Ce XIe jour de mars 1575.
CCCCXXXIXe DÉPESCHE
—du XIIIe jour de mars 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon.)
Navires envoyés d'Angleterre pour recevoir Mr de La Châtre.—Méfiances inspirées à la reine contre sa légation.—Rapprochement entre Élisabeth et le roi d'Espagne.—Continuation des armemens.—Nouvelles d'Écosse.
Au Roy.
Sire, j'ay reçeu, le XIIe de ce moys, environ les quatre heures après midy, la dépesche de Vostre Majesté du XXVIIe du passé et celle du IIe d'estui cy, toutes deux, à la foys; et incontinent j'ay envoyé demander en ceste court ung des navyres de guerre de la Royne d'Angleterre pour aller prendre Mr de La Chastre à Bouloigne, affin de le passer plus seurement, et qu'il ne prînt mal sur la mer en venant par deçà. Dont l'on m'a libérallement accordé d'y envoyer deux vaysseaulx passagers de Douvre, les mieulx équippez, sellon le temps et la haste, que fère se pourra: de quoy je fay présentement un mot de lettre au dict Sr de La Chastre affin qu'il temporise ung peu au dict lieu de Bouloigne, attandant les deux vayssaulx, sans se commettre à la discrétion de tant de pirates qui se tiennent ordinayrement en ce destroict. Et sur ce, je vous diray, Sire, qu'il n'a esté plus tost sceu, icy, que Vostre Majesté y dépeschoyt Mr de La Chastre qu'incontinent ceulx qui se veulent formaliser contre voz affères n'aient couru à la court, pour réfroydir ceste princesse et ceulx de son conseil de la bonne réception qu'ilz préparoyent de luy fère; et m'a l'on adverty qu'on y a faict de très maulvays offices contre luy, et qu'on n'a bien parlé de luy. Je remédieray à cella, le mieulx qu'il me sera possible, et, pour le moins, je m'efforceray d'honnorer, autant que je pourray, et luy et la commission, qu'il porte, de Vostre Majesté, et de fère qu'il vous rapporte le plus de satisfaction qui se pourra tirer, de la dicte Dame et des siens, sur les choses qu'il aura à leur dire et proposer de vostre part.
Il est certain que le conseiller de Bruxelles vient en la compagnye de Me Wilson, et dict on que c'est pour résider, à bon escient, ambassadeur, icy, pour le Roy d'Espaigne; ce qu'estant recherché de luy, avec la soubmission qu'il promet de fère prester par les bannys angloix à la dicte Dame, elle se laysse tirer assés de son costé, et s'esloigne d'autant du vostre; et mesmes qu'on luy faict, ainsy que j'en suys bien adverty, avoyr non moins suspect vostre mariage que s'il estoit directement contre tout ce qu'elle pouvoit espérer de paix et d'amityé de Vostre Majesté. L'on ne poursuyt plus, soubz celle colleur de donner secours au dict Roy d'Espaigne contre le Turc, cest armement qu'on avoit commancé, icy, depuis que le grand commandeur a mandé sa response, mais l'on le continue avec aultre tiltre, d'entreprendre un voïage au Cathay, ce qui ne m'est moins suspect que le précédant; dont j'y auray l'œil le plus ouvert qu'il me sera possible.
Me Quillegreu est desjà tout prest pour aller en Escosse avec une dépesche de ce conseil, et bonne somme de deniers qu'il emporte avecques luy. Je ne puis encores descouvrir à quel effect ce peut estre. Il y apporte aussy une de ces quatre dépesches, que je vous ay desjà escript que les ministres ont avec grande curiosité et dilligence dressées: et me tarde beaucoup que le gentilhomme, qu'avez ordonné pour aller résider ambassadeur par dellà, y soit arryvé; car aultrement je crains bien fort qu'il ne s'y face quelque préjudice à l'ancienne alliance qu'avez avec la couronne d'Escosse. Et sur ce, etc.
Ce XIVe jour de mars 1575.