A quoy, par le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'escripre, et de ce que le dict Sr de Vassal m'avoit rapporté de parolle, il y a esté satisfaict le mieulx que j'ay peu, de sorte que chascung demeure maintenant plus capable de la vérité. Et ne sentz poinct, Sire, que cella ayt faict, ny soit pour fère encores de mutation icy; ains j'espère que, venant bientost, icy, l'acte de vostre sèrement et de vostre plus ample confirmation du traicté de ligue, et la lettre de déclaration que ceste princesse attand de vostre main, qu'elle persévèrera plus constante que jamays vers Vostre Majesté, se commançant desjà bien à cognoistre que l'emprunct des deniers et l'apprest qu'elle a commandé de fère, ainsy que par ma précédante je le vous ay escript, est principallement destiné pour l'Irlande.
J'ay, ces jours passez, pryé le docteur fiscal de Bruxelles à dîner en mon logis, et l'ay honnoré comme ambassadeur d'Espaigne. Néantmoins il m'a dict que ceste princesse, avec beaucoup de faveur, l'avoit bien receu, non à dire vray pour ambassadeur, mais pour agent, sur les lettres qu'il luy avoit apportées du Roy, son Mestre, par lesquelles il promettoit d'observer et tenir ce que desjà avoit esté, et seroit, après, négocyé par luy; et que, en attandant la détermination que le dict Roy, son Mestre, et elle prendroient sur la mutuelle résidence des ambassadeurs de l'ung auprès de l'autre (et qu'en cas qu'ilz s'en accordassent que seroit luy ou bien don Bernardin de Mendossa qui seroit ordonné en ceste place), il continueroit de mettre à effect les aultres bons accords, qui estoyent desjà comme arrestez entre ces deux pays pour leurs commerces et entrecours. Et en devisant avec luy, il m'a discouru ce qui s'estoit passé jusques icy au traicté de la paix de Flandres, et que, encor que les depputez se fussent retirez, et que le comte de Sualsembourg s'en fût retourné vers l'Empereur, ce n'estoit que pour en venir tant mieulx à une bonne conclusion; et que, ce matin mesmes, il venoit de recepvoyr des lettres de dellà qui le mettoient hors de tout doubte que la dicte paix ne deût bientost et bien heureusement succéder, parce qu'on l'advertissoit qu'ung bien honneste moyen de seureté avoit esté mis en avant, lequel le Roy Catholicque ne refuzeroit nullement de bayller; et que le prince d'Orange et les eslevez s'en tiendroient pour bien contantz. Et sur ce, etc.
Ce XXVIe jour d'apvril 1575.
CCCCXLVIIe DÉPESCHE
—du dernier jour d'apvril 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Audience.—Négociation de l'ambassadeur pour Marie Stuart.—Arrivée à Londres des députés de Bâle, chargés de solliciter des secours pour les protestans de France.—Élection du roi comme chevalier de l'ordre de la Jarretière.
Au Roy.
Sire, parce que la Royne d'Angleterre avoit monstré de ne prendre en bonne part la négociation que luy aviez faicte fère pour la Royne d'Escosse, affin de mieulx cognoistre si ce qu'elle nous en avoit respondu luy partoit, à bon esciant, de dedans du cueur, ou si c'estoit artiffice, je luy suis allé dire que j'avoys à luy fère ung peu de querelle de la rude responce, qu'elle vous avoit mandé, sur les honnestes propos que luy aviez faict tenir par Mr de La Chastre en faveur de ceste princesse.
A quoy soubdain, sans me laysser passer plus avant, elle m'a respondu que je serois tout esbahy, si je sçavois ce qu'elle avoit faict davantage, car, par la lettre qu'elle avoit escripte, de sa main, à la Royne, vostre mère, elle luy avoit mandé qu'elle ne luy layrroit passer ceste grande faute d'avoyr permis que Vostre Majesté fût entrée en renouvellement de ligue avec elle par ung si mal considéré commancement que celluy là; et mesmes s'estoit pleincte à elle que je ne m'estois monstré, icy, guyères moins ambassadeur de la Royne d'Escoce que le vostre.