si grandes princesses, comme sont Voz Majestez. Et encores, Madame, que n'ayez jugé d'estre aulcunement expédient d'escripre à la dicte Dame de vostre main, affin de n'user d'interprétation ny d'excuse, là où il n'en est besoing, si ne laysse la satisfaction que luy donnez par les lettres qu'il vous a pleu m'addresser, d'estre si ample, qu'elle aura occasion d'en avoyr tout contantement; et je feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle viegne aussy, de son costé, à vous satisfère de ce qu'elle n'a mieulx examiné le faict, plus tost que de s'en courroucer. Et sur ce, etc.
Ce XVIIe jour de febvrier 1575.
CCCCXXXVe DÉPESCHE
—du XXIe jour de febvrier 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Audience.—Satisfaction d'Élisabeth sur les explications qui lui ont été données au sujet des propos rapportés par lord de North.—Menées des protestans sur lesquelles l'ambassadeur attend de nouveaux renseignemens.—Affaires d'Écosse.—Nécessité d'envoyer promptement un agent français dans ce pays.—Nouvelle du sacre et du mariage du roi.
Au Roy.
Sire, j'ay apporté de la satisfaction beaucoup de vostre lettre, du XXIIIIe du passé, à la Royne d'Angleterre, et en ay aussy rapporté beaucoup d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez, ainsy que ce qui s'est passé entre elle et moy vous le pourra tesmoigner par mes premières, ès quelles je vous en feray l'entier récit avec d'autres choses que j'ay ung peu esclarcyes, que je suis après à les recueillyr, sellon qu'il est expédiant qu'elles viennent à la notice de Vostre Majesté, affin que puissiez mieulx juger comme elles pourront, ou peu ou beaucoup, importer à vostre service. Et je feray cependant, comme j'ay faict tousjours, tout ce qu'il me sera possible pour traverser les affères de ceulx qui pourchassent, icy, les moyens de traverser les vostres. Et j'estime de les leur avoyr desjà beaucoup retardez; mais ilz y sentent je ne sçay quelle espérance (et je crains bien, si la paix ne succède, qu'elle ne leur sera vayne), qui les y faict instamment persévérer; dont les quatre ministres, qui sont préposez en ceste ville, pour le conseil d'estat de ceulx de la nouvelle religyon de France et de Flandres, ayant esté, par diverses foys, en ceste court, et conféré avec Mr de Walsingam et avec Me Randolphe et Me Quillegreu, et aultres de leur faction, sont, il y a six jours, depuis le matin jusques au soyr, tousjours après à dresser quatre grosses dépesches, qui sont, l'une pour France, l'autre pour Ollande, la troysiesme pour Allemaigne et la quatriesme, de quoy je suis fort esbahy, pour Escosse; et font tenir prestz des hommes d'affères et propres à négotier, pour les aller porter; lesquelz n'attandent plus, à ce que j'entendz, de partir, sinon que Mr de Méru, avec lequel les dictz ministres communicquent ordinayrement, ayt esté encores une foys devers ceste princesse, et soit de retour avec une plus entière responce qu'ilz n'ont eu encores d'elle; mais l'audience luy a esté desjà remise deux foys, et je ne sçay qu'est ce qu'il impètrera à la troysiesme.
Le filz ayné de milord de Sethon est venu trouver le comte de Lestre à Quilingourt avec des lettres de recommandation de son père, et d'aultres lettres bien fort favorables du comte de Morthon, et monstre qu'il veut suyvre quelque temps ceste court d'Angleterre; ce que je ne puis avoyr sinon beaucoup suspect, considéré mesmement que son père a tousjours esté tenu pour catholicque et très parcial serviteur de la Royne d'Escosse, sa Mestresse; dont faut dire qu'il y a quelque secrette praticque, qui se mène là dessoubs, depuis la mort du duc de Chastellerault, lequel est naguyères décédé, et que milord Glaude son filz se trouve à présent gendre du dict milord de Sethon. Ung messager qui avoit apporté de mes lettres aulx seigneurs de dellà est revenu sans me rapporter nulle responce par escript, mais il m'a dict, de bouche, ce que je réserve de vous mander bientost par ung des miens qui, de bouche aussy, le vous dira; car ilz me prient de ne le vous poinct escrire. Tant y a qu'il me tarde beaucoup de sçavoyr que le personnage qu'avez ordonné pour aller résider au dict pays y soit arryvé, car il pourra obvier à plusieurs inconvénientz que la longue absence de voz ambassadeurs y pourroit avoyr causez; estant, au reste, Sire, merveilleusement en peyne du bruict qu'on faict courir, icy, de vostre indisposition, laquelle ilz disent que vous a arresté en chemin et vous a retardé de venir à vostre sacre. Je fay bien dévote prière à Dieu qu'il en soit aultrement. Et sur ce, etc.
Ce XXIe jour de febvrier 1575.